Economie

Hillary Clinton intéressée par la Banque mondiale? Quelle différence avec le FMI?

Slate.com, mis à jour le 10.06.2011 à 0 h 21

Les deux institutions ont des rôles distincts. Si la première peut être mal vue, la seconde est généralement appréciée des pays qui sollicitent son aide.

Hillary Clinton. REUTERS/Jumana El Heloueh

Hillary Clinton. REUTERS/Jumana El Heloueh

Hillary Clinton briguerait-elle la présidence de la Banque mondiale? C'est ce que croit savoir Reuters, qui explique ce 9 juin que différentes sources (anonymes) lui ont affirmé que la secrétaire d'Etat était intéressée par le poste.

L'ex-Première dame aurait discuté avec la Maison Blanche pour quitter ses fonctions l'an prochain pour devenir la chef de la Banque mondiale.

Reuters rappelle qu'Hillary Clinton a dit publiquement qu'elle n'avait pas l'intention de rester plus de quatre ans au département d'Etat.

Le mandat de l'actuel président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, prendra fin mi-2012.

Une troisième source a confié à Reuters que Barack Obama avait exprimé son soutien pour ce changement de poste, sans pouvoir confirmer si le président américain avait officiellement ou non accepté de proposer la candidature de sa chef de la diplomatie à la tête de la Banque mondiale.

Un porte-parole d'Hillary Clinton, Philippe Reines, a en revanche déclaré à NBC: «C'est 100% faux, Reuters se trompe. Ça, c'est "on the record".»

Dans tous les cas, cette candidature, si elle se confirmait, devrait être approuvée par les 187 pays membres de la Banque mondiale.

En 1998, Slate.com a tenté d’expliquer la différence entre le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Nous republions cet article ci-dessous.

***

La mission du Fonds monétaire international est de protéger le commerce international. Celle de la Banque mondiale est de promouvoir le développement économique. Ces deux institutions ont été créées à l’occasion d’une conférence internationale, qui s’est tenue en juin 1944 à Bretton Woods (ville américaine située dans l’Etat du New Hampshire). Toutes deux sont contrôlées et financées par leurs Etats-membres (environ 180), les plus grands pays ayant une plus forte contribution et un plus gros poids dans la prise de décisions.

Le Fonds monétaire international

La principale responsabilité du FMI est de prévenir ou de minimiser l’impact des crises qui peuvent survenir niveau des échanges commerciaux internationaux. Quand un pays achète plus à l’étranger qu’il ne lui vend, il doit couvrir cette différence en empruntant des devises étrangères (C’est ce qu’on appelle le déficit commercial. A ne pas confondre avec la dette publique: lorsque l’Etat dépense plus qu’il ne lève de recettes via les impôts).

De nombreux pays, dont les Etats-Unis et la France, présentent un déficit commercial sans que ce soit alarmant. En effet, les investisseurs sont disposés à prêter de l’argent aux pays sains financièrement, car ils «savent» qu’ils seront remboursés.

En revanche, si les investisseurs étrangers perdent confiance et cessent de prêter, c’est la crise. Le pays ne peut plus rembourser ses emprunts ni financer les biens qu’il a importés. Défaut de remboursement, réduction des importations… L’épidémie se propage, les banques font faillite, les autres pays perdent des opportunités d’exportation, ils cessent également de rembourser les investisseurs. C’est grosso modo ce scénario que le FMI doit éviter.

Le FMI dispose d’une certaine réserve de fonds dont il peut octroyer une partie à des pays sous forme de prêts, avec un taux d’intérêt légèrement inférieur à celui du marché. Le G20 d'avril 2009 a décidé de tripler de 250 à 750 milliards de dollars (176 à 530 milliards d’euros) la capacité de prêt du fonds, et ce chiffre pourrait encore augmenter.

En contrepartie, le FMI exige du pays emprunteur qu’il opère des réformes pour rembourser ses dettes. C’est-à-dire qu’il prenne des mesures destinées à faire rentrer plus de devises étrangères qu’il n’en dépense –ce qui équivaut à transformer le déficit commercial en excédent. En d’autres termes, pour bénéficier d’un sauvetage par le FMI, il faut importer moins et exporter plus –ce qui n’est pas toujours chose aisée. C’est pourquoi, bien souvent, cette institution n’est pas très appréciée.

La Banque mondiale

Le rôle de la Banque mondiale est d’aider les pays les moins développés à se développer. Elle dispose 276,1 milliards [195 milliards d’euros] qu’elle peut prêter. La grosse différence est que ces prêts sont réservés à des projets de développements, et non à des mesures de stabilisation du commerce. Grâce au développement, le pays aidé devrait voir croître son PIB, ce qui lui permettra à terme de rembourser la Banque mondiale. Les pays qui bénéficient de cette aide construisent diverses infrastructures (routes, écoles, cliniques, systèmes d’irrigation, etc.), d’où la popularité de cette institution.

John Maynard Keynes, l’un des architectes de la réorganisation du système monétaire international, estimait que le Fonds monétaire international aurait dû s’appeler «banque…» et la banque mondiale «fonds…».

D’autres questions?

Bruce Gottlieb
Ancien rédacteur à Slate.com, actuellement avocat général à l'Atlantic Media Company

Traduit par Micha Cziffra

Slate.com
Slate.com (483 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte