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  • Editeur aux Etats-Unis du Harper's Magazine et contributeur fréquent de The Atlantic Monthly et du New Yorker.
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David Samuels

Editeur aux Etats-Unis du Harper's Magazine et contributeur fréquent de The Atlantic Monthly et du New Yorker.

Stories from David Samuels

Pourquoi Israël attaquera l'Iran

Une attaque contre les installations nucléaires est risquée, mais elle prouverait que l'Etat hébreu reste maître de son destin.

Vendredi 25 Septembre 2009
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Lors d'une conférence de presse vendredi 25 septembre, le chef de l'Etat iranien a affirmé avoir informé en temps voulu l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) de l'existence d'une deuxième installation d'enrichissement nucléaire. «Il ne s'agit pas d'un site secret», a dit Ahmadinejad. «Si cela était le cas, pourquoi aurions-nous informé l'AIEA avec un an d'avance ? Ils (les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne) vont regretter leur déclaration.» En marge du sommet du G20 à Pittsburgh (Etats-Unis, le président américain Barack Obama, son homologue français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique Gordon Brown ont dénoncé dans une déclaration commune la construction de cette usine selon eux secrète.

Nous republions un article traduit de Slate.comdu spécialiste des questions militaires stratégiques David Samuels.

 

Plus les dirigeants israéliens bombent le torse et claironnent leur détermination à mettre fin aux ambitions nucléaires de l'Iran, plus les experts ont tendance à penser qu'ils bluffent. Après tout, si George W. Bush a refusé en 2008 de fournir à Israël les bombes anti-bunker et le ravitaillement en vol nécessaires à la destruction des sites nucléaires iraniens, les chances qu'Obama fasse le contraire peuvent sembler très minces. Surtout si l'on sait que le président américain a réagi à l'annonce d'un test de missile par la Corée du Nord en se contentant d'évoquer son rêve d'un monde sans armes nucléaires.

De nombreux analystes ont mis en évidence les performances catastrophiques de l'armée israélienne pendant la guerre du Liban en 2006 et l'image d'Israël dans le monde s'est encore dégradée suite aux atroces images de destructions commises dans la bande de Gaza. Dans ces conditions, les conséquences diplomatiques d'une attaque réussie contre l'Iran pourraient être pires que celles d'un échec militaire. De plus, personne ne sait vraiment où se trouvent les sites nucléaires iraniens.

Pour toutes ces raisons, des personnes parfaitement censées relativisent les excès rhétoriques des deux parties et estiment qu'il ne se passera rien de bien grave, que l'Iran devienne une puissance nucléaire, ou non. Du point de vue américain, en tout cas, il semble acquis que si l'Iran possédait quelques dizaines de bombes, il pourrait être contenu de manière relativement simple, par les mêmes moyens qui ont permis de contenir un empire soviétique armé de 45.000 ogives. Mais l'erreur de ces experts est de raisonner avec un point de vue américain, alors que c'est Israël qui est menacé par le programme nucléaire iranien. A ce titre, la stratégie de notre allié au Moyen-Orient diffère radicalement de la nôtre.

Les commentateurs moins optimistes, qui estiment qu'Israël ne bluffe pas, se divisent en deux catégories. Ceux qui pensent que les Israéliens sont fous et que les Etats-Unis doivent continuer à les encadrer étroitement pour les empêcher d'aller trop loin. Et ceux qui pensent que les dirigeants iraniens vivent sur une autre planète et sont prêts à utiliser des armes nucléaires contre Israël. Mais est-il vraiment nécessaire de considérer qu'un des deux camps a perdu les pédales pour comprendre qu'Israël a de bonnes raisons d'attaquer?

L'analyse des relations internationales permet de comprendre qu'une attaque contre l'Iran servirait pleinement les intérêts d'Israël, également en tant qu'Etat satellite des Etats-Unis.

Si les fulminations d'Israël font partie d'une stratégie mûrement réfléchie visant à obliger les Etats-Unis à se montrer plus agressifs vis-à-vis de l'Iran, cela ne signifie pas que les Israéliens n'attaqueront pas si la politique d'ouverture pratiquée par Obama laisse la possibilité aux Iraniens d'acquérir l'arme nucléaire. Et plus on envisage la situation sous l'angle de la relation entre Israël et son protecteur, plus l'attaque semble logique, et probable. Au vu des récents succès technologiques de l'Iran, comme le lancement du satellite de communication Omid, et du caractère de plus en plus évident des objectifs du programme iranien, il n'est plus invraisemblable de prévoir une attaque dans l'année qui vient. Pour l'instant, les Russes ne semblent pas pressés de procurer à l'Iran des missiles sol-air S-300, mais si la transaction venait à se préciser, Israël pourrait intervenir encore plus rapidement.

Le fait que les intérêts israéliens puissent diverger radicalement de ceux des Etats-Unis semble surprendre beaucoup d'analystes. Une telle incompréhension est due au fait que les adversaires et les partisans de la relation privilégiée entre les deux pays partagent plus ou moins les mêmes croyances naïves, comme la théorie du lobby israélien tout-puissant ou la soi-disant communauté de valeurs démocratiques qui unirait les deux pays. S'il est indéniable que le soutien des Etats-Unis est en partie motivé par une communauté de valeurs et par le lobbying mené par certains groupes à Washington, ni l'état de la démocratie israélienne ni les pouvoirs secrets de lobby pro-israéliens comme l'AIPAC ne peuvent expliquer les milliards de dollars de crédits militaires consentis à Israël. Crédits qui sont d'ailleurs autant de cadeaux aux fabricants d'armes américains qu'aux militaires israéliens.

Non, si les Etats-Unis défendent aujourd'hui Israël, c'est tout simplement parce que ce pays est le plus puissant du Moyen-Orient. Les adversaires de la fameuse «relation privilégiée» se plaisent à confondre l'attitude adoptée par les Etats-Unis avant et après 1967 en évoquant les dizaines de milliards donnés à Israël «depuis 1948». Mais l'examen des faits prouve que l'accession d'Israël au statut de puissance régionale s'est faite sans aide significative des Etats-Unis.

Le programme nucléaire clandestin a été monté avec l'aide des Britanniques et des Français, qui s'unirent aux Israéliens pour s'emparer du Canal de Suez, et qui furent obligés de le rendre à l'Egypte par Eisenhower. Les pilotes israéliens qui ont détruit au sol les aviations égyptienne, syrienne et jordanienne pilotaient des Mystères français, pas des Phantoms américains. Et le Congrès n'a débloqué des crédits pour aider Israël à accueillir l'afflux de survivants des camps de la mort ou les réfugiés juifs fuyant le Yemen, l'Irak ou l'Egypte qu'après 1973, soit 25 ans après la création d'Israël.

En détruisant l'ancien équilibre des forces au Moyen-Orient grâce à sa spectaculaire victoire dans la guerre des Six jours, Israël est devenu la nouvelle puissance militaire de la région, dont l'influence déstabilisante devait à tout prix être contenue. Or les similitudes entre cette montée en puissance au cours des années 1950 et 1960 et celle de l'Iran aujourd'hui sont réelles.

Comme Israël en 1967, l'Iran est un Etat non-arabe dont les tactiques militaires innovantes font très peur aux Arabes. Mais la ressemblance s'arrête là. L'Iran est vaste et compte plus de 70 millions d'habitants. Israël est un pays minuscule de 7 millions d'habitants, dont les dirigeants ont l'habitude de gouverner à vue. En l'absence de toute stratégie d'expansion ou de diplomatie cohérentes, Israël a décidé, depuis 1967, d'utiliser sa puissance militaire pour s'emparer de territoires qu'il pourrait ensuite échanger contre l'aide de son puissant allié américain.

Israël a gagné sa place d'Etat satellite des Etats-Unis grâce à une série d'exploits accomplis par un pays minuscule, sans réels moyens financiers et acculé à la mer : la prise du canal de Suez en 1956, la victoire en 1967 et le développement de l'arme atomique.

Mais les termes du contrat passés avec le grand frère américain ont relégué ces faits d'arme à un passé aussi glorieux que révolu. En effet, Israël a échangé la liberté de prendre des initiatives risquées mais pouvant rapporter très gros, contre la sécurité militaire et diplomatique garantie par le pays le plus riche et le plus puissant du monde. Le marché était, et est toujours, très simple : l'appui quasi inconditionnel des Etats-Unis contre la soumission d'Israël aux ambitions diplomatique et stratégiques américaines dans la région, et notamment vis-à-vis des nations arabes voisines.

A chaque nouveau traité de paix chapeauté par les Américains, de Camp David à la conférence de Madrid en passant par Oslo et Annapolis, les Etats-Unis se sont servis de leur pouvoir sur Israël comme d'un puissant levier vis-à-vis du monde arabe : «Faites ce qu'on vous dit, et nous forcerons les Israéliens à se calmer.» Et la «relation privilégiée», qui permet à Washington d'imposer sa volonté au Moyen-Orient, repose sur deux piliers. La capacité américaine à imposer des solutions concrètes, comme le retour du Sinaï à l'Egypte ou l'engagement de créer un Etat palestinien. Et l'idée, implicite mais toujours présente, que les Etats-Unis font tout leur possible pour encadrer les énergies belliqueuses israéliennes.

Le succès de cette alliance exige que les deux parties s'engagent dans un perpétuel jeu de langage qui tient largement de la comédie. Les Etats-Unis font semblant de réprimander Israël. Les Israéliens font comme si les Américains les empêchaient de bombarder Damas ou de s'emparer des deux rives de l'Euphrate. Les relations entre les deux pays sont donc forcément instables, car il s'agit de jouer en permanence sur les forces et les faiblesses de l'Etat hébreu. Un Israël qui écraserait ses voisins représenterait un grave problème pour les Etats-Unis, mais un Israël incapable de projeter sa puissance déstabilisatrice dans la région ne leur servirait pas à grand-chose.

Conséquence fondamentale de cet état de fait, plus Israël s'affaiblit, plus ses intérêts et ceux des Etats-Unis vont diverger. Si Israël ne fait plus peur à personne, les Etats-Unis ne tarderont pas à lui demander de rendre le Golan à la Syrie et de laisser exister un Etat palestinien. Sa stature internationale encore diminuée, et sa taille ramenée aux frontières d'avant 1967, l'Etat hébreu sera encore moins utile aux Etats-Unis, qui pourraient alors décider de favoriser un pays davantage capable de maintenir la pression sur les Arabes: l'Iran.

Considéré de manière froidement pragmatique, le caractère intenable d'un tel équilibre permet de comprendre les batailles engagées par Israël contre le Hezbollah et le Hamas, mais aussi l'assassinat de scientifiques iraniens et, en 2007, l'attaque aérienne contre un bâtiment situé en Syrie et abritant probablement des installations nucléaires. Ces tentatives de redonner une certaine crédibilité à la capacité d'initiative israélienne s'adressent autant aux ennemis arabes qu'aux alliés américains. Elles sont le résultat d'une stratégie mise en place par l'ancien premier ministre Ariel Sharon, qui a su alterner des actions militaires imprévisibles et brutales, comme l'opération Bouclier défensif et la mise en quarantaine de Yasser Arafat, avec un discours insistant sur l'importance de la paix et des concessions surprenantes, comme le retrait unilatéral de Gaza en 2005. Sharon a également cherché à contrebalancer ses relations étroites avec le Président Bush par des initiatives diplomatiques dirigées vers la Russie et l'Inde.

Une attaque contre l'Iran est peut-être risquée, mais, dans le cadre de cette stratégie, elle prouverait qu'Israël est toujours capable de bousculer les rapports de force grâce à des initiatives militaires audacieuses. Même sans arme nucléaire, Israël peut mettre l'économie iranienne à genoux en bombardant les raffineries du pays, rendant ainsi très difficile une riposte d'envergure. Et si la guerre de 2006 au Liban a révélé de graves déficiences de l'armée, elle a également montré la capacité de l'aviation à détruire les batteries de missiles à longue portée. On peut être sûr que s'ils attaquaient l'Iran, les Israéliens riposteraient de manière encore plus brutale et efficace à des tirs de missiles ou de roquettes par le Hezbollah ou le Hamas.

A moins d'une débâcle militaire semblable à celle que subirent les Américains en 1980 dans le désert iranien, ou d'un ordre donné par Obama d'abattre les avions israéliens se dirigeant vers Natanz, une attaque aérienne devrait permettre de détruire quantité d'installations et de matériels que les Iraniens ont mis dix ans à construire et qu'ils ne pourraient pas remplacer avant longtemps. Une attaque pourrait donc retarder de deux ans, ou même de cinq ans, la mise au point d'une ogive. Mais surtout, elle mettrait fin à l'impression d'inévitabilité qui entoure désormais le programme nucléaire iranien et a permis à ce pays de devenir une puissance régionale incontournable.

L'idée selon laquelle le monde musulman se soulèverait alors contre Israël a perdu beaucoup de crédibilité. Les pays du Golfe et l'Egypte soutiennent ouvertement Israël contre le Hezbollah et le Hamas. De fait, Israël étant le seul pays capable de tenir tête à l'Iran et à ses satellites, l'Etat hébreu est indirectement devenu le mercenaire des pays sunnites, le gros bras chargé par Washington de protéger ce nectar si prisé par les Américains, le pétrole.

Les parallèles entre l'ascension fulgurante d'Israël au rang de satellite des Etats-Unis et la montée en puissance de l'Iran constituent pour l'Etat hébreu une raison supplémentaire d'agir, et d'agir vite. Le fait que l'Iran soit de plus en plus courtisé inquiète les Israéliens non seulement à cause des propos peu amènes tenus par les dirigeants de ce pays, mais surtout parce que tout rapprochement entre les Etats-Unis et l'Iran menace la «relation privilégiée» entre la superpuissance et son allié. Si on peut penser que l'Amérique mettrait Israël et l'Iran en concurrence afin de tirer le plus de bénéfices possibles de ses relations avec chacun d'eux, on ne voit pas comment les Etats-Unis pourraient contenter les deux pays indéfiniment. Il est par contre tout à fait envisageable que l'Iran, très influent en Afghanistan et en Irak et maître du Hezbollah et du Hamas, devienne un jour le nouveau partenaire «privilégié» des Etats-Unis.

Bombarder l'Iran est donc le meilleur moyen pour Israël de redevenir le forcené imprévisible qui attira l'attention des Etats-Unis à partir de 1967, tout en éliminant l'Iran de la liste des partenaires valables pour les Américains. Certes, cela revient à abattre l'autre fille pour garder votre petit ami, mais cela prouve seulement que les relations internationales n'ont pas grand-chose à voir avec les relations humaines. D'autant qu'en l'occurrence, cela pourrait très bien marcher. Privé de son programme nucléaire et incapable de riposter de manière conventionnelle, l'Iran apparaîtrait comme un tigre de papier, pour le plus grand plaisir des Etats sunnites du Golfe, tous alliés des Américains. Bénéfice supplémentaire, les satellites de l'Iran, comme la Syrie et le Hamas, ne pourraient que prendre leurs distances avec des Perses humiliés, dont tout le monde pourrait voir les installations nucléaires détruites sur Google Earth.

Le seul véritable problème pour Israël serait la réaction de Washington face à la colère de l'opinion publique dans les pays arabes et en Europe, qui ne manqueraient pas d'exprimer leur profonde indignation. Le prix à payer serait alors évident : la création d'un Etat palestinien. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le ministre de la Défense Ehoud Barak estiment que cela représenterait un danger réel pour Israël. Mais ils ont également conscience du caractère inévitable de l'établissement d'un tel Etat.

Et à bien y réfléchir, l'idée selon laquelle le prix à payer pour pouvoir attaquer l'Iran serait la création d'un Etat palestinien légitime encore davantage une telle prise de risque. Les dirigeants israéliens savent que les bénéfices liés au retrait de Cisjordanie dépendent largement des conditions de ce retrait. A ce titre, il est impératif qu'Israël cède ce territoire de son plein gré, après avoir fait la démonstration indiscutable de sa force. Ariel Sharon a pu retirer les troupes de Gaza parce qu'il avait vaincu Arafat et écrasé la deuxième intifada. Tout aussi pressés de se débarrasser de territoires qui posent de graves problèmes diplomatiques et démographiques, les successeurs de Sharon n'ont pas encore réussi à produire une victoire suffisamment éclatante pour légitimer un retrait de Cisjordanie. D'autant que leur pire cauchemar serait de voir l'armée israélienne contrainte de quitter Naplouse et Hébron sous les huées de militants du Hamas, organisation soutenue par... l'Iran. Dans cette optique, le caractère inévitable de la création d'un Etat palestinien devient le meilleur argument en faveur du caractère inévitable d'une attaque contre l'Iran.

Réduire à néant le programme nucléaire de Téhéran apparaît ainsi comme le meilleur moyen de mettre un coup d'arrêt à l'enchaînement des reculades territoriales et des condamnations internationales qui minent de plus en plus l'Etat hébreu, et de renouer avec les brillantes victoires militaires qui ont donné à Israël sa place aux côtés des Américains. Détruire un nombre suffisant de centrifugeuses mettrait également fin, pour un temps, aux ambitions iraniennes dans la région et éliminerait le seul rival potentiel d'Israël dans la course aux faveurs américaines. Enfin, cela permettrait à l'Etat hébreu, grâce à la création d'un Etat palestinien, de sortir par le haut du bourbier cisjordanien.

Certes, la méthode israélienne pour résoudre la question du nucléaire iranien et ramener la paix au Moyen-Orient est plus hasardeuse et violente que celle imaginée par l'administration américaine, avec des sanctions et l'évocation du second prénom de Barack Obama. Mais qui pourrait rejeter d'emblée l'idée d'échanger la bombe iranienne contre un Etat palestinien ? L'Arabie Saoudite serait contente. L'Egypte serait contente. Le Bahreïn, les Emirats Arabes Unis et le Koweït seraient contents. La Jordanie serait contente. L'Irak serait content. Les deux tiers des Libanais seraient contents. Les Palestiniens pourraient construire leur pays et Israël s'offrirait plusieurs décennies de tranquillité en restant la seule puissance nucléaire de la région.

L'Iran ne serait pas content. Mais la paix exige des sacrifices, non ?

Article de David Samuels
Traduit par Sylvestre Meininger

Lire également sur le même sujet:  Iran: une attaque israélienne imminente?,  Et si l'Iran avait déjà l'arme nucléaire?, Que faire avec l'Iran? par Jean-Marie Colombani, Comment Ahmadinejad a truqué les élections et Iran: la résistance nargue sans cesse Ahmadinejad.

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Comments

Vous faites l'impasse sur le coût politique

Belle analyse de Kriegspiel, mais vous faites l'impasse sur le coût politique qu'aurait une telle attaque pour les gouvernements occidentaux et arabes. La dissémination des moyens atomiques des Iraniens, se traduira par un grand nombre de victimes civiles. Le choc des images aura nécessairement pour effet une radicalisation des communautarismes qui fera passer les déclarations actuelles de l'UOIF pour modérées et risque de déstabiliser des pays occidentaux. Ce ne serait sans doute pas pour déplaire aux faucons israéliens, mais poserait des gros problèmes à nombre de gouvernements. Le terrorisme est un nain sur le plan militaire et il est logique que vous ne le preniez pas en compte dans votre kriegspiel, mais Obama resistererait-il longtemps à des attentats terroristes sur le sol américain commis par des musulmans américains agissant comme des électrons libres ? On attribuera à sa "faiblesse" l'intervention Israélienne en considérant que sous GWB, ces derniers n'auraient jamais oser défier ainsi "l'ami" américain. Et même les gouvernements des pays arabes qui soutiennent aujourd'hui plus ou moins ouvertement Israel contre l'Iran, pourront-ils résister à le colère qui s'emparera de leur population civile?
On ne peut pas dire que la politique de la canonnière chère à GW Bush ait été un grand succès jusqu'à présent. Et à moins d'abattre les avions israéliens comme vous l'avez envisagé, l'Amérique aura beau faire et dire, elle sera toujours perçue comme complice des israéliens en raison de sa politique passée.
Dans ce contexte, la création d'un état palestinien ne contentera pas grand monde au moyen-orient. Le Hamas et le Hezbbollah utiliserons les bombardements pour légitimer leur volonté de détruire l'état d'Israel et les difficultés intérieures des gouvernements qui soutiennent aujourd'hui Israel risquent de rendre leur soutien beaucoup plus discrets. Comment l'autorité palestinienne pourrait-elle passer un accord avec le gouvernement Israelien dans un tel contexte ? Quelles sont les chances de survie d'Israel sans le financement et les armes américaines ?
Par ailleurs, un bombardement des installations nucléaires n'empêchera pas l'Iran de rester un géant militaire à l'échelle régionale, sans adversaire potentiel digne de ce nom depuis que les américains ont envahi l'Irak.

El Gato

une guerre différente

Si Israël attaque l'Iran, il y aura quand même une différence majeure avec les derniers conflits qui ont valu à Israël une si mauvaise image, c'est que la guerre mettrait aux prises deux armées, et non une armée et des "civils" (on peut revenir sur le terme, mais le hezbollah et le hamas ne sont pas des armées). Et une grande partie de l'argumentaire anti-israëlien tomberait.
Et puis, bien que musulmans, il faut faire une différence entre les perses et les arabes.
Il est aussi beaucoup plus facile de justifier une intervention pour empêcher ses ennemis d'utiliser l'arme nucléaire que les empêcher d'utiliser des rocket qui ont 100km de portée.

Maintenant, une intervention militaire qui affaiblirait trop l'iran pourrait être dangereuse pour la stabilité du pays, et un pays instable disposant du savoir faire pour fabriquer l'arme nucléaire représente un énorme danger.
Et puis, gagner 10 ans de tranquillité, pour quoi faire? y retourner dans 10 ans? Il faudra alors faire dans la surenchère, envahir l'Iran?

L'intervention d'Israêl ne

L'intervention d'Israêl ne mettra pas à proprement parler aux prises deux armées, du moins il faut l'espérer. Mais quand bien même aucun avion israélien ne revenait du raid, ça resterait une action militaire israélienne qui tuerait des civils. L'argumentaire anti-israélien sera d'autant plus audible, que l'Iran n'a jamais tiré de missile contre Israel.

El Gato

What about Syria ?

Le problème que j'ai avec ce texte c'est qu'il minore le problème Israëlo-Syrien qui est la clef du problème. Si la nouvelle administration américaine arrive à pousser ces deux parties à un accord de paix, l'Iran se retrouverait de facto isolé diplomatiquement et son influence régional deviendrait extrêmement limité.

Ce qui pourrait entraîner une marche arrière des iraniens sur leur programme ou alors faciliter des frappes préventives israéliennes sans grand retentissement dans la région.

Je vous conseile la lecture du dernier papier de Seymour Hersh sur cette question : http://www.newyorker.com/reporting/2009/04/06/090406fa_fact_hersh

Apocalypse now ? Mèche courte !

Réponse au (pseudo) pourquoi du titre
après lecture de l'espèce de réflexion à haute voix
qui semble complète et puissante (seulement) parce qu'elle intègre :
- l'évolution des relations entre les Etats-Unis et Israël
avec le début de l'ère Obama ; interrogation pertinente,
- l'égo et argus de l'armée israélienne, devant le miroir de la salle de musculation
et au palmarès du championnat militaire de body-building ; mécanique inquiétante
d'une déclaration de conflit,
- une préconclusion qui est resserrée sur l'alternative statu quo-attaque foudroyante
(logique occidentale contre logique israélienne) ; incidemment intercalée,
- l'étayage de l'option bombardement (prédite dans le titre)
par un détour psycho-diplomatique, historique, puis clinique
du quasi-concubinage ente les Etats-Unis et Israël ; l'impression de faire
trois tours sur soi, les yeux bandés,
- des pincées d'espionnage, d'arsenal technologique et de prospective modélisée,
- la minimisation des inconvénients potentiels de l'intervention unilatérale préconisée,
- la surévaluation à peine complaisante de ses vertus, Etat palestinien en prime.
Il s'agit donc d'un point de vue, assez radical, d'un plaidoyer pour l'intervention,
L'absence de point d'interrogation au titre l'annonce mais il vaut mieux le redire.
L'emploi du futur au lieu d'une forme conditionnelle ou de souhait va quand même
plus loin que le point de vue. Doit-on prendre ce papier pour un avertissement ?
. . .
Ne pensez-vous pas, dans ce cas, en particulier,
quelle que soit votre position sur la situation dans la région,
qu'un article de ce genre (à définir) mériterait un appareil critique
qui ne soit pas que laissé à la sagacité - si, si ! - des commentateurs ?
Serait-ce trop demander qu'une introduction, une présentation de l'auteur
un peu plus précise (le lien auteur n'est, en l'occurrence, pas très fourni),
au moins la référence de l'article original, et ce, même s'il est estampillé "Slate" ?
Quitte à exploiter "l'hypertexte"...
A ce propos, tous les liens actifs sont-ils des auteurs ?
(Au passage, la visibilité-indexation des papiers sur "Slate" progresse
mais tient encore trop du tirage aléatoire pour les lectrices-lecteurs).
. . .
Au fait, comment définir "Slate", site participatif d'information, de débat, pluriblog... ?

Polémikoeur.

ATTAQUERA ?

je n'aime pas trop le futur dans le titre, un conditionnel aurait permis de ne pas faire du "journalisme" à sensation. Ce futur, c'est exactement ce qui décrédibilise le journalisme.
Une hypothèse, une analyse, vaut une certitude en l'absence de fait. Car où sont les faits ?
La politique est-elle encore et toujours un jeu d'échec ?
Ce n'est effectivement qu'un "kriegspiel" pour ne pas dire une mise en forme rouée de propos de comptoir
(D'un comptoir pour journalistes, bien sûr).
Ne mérite pas le temps passé à lire ce papier. Ne contribue pas au sérieux de slate avec ou sans .fr.

massilian

la retenue est le meilleur conseil

Notre monde est saturé de ces faux calculs,il nous faut un monde meilleur denué de toute rancoeur ;assez de destructions et de massacres.
une aventure pareille risque,de détruire toute la région et la mettre à feu et à sang.
les conséquences seront désastreuses pour toute la planète.
A mon avis cette entreprise serait un suicide pur et simple.

serty

Pourquoi Israël attaquera l'Iran

Ne faut-il pas donner une chance à la paix avant de conclure à l'avantage d'une thèse qui comporte autant de risques et d'incertitudes? Qu'aurait à gagner Israël en cédant sur la création d'un état palestinien en échange d'une sécurité toute relative qu'elle aurait avantage à se donner par une défense pacifique?

Dans cette optique, dès qu'Israël saura se défendre contre une attaque nucléaire, par lui-même ou avec le soutien américain, il aura jugulé la menace et ce à long terme. Cela entre probablement dans la conception d'Obama sur ce qu'il entend par la sécurité non négociable d'Israël. La création d'un état palestinien et une politique d'ouverture envers l'Iran agiront pour un apaisement des velléités belliqueuses d'un Iran redresseur de torts mieux et plus durablement qu'une fuite en avant extrêmement périlleuse.

Du reste, ce scénario ignore une répercussion colossale et terriblement redoutable en cette période de crise économique. En effet, nous pouvons être certain que l'Iran, en tant que mesure dissuasive, a prévu de paralyser le détroit d'Ormouz pour longtemps. Trop longtemps pour que la rareté du brut ne fasse pas monter les prix du pétrole dans le monde entier et suffisamment longtemps pour que les économies occidentales en pâtissent sévèrement. Sans compter que le blâme généralisé irait vers Israël. Sans compter non plus le manque à gagner des régimes arabes qui ne pourraient acheminer leur pétrole vers les consommateurs. Rien pour se gagner leur sympathie envers Israël. Des répercussions planétaires définitivement trop importante considérant l'importance de ce conflit pour des tigres en croissance que sont la Chine et l'Inde.

Advenant une telle attaque, assez rapidement la menace viendrait du Pakistan. Ce qui pourrait rendre impossible la tâche des américains en Afghanistan. Or, une telle évolution trouverait sa suite dans la création d'un axe Pakistan-Afghanistan-Iran qui ferait renaître rapidement et plus problématiquement une nouvelle menace nucléaire sur Israël.

En conclusion, les américains ont trop à perdre pour ne pas intervenir pour contrer une attaque aussi folle. De même, Israël risquerait trop de mettre en place des conditions d'adversités qu'il ne saurait surmonter à moyen ou à long terme.

Au pire, Israël aura à vivre un équilibre de la terreur qui pèsera plus lourdement sur l'Iran, car,lui,ne saurait éviter une riposte terrifiante.

Tout au plus cette thèse s'inscrit dans la justification d'une rhétorique rétrograde et barbare qui aura entamé définitivement son déclin avec l'infâme et sanguinaire opération Plomb Durci.

Jean Laperrièrre

Piège à con

Israël n'a pas l'initiative dans cette histoire.
L'attaque des installations nucléaires iraniennes ne sera (car elle sera probablement) qu'une réponse au Gambit iranien.
L'arme nucléaire à brève échéance n'est que la menace destinée à obliger le camp d'en face à réagir. Et à réagir dans des conditions défavorables. Techniquement, les installations sont à la limite des capacités de projection Israéliennes. Un échec de l'action et même un demi succès auraient des résultats catastrophiques pour l'image de l'Etat hébreu et de l'occident. Un plein succès entrainerait des retombées, au propre (sale) comme au figuré qui permettraient une victimisation du pays, et légitimerait ses dirigeants actuels dans leur confusion volontaire entre antioccidentalisme, antisionisme et antisémitisme.
La seule solution ouvrant des débouchés à moyen terme supposerait que l'attaque soit remplacée ou accompagnée d'une attaque ad hominem (genre Tom Clancy). Mais elle peut alors légitimer tous les terrorismes ...
Ca doit cogiter dur dans les hautes sphères.

Renard

Autres pourquoi...

Les USA et les pays européens ont toujours eu une approche différente de l'équilibre au moyen orient.
Les européens se "satisfaisant" de l'instabilité locale tel d'un pis allé, il s'agissait pour eux de renforcer ce fragile équilibre, alors que les USA ne s'en satisfaisant pas, il s'agissait pour eux au contraire de mettre un coup de pied dans la fourmilère afin d'y assurer leur ordre nouveau...
Les premières illustrations de cette différence fondamentale expliquent en partie les différentes interventions en Irak.
Il est aujourd'hui clair que le pari de l'Irak contre celui de l'Iran pour "maîtriser" la région et les anciens satellites soviétiques musulmans était une erreur.
Ce hyatus d'approches et d'intérêts semble se minimiser. Les USA et l'europe font chacun un pas l'un vers l'autre; les USA "fort" de leurs embourbements, et les européens "fort" d'une nécessaire adaptation à la situation.
Au milieu de ces atermoiements Israel qui se sent un peu lachée, et qui devra pour contraindre les USA à prouver leur indéfectible amitié, se mettre dans une situation périeuse imposant à l'ami d'intervenir.
Les difficultés intérieures des USA et la chutte brutale du dollar finiront de les convaincre qu'il se doivent de soutenir Israel.
Ainsi, Israel attaquera l'Iran pour compter ses amitiés et les renforcer avant qu'elles ne s'épuisent, et les USA lanceront leur soutien un peu comme on lancerait un plan de relance...

ego108

Et le 11 septembre dans tout ça?

Cette article, avec ses multiples références 'aux glorieuses victoires' de l'armée israélienne dans le passé ne mentionne pas un petit évènement qui a eu lieu entre temps : le 11 septembre.

Ce qui a été avant un jeu d'échecs limité géographiquement au Moyen Orient est devenu aujourd'hui le terrorisme mondiale avec les USA comme première cible.

Ce n'est pas pour le pétrole que l'armée américaine est en Afghanistan! Le discours de Caire ne cherchait pas spécialement à calmer l'Israël! Obama a compris que l'Israël ne sert plus comme avant les intérêts des USA dans cette région. La donne a changé.

Les arguments tortueux de M. Samuels (sans doute pleins de 'wishful thinking') pourraient être tournés sur leurs têtes - si l'Israël attaque l'Iran un Obama (prénom Hussein comme M. Samuel n'oublie pas de nous rappeler) aurait tous les arguments qu'il lui faut pour condamner une allié devenu encombrant et pour tendre non pas une main mais les deux à ce nouveau victime des militaires israéliens.

Comme tous les spécialistes militaires, M. Samuel a une guerre de retard.

Peter Wright

Les hypothèses présentées

Les hypothèses présentées sont intéressantes mais il en manque une : la réprobation et la haine suscitées par "l'attaque de l'Iran", peu importe pour les musulmans que ce ne soient "que" des destructions ciblées. Je ne sais pas comment le monde vivrait après un tel évènement. La relecture de l'histoire de la deuxième guerre mondiale nous montre combien de paris dangereux et meurtriers ont été faits de 1936 à 1945, combien ont été perdus et à quel prix. On ne joue pas avec la guerre.
Je crains que la rédaction et la publication de cet article ne vise à nous préparer à des frappes réelles et/ou imminentes.

Loiseau

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