DSK, un justiciable comme un autre
Le traitement réservé au patron du FMI par la presse et la justice new-yorkaise peut surprendre, voire choquer. Cela ne devrait pas.
- Un tribunal de Manhattan, le 16 mai 2011, devant lequel Dominique Strauss-Kahn était présenté. REUTERS/Mike Segar -
L’arrestation de DSK par les autorités portuaires de l’aéroport de New York et son inculpation ont mis une claque à tout le monde. Normal, un scandale politico-sexuel, ça envoie. Mais la plus grosse claque, ce n‘est pas vraiment l’événement, c’est son traitement. Ok, il y a Twitter, le demain-tous-journalistes, l’interweb mondial... on commence à connaître. Le truc inédit, c’est ce traitement américain d’une affaire française.
Deux tabloïds ont mené la danse. Le New York Post a révélé l’info dès le samedi soir, et le Daily News a donné le ton avec sa une «Le Perv». Nos médias, dont les contacts en fait-div et police-justice sont quasi-exclusivement français, ont dû pour la plupart suivre les investigations de leur confrères américains malgré la présence de leurs correspondants sur place. L’après-midi, chaînes d’info et sites internet ont fait du remplissage faute de news en attendant une comparution qui n’a finalement jamais eu lieu. i-Télé et BFM ont occupé l’antenne avec une armée d’éditorialistes, les sites d’infos ont gratté les fonds de tiroir (théorie complotiste en home du Monde.fr, citation de Mixbeat par un Le Parisien en mal de sources..., Tristane Banon et sa mère ont fait leur apparition.
La routine. Un peu limite, mais la routine. On a mangé du DSK toute la journée, on s’est couchés un peu secoués mais, habitués aux traitement de ce genre d’affaires quand elle surviennent en France, on imaginait que le lendemain, Dominique Strauss-Kahn dormirait tranquillement chez lui après avoir vu le juge, attendant que la procédure suive paisiblement son cours. Quelques papiers dans la presse, l'infamie habituelle sur les réseaux sociaux pendant quelques jours et tout allait vite rentrer dans l’ordre.
Oui. Mais on n’est pas en France. DSK s’est fourré dans un merdier à bannière étoilée. Les règles ne sont pas tout à fait les mêmes. Il s’en est vite aperçu, les Français aussi. Lundi, les tabloïds en ont remis une couche en une, la photo de Strauss-Kahn shooté à la sortie du commissariat a fait le tour des télés et des sites internet. L’ambiance NY Unité spéciale, c’est marrant sur TF1, mais quand ça concerne quelqu’un qu’on connaît, ça ne fait pas tout à fait pareil.
Belle plaque, nouvelle claque. Pas le temps de débattre sur la présomption d’innocence et l’opportunité de publier l’image d’un homme-présumé-innoncent-inculpé-et-entravé qu’à 17 heures, hop, ce fut l’heure du passage devant la juge qui n’a pas l’air commode.
Un merdier à bannière étoilée
Les télés françaises se sont contentées de nous montrer la façade du palais de justice en attendant que leurs journalistes, coincés en salle d’audience, viennent débriefer à l’antenne. Les infos junkies ont tremblé parce que les quelques journalistes twittos présents à l’audience auraient pu être sommés d’éteindre leurs portables pendant les débats. Ils ne l’ont pas été. On apprendra donc en direct, sur Twitter et sur i-Télé qui lit Twitter que Strauss-Kahn allait rester en prison. Encore une claque.
Ah et tiens, personne n’y avait pensé dans sa petite cervelle de Français, mais aux Etats-Unis, on peut les filmer, les débats. Qu’à cela ne tienne, on a eu les images. Le visage d’un DSK en légère panique, barbu et froissé, un poil dépassé par les événements, est apparu sur les écrans. On a aussitôt revécu la scène avec lui, sauf que là, nous, on connaissait la fin. Dernière claque de la journée.
Forcément, ça a fait beaucoup. Les possibles 70 ans d'incarcération sur Rikers Island, la fermeté du système judiciaire américain que, finalement, on ne comprend pas si bien, la couverture totale et jusqu’au-boutiste de ce genre d’affaire par les médias américains, sur lesquels les Français sont bien obligés de se caler...
Ambiance crue et cruelle où une bonne affaire criminelle motive n’importe quel procureur désireux de se faire réélire et n’importe quel média goulu d’audience, où la chaîne TruTV diffuse quotidiennement des procès de droit commun et où un petit juge texan peut faire vaciller un président des Etats-Unis.
Le soir-même, au JT de France 2 de 20 heures, si mes sources sont bonnes, un(e) journaliste semblait s’étonner qu’il n’y ait pas de secteur VIP dans les prisons américaines. Un autre, dans Mots croisés, avoua combien il était secoué, choqué, presque scandalisé que la police se soit organisée avec la presse pour faciliter le travail des photographes, qui ont mitraillé Strauss-Kahn à Harlem. «Il a été traité comme un vulgaire criminel», disait-il en substance. Pas exactement. Le président du FMI a simplement été traité comme un Américain —un peu connu. Et encore —enferré dans le système politico-médiatique américain. On n’a juste pas l’habitude.
Christophe Carron
Mis à jour le 18/05/2011 à 18h03
















































La justice et la societe americaine traitent differement les proces d'envergure, avec plus de reactivite, plus de couverture mediatique, moins de respect pour la personnalite...mais ca veut en aucun cas dire qu'elle est meilleure et plus transparente!
En tant que redactrice en chef de Voici.fr, je concois aisement que vous recherciez les scandales, les titres tapageurs et rabatteurs.... mais de la a vouloir appliquer ca a la Justice quand meme, il faut savoir raison garder...
Je suis rarement fier d'être Français. Je le suis aujourd'hui. Même si il est très loin d'être parfait, notre système judiciaire est infiniment plus civilisé que celui des USAs où il y a plusieurs millions de gens derrière les barreaux. C'est bien simple, les USAs sont le pays au monde qui a la plus forte proportion de ses citoyens en prison. Beaucoup plus que la Chine, qui est souvent accusée de ne pas être un pays démocratique.
On peut, sans trop prendre de risque, affirmer qu'aux USAs, on vous jette en prison pour pas grand chose, voir beaucoup moins que ça. Dans de nombreux états, il est normal que les enquêteurs et magistrats qui envoient quelqu'un en taule, soient rémunérés avec un pourcentage des avoirs du même justiciable. Oui, vous m'avez bien lu. Exemple : votre fils fait pousser du cannabis dans sa chambre, votre maison est mise aux enchère et 10% ( ou plus) de la vente est partagée entre les enquêteurs et les juges.... vous ne rêvez pas, c'est légal dans de nombreux états... je vous laisse imaginer les dérives possibles. On a vu des juges aller habiter dans la maison des gens qu'il venait de faire condamner !
En gros, depuis 1975, le taux est passé d'environ 2 incarcérés pour 10.000 en liberté, à 1 pour 1.000, c'est à dire cinq fois plus. Dans le même temps, la criminalité a elle dégringolée. J'en vois certains qui voient là une cause à effet, le problème : est-ce parce qu'on met de nombreuses personnes en prison que le crime baisse? je crois moi, que la baisse de la criminalité peut être directement corrélée à Roe v. Wade, qui a légalisé l’avortement.
Plus d'info sur cette hypothèse ici: http://en.wikipedia.org/wiki/Legalized_abortion_and_crime_effect
Notons aussi que durant sa vie, un noir aux US à 32% de chance d'être incarcéré ; c'est ahurissant ! Autre statistique intéressante, les US, qui ont trois fois plus de meurtres que la France, continuent à autoriser la possession d'armes à feu.
On est donc en droit de se poser des questions sur ce système judiciaire et les forces qui l'empêchent de rentrer dans les normes des pays "civilisés" comme l'Allemagne, la France, la Suède, le Japon ou la Grande Bretagne. Je soupçonne, que comme l'équipement militaire, la "justice" soit un "marché comme les autres", qui emploi des millions de travailleurs et d'avocats, rémunère des milliers d'actionnaires; des gens pour qui une baisse de cette population carcérale, représenterai un rétrécissement du marché. Je crois que ce système s'emballe, et a besoin en permanence de nouveaux justiciables, et n'est donc pas trop regardant quant à la "qualité" de ces coupables.
Je suis rarement fier d'être Français. Je le suis aujourd'hui. Même si il est très loin d'être parfait, notre système judiciaire est infiniment plus civilisé que celui des USAs où il y a plusieurs millions de gens derrière les barreaux. C'est bien simple, les USAs sont le pays au monde qui a la plus forte proportion de ses citoyens en prison. Beaucoup plus que la Chine, qui est souvent accusée de ne pas être un pays démocratique.
On peut, sans trop prendre de risque, affirmer qu'aux USAs, on vous jette en prison pour pas grand chose, voir beaucoup moins que ça. Dans de nombreux états, il est normal que les enquêteurs et magistrats qui envoient quelqu'un en taule, soient rémunérés avec un pourcentage des avoirs du même justiciable. Oui, vous m'avez bien lu. Exemple : votre fils fait pousser du cannabis dans sa chambre, votre maison est mise aux enchère et 10% ( ou plus) de la vente est partagée entre les enquêteurs et les juges.... vous ne rêvez pas, c'est légal dans de nombreux états... je vous laisse imaginer les dérives possibles. On a vu des juges aller habiter dans la maison des gens qu'il venait de faire condamner !
En gros, depuis 1975, le taux est passé d'environ 2 incarcérés pour 10.000 en liberté, à 1 pour 1.000, c'est à dire cinq fois plus. Dans le même temps, la criminalité a elle dégringolée. J'en vois certains qui voient là une cause à effet, le problème : est-ce parce qu'on met de nombreuses personnes en prison que le crime baisse? je crois moi, que la baisse de la criminalité peut être directement corrélée à Roe v. Wade, qui a légalisé l’avortement.
Plus d'info sur cette hypothèse ici: http://en.wikipedia.org/wiki/Legalized_abortion_and_crime_effect
Notons aussi que durant sa vie, un noir aux US à 32% de chance d'être incarcéré ; c'est ahurissant ! Autre statistique intéressante, les US, qui ont trois fois plus de meurtres que la France, continuent à autoriser la possession d'armes à feu.
On est donc en droit de se poser des questions sur ce système judiciaire et les forces qui l'empêchent de rentrer dans les normes des pays "civilisés" comme l'Allemagne, la France, la Suède, le Japon ou la Grande Bretagne. Je soupçonne, que comme l'équipement militaire, la "justice" soit un "marché comme les autres", qui emploi des millions de travailleurs et d'avocats, rémunère des milliers d'actionnaires; des gens pour qui une baisse de cette population carcérale, représenterai un rétrécissement du marché. Je crois que ce système s'emballe, et a besoin en permanence de nouveaux justiciables, et n'est donc pas trop regardant quant à la "qualité" de ces coupables.