France

DSK, un justiciable comme un autre

Christophe Carron, mis à jour le 18.05.2011 à 18 h 03

Le traitement réservé au patron du FMI par la presse et la justice new-yorkaise peut surprendre, voire choquer. Cela ne devrait pas.

DSK devant un tribunal de Manhattan, le 16 mai 2011, devant lequel Dominique Str

Un tribunal de Manhattan, le 16 mai 2011, devant lequel Dominique Strauss-Kahn était présenté. REUTERS/Mike Segar

L’arrestation de DSK par les autorités portuaires de l’aéroport de New York et son inculpation ont mis une claque à tout le monde. Normal, un scandale politico-sexuel, ça envoie. Mais la plus grosse claque, ce n‘est pas vraiment l’événement, c’est son traitement. Ok, il y a Twitter, le demain-tous-journalistes, l’interweb mondial... on commence à connaître. Le truc inédit, c’est ce traitement américain d’une affaire française.

Deux tabloïds ont mené la danse. Le New York Post a révélé l’info dès le samedi soir, et le Daily News a donné le ton avec sa une «Le Perv». Nos médias, dont les contacts en fait-div et police-justice sont quasi-exclusivement français, ont dû pour la plupart suivre les investigations de leur confrères américains malgré la présence de leurs correspondants sur place. L’après-midi, chaînes d’info et sites internet ont fait du remplissage faute de news en attendant une comparution qui n’a finalement jamais eu lieu. i-Télé et BFM ont occupé l’antenne avec une armée d’éditorialistes, les sites d’infos ont gratté les fonds de tiroir (théorie complotiste en home du Monde.fr, citation de Mixbeat par un Le Parisien en mal de sources..., Tristane Banon et sa mère ont fait leur apparition.

La routine. Un peu limite, mais la routine. On a mangé du DSK toute la journée, on s’est couchés un peu secoués mais, habitués aux traitement de ce genre d’affaires quand elle surviennent en France, on imaginait que le lendemain, Dominique Strauss-Kahn dormirait tranquillement chez lui après avoir vu le juge, attendant que la procédure suive paisiblement son cours. Quelques papiers dans la presse, l'infamie habituelle sur les réseaux sociaux pendant quelques jours et tout allait vite rentrer dans l’ordre.

Oui. Mais on n’est pas en France. DSK s’est fourré dans un merdier à bannière étoilée. Les règles ne sont pas tout à fait les mêmes. Il s’en est vite aperçu, les Français aussi. Lundi, les tabloïds en ont remis une couche en une, la photo de Strauss-Kahn shooté à la sortie du commissariat a fait le tour des télés et des sites internet. L’ambiance NY Unité spéciale, c’est marrant sur TF1, mais quand ça concerne quelqu’un qu’on connaît, ça ne fait pas tout à fait pareil.

Belle plaque, nouvelle claque. Pas le temps de débattre sur la présomption d’innocence et l’opportunité de publier l’image d’un homme-présumé-innoncent-inculpé-et-entravé qu’à 17 heures, hop, ce fut l’heure du passage devant la juge qui n’a pas l’air commode.

Un merdier à bannière étoilée

Les télés françaises se sont contentées de nous montrer la façade du palais de justice en attendant que leurs journalistes, coincés en salle d’audience, viennent débriefer à l’antenne. Les infos junkies ont tremblé parce que les quelques journalistes twittos présents à l’audience auraient pu être sommés d’éteindre leurs portables pendant les débats. Ils ne l’ont pas été. On apprendra donc en direct, sur Twitter et sur i-Télé qui lit Twitter que Strauss-Kahn allait rester en prison. Encore une claque.

Ah et tiens, personne n’y avait pensé dans sa petite cervelle de Français, mais aux Etats-Unis, on peut les filmer, les débats. Qu’à cela ne tienne, on a eu les images. Le visage d’un DSK en légère panique, barbu et froissé, un poil dépassé par les événements, est apparu sur les écrans. On a aussitôt revécu la scène avec lui, sauf que là, nous, on connaissait la fin. Dernière claque de la journée.

Forcément, ça a fait beaucoup. Les possibles 70 ans d'incarcération sur Rikers Island, la fermeté du système judiciaire américain que, finalement, on ne comprend pas si bien, la couverture totale et jusqu’au-boutiste de ce genre d’affaire par les médias américains, sur lesquels les Français sont bien obligés de se caler...

Ambiance crue et cruelle où une bonne affaire criminelle motive n’importe quel procureur désireux de se faire réélire et n’importe quel média goulu d’audience, où la chaîne TruTV  diffuse quotidiennement des procès de droit commun et où un petit juge texan peut faire vaciller un président des Etats-Unis.

Le soir-même, au JT de France 2 de 20 heures, si mes sources sont bonnes, un(e) journaliste semblait s’étonner qu’il n’y ait pas de secteur VIP dans les prisons américaines. Un autre, dans Mots croisés, avoua combien il était secoué, choqué, presque scandalisé que la police se soit organisée avec la presse pour faciliter le travail des photographes, qui ont mitraillé Strauss-Kahn à Harlem. «Il a été traité comme un vulgaire criminel», disait-il en substance. Pas exactement. Le président du FMI a simplement été traité comme un Américain —un peu connu. Et encore —enferré dans le système politico-médiatique américain. On n’a juste pas l’habitude.

Christophe Carron

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