Comment Carla Bruni et Nicolas Sarkozy devraient-ils appeler leur futur enfant?

Carla Bruni-Sarkozy, à Deauville pour le G8 avec les épouses des chefs d'Etat, le 26 mai 2011. REUTERS/Virginia Mayo/Pool

Carla Bruni-Sarkozy, à Deauville pour le G8 avec les épouses des chefs d'Etat, le 26 mai 2011. REUTERS/Virginia Mayo/Pool

Trouver le prénom parfait sera politique et pas chose aisée.

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Alors que l’Elysée a choisi de garder le silence sur les rumeurs de grossesse de Carla Bruni (invitée au 13 Heures de TF1, le 16 mai, la Première dame s'est contentée de répondre «je vous félicite aussi» à Jean-Pierre Pernault qui «avai(t) envie de (la) féliciter»), le brouhaha autour d’une éventuelle et nouvelle descendance présidentielle ne cesse pas, faisant état d’un heureux événement attendu pour octobre 2011.

Des rumeurs confirmées le 17 mai par le père de Nicolas Sarkozy, Pal Sarkozy, qui a déclaré se réjouir de l'arrivée d'une petite-fille «belle comme Carla» dans le quotidien allemand Bild. Et ce 26 mai, l'AFP a consacré une dépêche au sujet: «Carla Bruni-Sarkozy, visiblement enceinte, a accueilli plusieurs épouses de leaders du G8 à Deauville».

Le couple présidentiel devrait donc bientôt avoir à se pencher sur la question du prénom du ou de la nouveau(lle) venu(e). Un choix qui sera politique, surtout si le chef de l'Etat veut se représenter pour un second mandat. Si l'impact d'un tel événement sur l'image du président de la République est difficile à mesurer, le choix des prénoms l'est tout autant. Il sera forcément discuté et critiqué. Il en va de l’image de la France, et, à moins de sept mois d’une élection à laquelle le chef de l’Etat prendra probablement part, de l’avenir d’un candidat dont chaque fait et geste sera scruté. Notre guide des prénoms, comme un miroir de la politique sarkozienne.

La voie du rassemblement

Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy a su gagner 53,06 % des voix des électeurs français, avec un total de 18,9 millions de bulletins de vote en sa faveur. A sept mois des prochaines élections présidentielles, Sarkozy n'est pas certain de faire aussi bien, vu les sondages. Il a besoin de ratisser large. Conseillons-lui le classement des prénoms les plus populaires en 2011, d'après les données de l'Insee. Il suffit de piocher parmi les premiers de la liste: Lucas, Mathis et Noah pour un garçon; Emma, Jade ou Chloé pour une fille.

Mais ce n’est pas forcément le bon choix: très prisés actuellement, et depuis un moment, des prénoms comme Lucas et Noah risquent de perdre des places dans le classement, car ils ont été trop attribués. Mieux vaut se tourner vers les prénoms de l'Ancien Testament, qui, d'après les dires des spécialistes, seront tendance en 2012. Pourquoi pas Gabriel, Samuel, ou encore Raphaël (ce dernier ayant peu de chances d’être porté par le futur enfant puisqu’il évoque une chanson de Carla Bruni-Sarkozy dédiée à son précédent compagnon et père de son premier enfant, Raphaël Enthoven).

Pas de bling bling

Attention, par contre, aux prénoms trop ostentatoires. Si Nicolas Sarkozy veut se départir du sobriquet de «Président Bling-Bling» qui lui a valu tant de critiques, il va falloir éviter les Shannon, Melvin et Sandy, et leur préferer des appellations plus classiques.

Les valeurs de la droite traditionnelle

A la droite centriste qui lui reproche d'avoir mal incarné la posture présidentielle, le couple présidentiel devrait préférer ceux qui figurent dans le palmarès parisien, plus traditionnels: Louise pour une fille (mais le Président a déjà un fils prénommé Louis) et Gabriel pour un garçon étaient les plus prisés dans la capitale en 2010 (le dernier classement en date). Mais on trouve aussi Alice, Juliette, Mathilde, ou encore Alexandre et Victor (qui aurait l’avantage de faire référence à la victoire, on ne sait jamais, le chef de l'Etat et son épouse turinoise sont peut-être adeptes de la méthode Coué).

Les racines chrétiennes de la France...

Des prénoms qui sembleraient plus conformes aux goûts présidentiels en termes d’onomastique et de posture historique. Si l’on se fie aux prénoms de ses enfants, Nicolas Sarkozy semblerait en effet apprécier les appellations classiques... et royales. Pierre, Jean et Louis sont des prénoms traditionnels, aux accents monarchiques. Il y aurait donc Philippe, Charles et François. Les deux premiers ne sont plus guère à la mode, mais ont une signification politique: un hommage à Philippe Séguin et à Charles de Gaulle. Le troisième risquerait d’être trop chauvin pour une Italienne comme Carla. C'est aussi, sait-on jamais, le prénom d’un de ses possibles adversaires à la présidentielle. Suggérons donc Hugues, le premier roi de France, et prénom d'un chanteur qui aime aussi se promener avec une guitare...

... Ou les racines romaines

Si c'est Carla Bruni qui choisit, dans la vague d’Aurélien, le fils qu’elle a eu avec Raphaël Enthoven, elle pourrait puiser parmi les prénoms d’empereurs romains: Maxime, Hadrien, voire Augustin. Sont par contre à éviter Néron, Commode, Caligula, et Domitien, associés à l’image d’empereurs cruels et sanguinaires.

Au-delà de leurs goûts personnels, les Sarkozy pourront aussi chercher l’inspiration dans leur entourage. Après tout, le président de la République n’avait-il pas manifesté son goût pour le prénom choisi par son fils pour son enfant, Solal? Le président français pourrait donc opérer un glissement et passer des prénoms français classiques aux vieux prénoms français rares. A Jacques –quand même fort improbable puisqu’il risque de rappeler à Nicolas Sarkozy son prédécesseur–, il pourrait préférer Edouard, prénom d’un ancien Premier ministre dont il fut proche…

Les prénoms d'ouverture

A moins que le couple ne veuille jouer la carte de la tolérance. Finalement, Nicolas Sarkozy n'est-il pas  le président de l'ouverture, celui qui a fait entrer Frédéric Mitterrand, Bernard Kouchner au gouvernement? Le couple présidentiel pourrait donc opter pour une ouverture onomastique. Attention à l'utilisation de Dominique, désuet et très connoté, mais qui fonctionne pour les deux sexes. Ou Martine et Marine. Hélas, ces prénoms appartiennent à une génération de quadra/quinquagénaires, qui sont donc portés par des personnes pas encore suffisamment âgées pour que le prénom revienne à la mode. Il faudra pour cela attendre encore quelques années.

La relance de l'Europe

Italienne, tout d’abord, en raison des origines de Carla Bruni-Sarkozy. Dans le palmarès de 2011, deux prénoms italiens, Enzo et Matteo, figurent parmi les 20 prénoms masculins les plus représentés. Ce serait en plus sûrement apprécié par nos voisins méditerrannéens, avec lesquels les relations se sont récemment tendues en raison des questions migratoires qui ont suivi la révolution du jasmin en Tunisie.

Pour les filles, il suffit de privilégier les prénoms se terminant en a, qui eux aussi occupent une bonne place dans le palmarès: Emma (qui a l’avantage d’être un nom germanique à l’origine, diffusé dans toute l’Europe), Sara, Léa, Clara, ou encore Eva.

La diversité

Elle fut un des points les plus visibles de la première partie de de son quinquennat, avec les nominations notamment de Rachida Dati, de Rama Yade et de Fadela Amara au gouvernement. Ce ne sera plus vraiment le cas ensuite, mais afin de démentir tous ceux qui l'accusent de concurrencer l'extrême droite sur le terrain de l'immigration, Nicolas Sarkozy pourrait choisir d'appeler son enfant Mohammed, qui, avec ses variantes, fait partie des 30 prénoms les plus répandus en France. Ou encore s’inspirer de Mariah Carrey et appeler son fils Marocain.

Pour continuer le débat sur la laïcité...

Adam pourrait constituer un bon compromis. C’est non seulement un prénom qui revient à la mode, mais il est aussi répandu dans la communauté arabe, puisqu’il est considéré comme le premier homme chez les musulmans aussi. Moins en vogue qu'Adam, mais tout aussi transreligieux, le couple présidentiel pourrait choisir Eve, David, Sarah ou encore Marie. Ces suggestions devraient plaire à un président qui a tenu à organiser un grand débat sur la laïcité en France.

La voie du symbolique

Alors que l’échéance électorale s’approche, Victoria ou Faustine (la chanceuse) seraient de bon augure. Ainsi qu’Auguste (le vénérable, surnom donné aux empereurs romains) ou Augustin, ou Félix (l’heureux).

Margherita Nasi

L’explication remercie Stéphanie Rapoport, auteur de l’Officiel des prénoms, et Héloïse Martel, qui a écrit Choisir un prénom pour les nuls.

[article mis à jour le 19/05/11: Carla Bruni n'est pas romaine mais turinoise]