France

L'affaire DSK fait-elle les affaires de Nicolas Sarkozy?

Dominique Albertini, mis à jour le 16.05.2011 à 20 h 33

Nicolas Sarkozy doit-il se réjouir de la chute de DSK? Pas sûr...

Nicolas Sarkozy à Neuilly-sur-Seine el 16 mai 2011. REUTERS/Michel Euler/Pool

Nicolas Sarkozy à Neuilly-sur-Seine el 16 mai 2011. REUTERS/Michel Euler/Pool

La prochaine présidentielle s’est-elle jouée dans la suite 2806 d’un Sofitel new-yorkais? L’arrestation de DSK signe probablement la mise hors circuit du socialiste, alors que sa déclaration de candidature ne semblait plus être qu’une question de jours. A qui profite la chute? A Nicolas Sarkozy, est-on immédiatement tenté de penser.

Le président de la République semblait avoir tout à craindre de ce rival populaire et compétent, déjà donné vainqueur par les enquêtes d’opinion. Et si, en réalité, le retrait de DSK était une fausse bonne nouvelle pour le chef de l'Etat?

Le président perd un allié

De fait, cette arrestation tombe à un bien mauvais moment pour le président. Elle risque de le priver d’un soutien de poids à l’occasion des réunions du G8, fin mai à Deauville, et du G20, en novembre à Cannes.

A la tête de ces deux institutions pour l’année 2011, Nicolas Sarkozy veut faire avancer ses propositions de réforme du système monétaire international ou la taxation des transactions financières.

Ajouté au leadership français sur les questions libyennes ou ivoiriennes, voilà qui devait permettre au président de prendre de la hauteur et se refaire une santé politique.

Et sur les grands dossiers économiques, Nicolas Sarkozy pouvait se targuer du soutien de son potentiel adversaire de 2012.

En visite à l’Elysée en novembre dernier pour préparer ces réunions, DSK avait salué un «programme ambitieux», «qui peut apporter beaucoup à la stabilisation de l’économie mondiale».

L'engagement du président du FMI en faveur des positions françaises aurait sans doute pesé dans les négociations, alors que les appels de Nicolas Sarkozy à une meilleure régulation des marchés financiers sont reçus avec méfiance par les Etats-Unis, de même que sa remise en cause de la domination du dollar

DSK hors-jeu, il n'est pas acquis que son remplaçant à la tête du FMI, l’Américain John Lipsky, s'aligne sur les positions françaises.

La même incertitude pèse sur le règlement de la crise des dettes souveraines en Europe: en 2010, le FMI de Dominique Strauss-Kahn avait poussé au côté de la France pour obtenir l'accord allemand au plan de sauvetage financier de la Grèce. Là encore, aucune garantie que son successeur conserve le même cap. 

Enfin, les inquiétudes exprimées par plusieurs responsables UMP quant à «l’image de la France» ne sont pas sans fondements.  

Certes, Nicolas Sarkozy n’a pas, comme on l’entend souvent, «nommé» DSK directeur du FMI. Mais il a approuvé et soutenu sa candidature. La chute infamante de DSK, déjà impliqué dans une affaire de mœurs en 2008, éclabousse donc indirectement le chef de l'Etat.

De plus, la France a toujours bien été servie par la règle tacite selon laquelle la direction du FMI revient à un européen: depuis 1946, elle a fourni 4 des 11 directeurs de l’institution. Le scandale actuel pourrait-il nuire aux prochaines candidatures françaises à des responsabilités internationales? A l'Elysée, on doit se poser la question avec d'autant plus d'inquiétude que la ministre de l'Economie Christine Lagarde a récemment été mentionnée parmi les possibles successeurs de DSK au FMI.

Le candidat n'est pas au bout de ses peines

Sur le plan électoral, les choses sont un peu différentes. Ne nous racontons pas d’histoires: le retrait de Dominique Strauss-Kahn est plutôt une bonne nouvelle pour Nicolas Sarkozy, largement surclassé par le socialiste dans toutes les enquêtes d'opinion.  

Mais le président craignait-il vraiment la candidature de Dominique Strauss-Kahn?

Les rubriques «Indiscrets» des grands journaux se sont régulièrement faites l’écho d’un Nicolas Sarkozy optimiste, persuadé que la «bulle» DSK éclaterait dès son retour en France.

Parce que l’homme de la Porsche, du riad marocain et des costumes à 35.000 dollars (ce qu'il conteste) ne pourrait en remontrer au dîneur du Fouquet’s.

Parce qu’un DSK mis en cause dans plusieurs affaires de mœurs contrasterait un Sarkozy assagi, enfin «présidentialisé»…  et nouveau père de famille?

Parce que, en dépit de sa popularité, Dominique Strauss-Kahn divisait la gauche: un Jean-Luc Mélenchon n’était ainsi pas loin de traiter le directeur du FMI d’affameur, fustigeant tantôt sa «dérive autoritaire», tantôt son «arrogance bureaucratique». Quant à la Verte Cécile Duflot, l'hypothèse d'une candidature DSK lui «chiffonn(ait) un peu le nez» en 2010. Autant dire que le rassemblement de la gauche n'aurait rien eu d'un aimable dîner de famille. 

Du coup, dans l'entourage présidentiel, on affectait de considérer François Hollande comme le véritable danger côté socialiste. Or, celui-ci pourrait bien être le principal bénéficiaire –bien malgré lui– des déboires de Dominique Strauss-Kahn. 

Plus directement gênant pour Nicolas Sarkozy, le probable retrait de DSK devrait profiter aux centristes, comme l'explique Frédéric Dabi, directeur du département Opinion de l’Ifop: «Le centre est un espace hautement réactif aux évolutions de l’offre politique. Voyez la somme des intentions de vote pour Bayrou, Borloo et Villepin: 20% si Martine Aubry est candidate, 19% avec Hollande et 16,5% avec DSK, qui récupère pas moins de 30% des électeurs de Bayrou de 2007. Cette popularité au centre est l'une de ses principales forces.» 

Cet espace libre laissé par DSK devrait en tenter plus d'un, à commencer par Jean-Louis Borloo, tout près d'entrer dans la course. Au grand dam de Nicolas Sarkozy, qui redoute la multiplication des candidatures à droite, susceptibles d'affaiblir son score au premier tour. 

Et une autre protagoniste de la présidentielle pourrait profiter de l’affaire: Marine Le Pen. La présidente du Front national avait fait son beurre de «l’affaire Frédéric Mitterrand», accusant en 2009 le ministre de la Culture de promouvoir le tourisme sexuel dans une fiction publiée 4 ans plus tôt.

Cette nouvelle affaire de mœurs pourrait elle aussi bénéficier à la présidente du FN, au coude à coude avec Nicolas Sarkozy dans les sondages. Autant dire que, avec ou sans DSK contre lui, le président-candidat n'est pas au bout de ses peines.

Dominique Albertini

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