Dominique Strauss-Kahn et la justice, une vieille histoire

Dominique Strauss-Kahn, quelques minutes après avoir démissionné du gouvernement, le 2 novembre 1999. REUTERS

Dominique Strauss-Kahn, quelques minutes après avoir démissionné du gouvernement, le 2 novembre 1999. REUTERS

Mnef, la cassette Méry, Elf... l'actuel patron du FMI a déjà été visé dans des affaires judiciaires. Cela s'est toujours bien terminé pour lui.

Si elle est potentiellement la plus grave, l'affaire du Sofitel n'est pas la première dans la carrière politique de Dominique Strauss-Kahn. Outre le scandale Piroska Nagy qui concernait déjà des questions de mœurs au sein du FMI et qui s'est soldé pour son directeur général par une grosse tape sur les doigts et à des excuses publiques forcées, le favori des sondages pour 2012 a déjà vu son nom cité dans trois dossiers politico-financiers au début des années 2000. Avec à chaque fois, un happy end pour l'intéressé. 

L'affaire de la Mnef: relaxé

En 1998, éclate l'affaire de la Mnef. La gestion de la Mutuelle nationale des étudiants de France est  épinglée publiquement par la justice. L'affaire, complexe dans ses ressorts, est assez simple dans les faits. La mutuelle est accusée d'avoir mis en place au cours des décennies précédentes un système d'enrichissement personnel et d'emplois fictifs profitant majoritairement à sa direction et à des personnalités du Parti socialiste, accusé d'être alors une sorte de maison-mère de la Mnef.

En septembre 1998, le parquet de Paris ouvre une information judiciaire contre X pour «faux, usage de faux, abus de confiance et recel» et «prise et conservation illégale d'intérêts» alors que la Cour des comptes sonnait l'alarme dans différents rapports depuis 1982. La justice reproche à la mutuelle étudiante d'avoir bâti un système de gestion opaque via différentes filiales favorisant les fausses factures, les salaires de complaisance pour certains responsables et l'enrichissement personnel de ses dirigeants, pour des sommes totales avoisinant les centaines de millions de francs à l'époque.

Sont notamment visés dans l'enquête Olivier Spithakis, ancien directeur de la Mnef, ainsi que des élus socialistes –comme Jean-Marie Le Guen et Jean-Christophe Cambadélis– dont beaucoup sont d'anciens membres du syndicat étudiant Unef-ID et d'ex-militants du courant trotskyste lambertiste. Le Guen et Cambadélis seront par la suite et jusqu'à aujourd'hui des fidèles de Dominique Strauss-Kahn au sein du PS. Le premier est mis en examen à l'époque pour un emploi fictif présumé, le second concernant une mission de conseil supposée complaisante.

DSK, lui, est intéressé à l'affaire par le biais de son activité d'avocat d'affaires. Payé 600.000 francs par la Mnef en 1997 pour sa participation à la négociation de l'entrée de la Compagnie générale des eaux dans une holding de la mutuelle, il est accusé d'avoir commis un faux, en produisant des justificatifs d'honoraires antidatés. Devant le tribunal correctionnel, il reconnaîtra avoir commis une «erreur» administrative, mais réfutera toute malversation.

Sauf qu'au moment où éclate l'affaire, en 1998, DSK est alors ministre des Finances et de l'Economie et quasi-n°2 du gouvernement de Lionel Jospin. Contraint à la démission, il quittera ses fonctions en novembre 1999.

Au final, il a été relaxé en 2001 des délits de «faux et usage de faux», après un revirement complet de l'accusation lors du procès. Jean-Marie Le Guen a été également blanchi, bénéficiant d'un non-lieu dès la fin de l'instruction pour insuffisance de charges. Jean-Christophe Cambadélis, lui, sera condamné en appel en 2006 à six mois de prison avec sursis et 20.000 euros d'amende. Olivier Spithakis, l'ancien directeur de la Mnef, a été le plus lourdement sanctionné, avec une peine de deux ans de prison dont six mois avec sursis pour «complicité d'abus de biens sociaux, détournements de fonds publics et abus de confiance». 

L'affaire de la cassette Méry: pschitt

En 2000, éclate l'affaire Méry. Jean-Claude Méry, ancien promoteur immobilier décédé en 1999, avait enregistré une vidéo en 1996 dans laquelle il avouait avoir été pendant plusieurs années l'homme orchestre du financement occulte du RPR. Ces confessions avaient été révélées de manière posthume dans Le Monde en septembre 2000, provoquant une grave crise politique au sein de l'Etat chiraquien.

Affaire dans l'affaire, le juge d'instruction Armand Riberolles –le même que celui qui avait instruit le dossier de la Mnef– avait découvert que DSK avait été le détenteur de l'original de la vidéo dès 1999. En perspective, une potentielle affaire de trafic d'influence explosive entre la droite RPR et le clan Chirac et le responsable socialiste.

Mis en examen, l'avocat fiscaliste Alain Belot, associé d'Alain Guilloux, conseil d'Arnaud Hamelin le PDG de Sunset Productions qui avait réalisé la cassette Méry, avait avoué au juge avoir remis l'enregistrement à Dominique Strauss-Kahn. A l'époque ministre des Finances et de l'Economie, DSK avait été contraint de reconnaître publiquement avoir détenu la fameuse cassette, mais avait expliqué qu'il n'en avait jamais regardé le contenu et qu'il ne savait plus «où elle se trouve».

Ancien collaborateur de DSK à Bercy, Alain Belot était allé plus loin encore, expliquant qu'en échange de son geste, le ministre, qui avait la main mise sur l'administration fiscale, devait intercéder en faveur du couturier Karl Lagerfeld, client de l'avocat fiscaliste et en délicatesse avec le fisc. Des allégations aussitôt réfutées par DSK qui avait démenti «tout lien politique qu'on serait tenté de faire comme tout lien avec un quelconque dossier fiscal».

Entendu en avril 2001 comme témoin assisté par le juge, Dominique Strauss-Kahn n'avait finalement pas été mis en examen dans cette affaire. 

L'affaire Elf: non-lieu

En janvier 2000, DSK avait été en revanche mis en examen au détour d'une des multiples ramifications de la tentaculaire affaire Elf. Il avait été soupçonné par la justice d'avoir fait prendre en charge une partie des rémunérations d'une de ses secrétaires par une filiale du groupe pétrolier français.

A l'époque, c'était la juge Eva Joly qui avait instruit le dossier. Ce qui avait fait dire en août 2010 à la magistrate, désormais une des responsables d'Europe Ecologie-Les Verts, parti partenaire du PS: «DSK, je le connais bien, je l'ai mis en examen.»

Dominique Strauss-Kahn avait finalement obtenu un non-lieu dans cette affaire en 2001.

Bastien Bonnefous

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