Sports

La France décroche la Ryder Cup

Yannick Cochennec, mis à jour le 17.05.2011 à 14 h 22

En 2018, la prestigieuse compétition sera organisée dans l'Hexagone.

Le parcours du Golf national à Saint-Quentin-en-Yvelines abritera la compétition

Le parcours du Golf national à Saint-Quentin-en-Yvelines abritera la compétition si la France gagne. REUTERS/Charles Platiau

Mise à jour 17/05/2011: La Ryder Cup a été attribuée à la France. Nous republions l'article de Yannick Cochennec écrit avant cette décision.

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Le golf français joue une partie de son avenir mardi 17 mai, mais vous êtes probablement peu nombreux à le savoir. En effet, la candidature de la France à l’organisation de la Ryder Cup en 2018 est restée discrète dans un pays où le golf demeure connoté et donc peu sujet à des mobilisations nationales et politiques comme lorsque la France s’emploie à tenter de recevoir des Jeux Olympiques, d’hiver ou d’été, ou une Coupe du monde et un Euro de football.

Défendre le golf trop ouvertement, en dépit de ses 400 000 licenciés et de ses 500.000 pratiquants, peut passer pour une hérésie dans un pays toujours en but à certains clichés – et celui du golf, sport bourgeois, a la peau aussi dure qu’un sac Vuitton.

En 30 ans, la Ryder Cup est devenue l’événement le plus populaire du golf mondial. Tous les deux ans, ce rendez-vous oppose l’Europe et les Etats-Unis alternativement en Europe et aux Etats-Unis. En 2018, ce sera donc le tour de l’Europe et pour la deuxième fois seulement, après l’Espagne et Valderrama en 1997, les matches auront lieu sur le continent loin de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, cadres habituels et historiques de cet Europe-Etats-Unis. Cinq pays se disputent le droit d’accueillir la rencontre: la France, l’Espagne, l’Allemagne, le Portugal et les Pays-Bas. L’heureux élu sera donc connu, mardi 17 mai, à 13h, depuis Wentworth, en Angleterre, siège de l’European Tour, le circuit européen.

Opacité totale dans la décision

Quelles sont les chances de la France? Très bonnes, mais l’histoire nous invite à la prudence dans la mesure où une telle décision ne repose pas toujours (souvent?) sur des caractères objectifs de «bon dossier», l’échec de Paris 2012, favori face à Londres, nous l’ayant durement rappelé.

Soyons clairs et nets: l’European Tour, qui prend la décision, ira vers le projet susceptible de lui rapporter le plus d’argent possible.

Pour tenter de séduire définitivement les autorités du circuit européen, la candidature française, menée par Patrick Grizot, n’a pas hésité ainsi à associer à la candidature du Golf National, qui serait l’écrin de cette Ryder Cup 2018, un projet d’un parcours de 36 trous dans les Landes avec hôtel et programme immobilier sachant qu’European Properties, une filiale du circuit européen, hériterait de la construction dudit parcours. Voilà de quoi peut-être plaire à nos chers amis anglo-saxons qui, de toute façon, feront ce qu’ils voudront puisque le verdict est rendu dans l’opacité la plus totale. Qu’elle gagne ou qu’elle perde, la France ne saura sans doute jamais pourquoi.

Le pire dans cette histoire est que la France pourrait échouer parce qu’elle possède déjà le parcours pour abriter cette Ryder Cup, contrairement à l’Espagne, l’Allemagne et le Portugal qui, sur le modèle de Celtic Manor, parcours gallois de la Ryder Cup en 2010 créé pour cette occasion unique, présentent un dossier avec un tracé qui reste à bâtir.

La construction de ces parcours reviendrait naturellement à European Tour Design qui dépend des anglo-saxons du circuit européen (oui, c’est du racket). Autant dire que le Golf National, idéal pour la Ryder Cup en raison de son «stade» qui peut recevoir des milliers de spectateurs dans sa partie finale et est apprécié de nombreux joueurs européens, est face à des concurrents fantômes particulièrement dangereux qui agitent des chaînes en or et en argent.

Points forts et points faibles des candidatures

Pour la France, un fantôme s’est ajouté à cette redoutable concurrence en la personne de Severiano Ballesteros, décédé le 7 mai dernier et parrain de la candidature de l’Espagne et de Madrid. La mort du champion emblématique du continent pourrait peser lourdement sur le vote.

Depuis sa disparition, les dirigeants du circuit européen sont soumis à forte pression pour, déjà, faire de Ballesteros le nouvel emblème du circuit européen dont le logo est symbolisé par le profil d’un joueur, Harry Vardon, très grand golfeur du début du XXe siècle. «Je pense qu'il faut changer le logo, et le plus tôt sera le mieux, a notamment indiqué Colin Montgomerie, capitaine de l’équipe européenne victorieuse à Celtic Manor, mais qui soutient la France et le Golf National.  Je vote pour immédiatement. Quand on parle de l'European Tour, on parle de Seve et je pense que ce serait juste qu'il apparaisse sur le logo.»

Et quand on parle de Ryder Cup, on parle aussi de Severiano Ballesteros, le champion qui a véritablement fait décoller cette compétition en Europe et a donc contribué à enrichir considérablement le circuit européen qui souhaitera peut-être lui rendre hommage et la monnaie de sa pièce. De là à attribuer l’organisation à Madrid en guise d’adieu et de remerciement, il n’y a qu’un pas qui peut être allègrement franchi d’autant que l’Espagne est un pilier du circuit européen à cause du nombre de tournois qui s’y déroulent.

Si le Portugal et les Pays-Bas semblent moins bien placés sur le papier, l’Allemagne est un client également sérieux et séduisant avec l’appui du jeune prodige local, Martin Kaymer, vainqueur de son premier titre du Grand Chelem en 2010 à l’USPGA, et du légendaire Bernhard Langer. L’Allemagne, forte de plus de 600.000 licenciés, est le plus grand marché du golf en Europe après la Grande-Bretagne.

Problème pour le projet bavarois de cette Ryder Cup 2018 : il est soutenu par Audi alors que BMW est le sponsor du circuit européen. Gros nuage au-dessus des cups of tea de George O’Grady et Richard Hills, les deux éminences grises de l’European Tour.

L'effet de la Cup

Le budget français de cette candidature s’est établi à 30 millions d’euros avec l’aide des licenciés (majoration de la licence de trois euros prolongée jusqu’en 2022 si la France est le pays vainqueur), des pouvoirs publics et des sponsors habituels du golf: Alstom, Rolex, Generali, Vivendi...

Si elle se joue au Golf National, la Ryder Cup devrait attirer environ 250.000 spectateurs en comptant l’ouverture aux entraînements, générer environ 200 à 250 millions d’euros de recettes directes et permettre à la Fédération Française de golf de faire bondir le nombre de ses licenciés et de développer ce sport à travers l’hexagone notamment en le rajeunissant.

Sans compter l’impact touristique lié au prestige de Paris puisque cette Ryder Cup 2018 sera lancée du premier étage de laTour Eiffel et que le traditionnel dîner des joueurs se tiendra dans la galerie des Glaces du château de Versailles. Reste à savoir si c’est encore assez pour nos amis britanniques au cœur de cette décision capitale…

Yannick Cochennec

Yannick Cochennec
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