France

Le remaniement vu par les remaniés

Cécile Dehesdin et Amandine Schmitt, mis à jour le 23.04.2009 à 22 h 31

Les candidats ont différentes techniques pour décrocher le ministère dont ils rêvent.

A moins de deux mois des élections européennes, le remaniement ministériel dans l'air depuis deux ans est désormais confirmé. Par Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée. Comme d'habitude, les rumeurs ont déjà commencé: qui pour occuper le poste de Michel Barnier? Qui pour celui de Rachida Dati? Comment vont jouer les chaises musicales entre les secrétaires d'Etat, les ministres et les outsiders? Discussions informelles, déjeuners de presse, remarques stratégiques de Matignon, épanchements de conseillers, ces rumeurs, qui agitent le «microcosme», viennent soit des intéressés eux-mêmes, soit des proches de Nicolas Sarkozy qui cherchent à tester des noms ou à avancer leurs choix préférés.

Avec deux postes à combler et au moins cinq intéressés par siège, les possibilités de coups médiatiques et les coups bas ne manquent pas. Slate.fr tente de décrypter la feuille de match de ce jeu de pouvoir.

Exister

Le premier intérêt pour un ministre ou un ministrable de lancer des rumeurs à son égard, c'est tout simplement d'exister aux yeux du chef de l'Etat et de ceux qui feront le prochain gouvernement. D'autant plus, affirme Thomas Legrand, éditorialiste politique à France Inter, qu'il est plus difficile de renvoyer dans de bonnes conditions quelqu'un «qui a fait parler de lui, qui a montré qu'il en veut». C'est aussi une manière d'exister autrement dans les yeux de l'opinion publique et du Président.

Certains secrétaires d'Etat lancent ainsi une idée un peu fantaisiste pour faire évoluer leur image. En demandant un portefeuille inatteignable, ils ne vont sans doute pas l'obtenir mais peuvent espérer décrocher un meilleur poste que celui qu'ils occupent actuellement. Hubert Falco, secrétaire d'Etat à l'Aménagement du territoire, a par exemple commencé par se dire candidat au ministère de l'Agriculture, avant de revenir sur ses propos. Aujourd'hui, «tout» ce qu'il demande c'est un ministère de l'Aménagement du territoire. Nadine Morano, fidèle de Nicolas Sarkozy et actuelle secrétaire d'Etat à la famille, a tout simplement fait sa liste de ministères: elle voudrait l'Intérieur, la Défense, ou un ministère de l'Education élargi à la Famille, ce qu'elle a transmis à Nicolas Sarkozy dans une note.

Bloquer un collègue

Les rumeurs servent aussi à entraver les mouvements des autres secrétaires d'Etat et ministres. En laissant courir le bruit de ses ambitions au ministère de l'Agriculture, Hubert Falco s'attire les reproches de Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, qui lui lance «Quand même, tu exagères. Je n'arrête pas de lire dans la presse que tu aimerais avoir l'Agriculture. Mais tu sais bien que ce n'est pas en le disant que tu l'auras», avant un Conseil des ministres.

En attendant que les rumeurs se fassent plus agressives: au début de la mandature de Lionel Jospin, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn se considéraient comme rivaux et faisaient courir des bruits l'un sur l'autre jusqu'à ce que le Premier ministre finisse par s'apercevoir de la manoeuvre. Faire partir trop tôt dans les médias le nom d'un rival - pour un ministre, ou d'un politique à écarter -pour un conseiller de l'Elysée, peut également permettre de griller sa promotion potentielle.

Donner du souffle à sa carrière

Faire savoir qu'on est disponible peut être utile pour donner un nouveau départ à sa carrière. Après un court passage au ministère de l'Ecologie en 2007, Alain Juppé aimerait à nouveau occuper un siège au gouvernement. Grâce à son livre, dont la promotion sert de prétexte pour faire passer des messages à la presse, il mène une campagne de communication bien huilée. Les affirmations quant à son désir de «revenir» se font de plus en plus précises à mesure que les rumeurs de remaniement se confirment. «Si mon expérience peut servir, pourquoi pas ?», glisse-t-il au Parisien.

Selon Sud-Ouest, Jean-Louis Borloo saurait que le maire de Bordeaux lorgne sur le ministère de l'Ecologie: «Il a très envie de revenir ici». A moins que Jean-Louis Borloo lance cela en espérant lui-même récupérer le ministère de la Justice.

Préserver sa place

Parfois, il faut faire preuve d'humilité. Rama Yade, qui allait au clash avec Bernard Kouchner, pour finir par se confronter à Nicolas Sarkozy, fait désormais profil bas. La secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme tient à son poste et déclare timidement qu'elle aimerait «être sur la liste UMP en position éligible, dans les Hauts-de-Seine. Conseillère régionale, ça me va, c’est un bon début.» Elle confie aussi qu'être parlementaire est un «honneur».

La jeune femme semble pourtant incontournable dans le gouvernement: personnalité politique préférée des Français avant que Jacques Chirac ne la détrône, elle est une icône de la diversité qu'il semble essentiel de maintenir dans l'équipe gouvernementale alors que Rachida Dati quitte son ministère.

Mieux vaut parfois se taire

Le premier ministre François Fillon reste de marbre. En 2008, les tensions qui avaient pu régner entre le Premier ministre et le Président avaient fait dire à la presse que Fillon serait probablement remplacé, et vite. Il n'en est rien. Aujourd'hui, il juge simplement «peu probable» son maintien à Matignon jusqu'en 2012.

«Il n'y a pas de réelle demande de la part de l'opinion, le déploiement du sarkozysme fait que l'on se concentre moins sur les actions des ministres, témoigne Stéphane Rozès, politologue et président de CAP. Exprimer son désir peut s'avérer dangereux et contre-productif. L'Elysée aime conserver un effet de surprise et on risque de tuer sa candidature dans l'œuf.»

Les décisions de remaniement appartiennent entièrement à Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat se prête volontiers au name-dropping. «Il peut tester un nom, y compris auprès de l'intéressé. Pour s'amuser...», témoigne un de ses conseillers. Nicolas Sarkozy n'apprécie toutefois pas les demandes directes de ses ministres et tient à les recadrer: «les Français traversent actuellement une période difficile et le rôle du gouvernement dans cette période, c'est d'être concentré sur les préoccupations des Français», a rapporté Luc Chatel lors de sa conférence de presse hebdomadaire. Selon lui, le chef de l'État a au contraire «demandé à ses ministres du sang-froid, du calme, de la maîtrise».

Photo Reuters

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