Life

Six codes secrets déconcertants

Elizabeth Weingarten, mis à jour le 17.05.2011 à 19 h 01

Petite anthologie des codes secrets non déchiffrés à travers les âges.

Zoom sur une page du manuscrit de Voynich, Wikimedia Commons

Zoom sur une page du manuscrit de Voynich, Wikimedia Commons

Lorsque le corps de Ricky McCormick a été retrouvé dans un champ de maïs du Missouri, en 1999, les policiers ont fait une étrange découverte en fouillant ses poches: deux bouts de papier comportant une inscription écrite en langage codé. Si McCormick avait été victime d'un meurtre —comme le suspectaient les enquêteurs—, ces mystérieux indices pourraient peut-être les mener au tueur. Peu de temps après, le FBI décidait de leur apporter son aide.

Douze ans ont passé, et le FBI est toujours aussi déconcerté par ces messages, si bien qu'il a publié les inscriptions sur le Web, dans l'espoir de voir un internaute résoudre cette énigme.

Ricky McCormick avait abandonné le lycée avant le bac, et il passait le plus clair de son temps dans la rue; il pourrait donc sembler étrange qu'il soit parvenu à coller les meilleurs cryptographes du FBI. Mais selon Jonathan Katz, maître de conférences en informatique à l'université du Maryland, les codes amateurs peuvent être les plus difficiles à déchiffrer.

Lorsque les experts tentent de déchiffrer un code en temps de guerre, ils sont au fait du contexte général du message. Ils savent qui communique avec qui, et de quoi traite a priori cette communication. Mais lorsque les cryptographes doivent travailler sur un code sans contexte, ils ne savent même pas quelle était la langue d'origine —ou même si le message a un sens. Jonathan Katz explique:

«Dans bien des cas, nous ne savons même pas si les codes peuvent être déchiffrés. Ce pourrait être un canular. Impossible de savoir a priori s'il existe bel et bien une solution.»

Le FBI a néanmoins reçu nombre de réponses relatives au code de McCormick —plus de 1600 via le site du FBI, et environ 325 par courrier, selon l'agent spécial Ann Todd. «Nous suivons déjà plusieurs pistes, et nous agissons en coordination avec d'autres agences», explique-t-elle par email. Mais si personne ne parvient à déchiffrer ce code, les notes de Ricky McCormick pourraient bientôt rejoindre le panthéon des codes et des chiffres les plus déconcertants de l'histoire.

Elizabeth Weingarten

Traduit par Jean-Clément Nau

1. Le code du Zodiaque

Le «tueur du Zodiaque», à qui on attribue cinq meurtres (commis en Californie du Nord entre 1968 et 1969), s'est fait connaître en manipulant la presse.

Le 31 juillet 1969, un individu se désignant sous le nom de «Zodiac» fait parvenir à la presse locale un message codé en trois parties expliquant les motifs de ses trois derniers meurtres. Il laisse entendre qu'il suffirait de décrypter son code —composé de 50 formes et symboles représentant les 26 lettres de l'alphabet— pour découvrir son identité. Plusieurs mois plus tard, il envoie deux lettres et un cryptogramme au San Francisco Chronicle: «Pourriez-vous imprimer ce nouveau message codé en Une?, écrit-il. Je me sens affreusement seul lorsque personne ne fait attention à moi; si seul que je pourrais bien faire VOUS SAVEZ QUOI.»

Lorsque son code a été rendu public, deux professeurs d'université sont parvenus à en déchiffrer l'essentiel. L'identité du tueur, elle, est toujours inconnue. Sa signature: un cercle frappé d'une croix.

Extrait de la lettre du tueur du Zodiaque envoyé au Vallejo Times-Herald. Wikimedia Commons/Domaine Public

2. Le manuscrit de Voynich

Ce parchemin jauni aux illustrations vives fut découvert en 1912 par Wilfrid Voynich, un marchand de livres anciens, à Rome. Son auteur serait Roger Bacon, un moine franciscain né en 1214 et mort en 1294.

Voynich a consacré sa vie au décryptage du document, mais il est mort avant d'avoir pu résoudre les secrets de l'ouvrage, qui se trouve aujourd'hui à l'université de Yale, dans la Bibliothèque Beineke de livres et manuscrits rares. Au fil des années, de nombreux cryptanalystes se sont cassés les dents sur  le code et les illustrations du volume.

Selon certains d'entre eux, l'ouvrage pourrait même n'avoir aucun sens. Mais selon la théorie du «codage lettre-à-lettre», le texte se base réellement sur un langage européen: l'auteur aurait utilisé une langue existante, avant de coder ses écrits à l'aide d'un chiffrement.

VoynichUne page du manuscrit de Voynich. Wikimedia Commons/Domaine Public

À lire aussi: l'article de Pierre Barthélémy au sujet du manuscrit.

3. Le chiffre de Dorabella

En 1897, le fameux compositeur britannique Edward Elgar a adressé une lettre codée à Dora Penny, jeune fille de 22 ans. Penny et Elgar étaient amis; elle lui avait en partie inspiré l'une de ses plus célèbres compositions, Variations sur un thème original, également appelées Variations Enigma en raison de l'intrigant commentaire inscrit sur le programme de la première représentation, en 1899: «Je n'expliquerai pas l'Énigme. Son “message secret” doit être tenu secret [...]».

Dans son Edward Elgar: Memories of a Variation, Dora Penny avoue n'avoir jamais compris le sens de la lettre. Lorsqu'elle lui demande, plus tard, de lui donner la solution, le compositeur lui répond simplement: «Je pensais vraiment que tu étais la mieux placée pour la deviner...» Dora Penny est décédée en 1964. La lettre n'a jamais été décodée.

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Une partie du message laissé par Edward Elgar. Domaine Public

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Symboles laissés dans le message d'Edward Elgar. Domaine Public

4. Le chiffre de Beale

Vers la moitié du XIXe siècle, un groupe d'explorateur découvre un trésor lors d'une expédition dans le territoire du Nouveau Mexique;  l'équivalent de plus de 65 millions de dollars en or et en argent, qu'ils emportent, et enterrent quelque part en Virginie. L'un de ces aventuriers, Thomas Jefferson Beale, confie à un aubergiste local une boîte contenant trois documents codés (composés de chiffres séparés par des virgules) à un aubergiste local; ces messages indiqueraient l'emplacement du trésor. Beale demande à l'aubergiste de Virginie, un certain Wiliam Morriss, de ne l'ouvrir qu'au cas où il ne reviendrait pas.

Morriss a suivi ces instructions pendant une vingtaine d'années, avant de finir par ouvrir la boite; en découvrant le message codé, il fut complètement pris de court. Il confia les messages à l'un de ses amis, J.B. Ward, qui parvint à décoder le deuxième document en découvrant sa «clé»: la Déclaration d'indépendance américaine. Le premier (qui est sensé indiquer l'emplacement du trésor) et le troisième n'ont jamais été déchiffrés. D'aucuns disent que ces documents sont des faux; d'autres affirment que Thomas Beale n'a en réalité jamais existé.

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Extrait du premier message de Thomas Jefferson Beale. Wikimedia Commons/Domaine Public

5. Kryptos

En 1988, la CIA a commandé une sculpture (destinée à l'enceinte de son quartier général de Virginie) à l'artiste James Sanborn. A l'époque, l'Agence était en train de construire un nouveau bâtiment, et voulait placer une œuvre d'art entre le nouvel édifice et les locaux d'origine. Sanborn baptisa sa sculpture Kryptos; «caché», en grec. Un nom à double sens: du fait de son emplacement, l'une des deux parties de l'œuvre n'est pas visible par le grand public; d'autre part, la sculpture comporte un message composé de 1735 caractères codés, réparti sur quatre panneaux sur sa structure de cuivre.

Ed Scheidt, l'ancien directeur du Centre cryptographique de la CIA, a enseigné la cryptographie à l'artiste, et l'a aidé à réaliser ses cryptogrammes. L'énigme a défié les cryptographes jusqu'en 1998, lorsqu'un physicien a contacté l'Agence pour leur dire qu'il avait décodé trois messages sur quatre. Les 97 caractères restants, eux, n'ont jamais été déchiffrés. Une fois la dernière partie décodée, «ils sauront ce que j'y ai écrit; mais le sens de mon message est un mystère en lui-même», a un jour déclaré Sanborn. Dans un récent article du New York Times, l'artiste a donné un indice aux amateurs désireux de décoder  le quatrième panneau.

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La structure Kryptos de la CIA. Wikimedia Commons/Jim Sanborn

6. Shugborough

Ce monument du 18e siècle renferme le code qui a inspiré le Da Vinci Code, de Dan Brown. La tablette de six mètres se trouve dans le domaine de Shughborough, dans le Staffordshire (Angleterre). Une inscription est gravée sur le marbre: OUOSVAVV, entourée des lettres D et M. Thomas Anson a commandé le monument en 1748; c'est lui qui y a ajouté l'inscription.

Selon certains, c'est une lettre d'amour; d'autres y vont de leur théorie à la Dan Brown, et prétendent que c'est là un message laissé par les Templiers, indiquant l'emplacement du Graal. (Des passionnés de la quête du Graal prétendent que la famille d'Anson appartient au Prieuré de Sion, une organisation qui aurait succédé à l'Ordre du Temple; or l'hypothèse de l'existence de cette société secrète a été complètement discréditée.) Le mystère a déconcerté Charles Darwin et Charles Dickens.

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Inscription sur la tablette de Shugborough. Wikimedia Commons/Domaine Public

Elizabeth Weingarten

Traduit par Jean-Clément Nau

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