Culture

L'homme de Rio

Jacques Braunstein , mis à jour le 15.04.2009 à 12 h 49

Avec le même ADN que Jet Set ou Disco, Hazanavicius dépasse les ficelles de la comédie franchouillarde.

«OSS 117 - Rio ne répond plus» est la suite de «OSS 117 - Le Caire nid d'espions» sorti en 2006. On retrouve Jean Dujardin, toujours aussi épatant, devant la caméra et Michel Hazanavicius derrière. Cette fois, le meilleur agent français d'après-guerre part pour le Brésil à la poursuite d'un ancien dignitaire nazi, épaulé par Dolores, une jolie espionne du Mossad (Louise Monod). Des plages hippies de Rio à Brazilia, en passant par la jungle inhospitalière, c'est un festival de gags tellement atterrants qu'ils en deviennent d'une finesse paradoxale.

Comme son prédécesseur, le film nous réconcilie avec la comédie française, devenue entre temps enjeu (de débat) national suite au succès monstre de «Bienvenue chez les Ch'tis». Film sympathique, plutôt drôle (enfin surtout, voire seulement, durant sa première demi-heure) auquel aucun critique sérieux n'envisageait de consacrer plus de quelques lignes. Mais le film de Dany Boon a fait plus de 20 millions d'entrées et les commentateurs se sont trouvés comme tétanisés face aux comédies populaires. «Astérix aux Jeux Olympiques» ou «Disco» sortis le mois suivant profitèrent d'ailleurs à plein de ce raz-de-marée. Ces deux films, vraiment pas drôles eux, eurent droit à des papiers franchement mesurés, de peur de louper la prochaine comédie populaire. Et la polémique -vieille rengaine des succès populaires contre regards critiques - a rebondi quand «les Ch'tis» n'ont pas été nommés aux Césars.

Avec «Cyprien», «Coco», «Mes Stars et moi» ou «Safari» (avec Kad Merad comme «les Ch'tis»), le pas très drôle succède au franchement nul. Mais ce n'est pas grave... Toute l'équipe du film «vraiment sympa» fait la tournée des plateaux télé, les entrées sont au rendez-vous («c'est la crise, les gens ont envie de se marrer») et on attend le suivant. Dont les ingrédients de base sont:
- des acteurs qui se sont fait connaître par leurs sketchs.
- un bon gros choc social: le Nord contre le Sud («les Ch'tis »), les riches contre les pauvres (« Disco »), les geeks contre les fashion victims («Cyprien»): il n'en faut pas plus pour amuser le populo.
- le même défaut. Après un départ en fanfare (toute la bande-annonce dans le premier quart d'heure), une fin poussive et pleine de bons sentiments.

Vous l'avez compris, les recettes éprouvées depuis l'équipe du Splendid' («Les Bronzés», «Le Père Noël est une ordure»...), matinées d'un peu d'humour Canal sont la base de la nouvelle nouvelle comédie à la française.

L'anti comédie à la française

Ces conventions, «OSS 117» les explose! Lui, il voudrait que les juifs et les nazis se réconcilient. C'est dire si la trame standard de la comédie française est, ici, moquée. En prime, «OSS 117» fait rire tout au long du film: certains gags ne provoquent qu'un sourire. D'autre une franche hilarité. Mais, en tout cas, il y en a du début à la fin.

Pourtant, sur le papier, ce film n'est pas très différent du reste de la production hexagonale ci-dessus listée. Un acteur, Jean Dujardin, qui s'est fait connaître par ses sketchs (point de départ de «Brice de Nice») et un réalisateur ancien de Canal, Michel Hazanavicius. Auteur avec Dominique Mezerette en 1993 de «La classe américaine - le grand détournement», téléfilm culte usant et abusant du doublage détourné dans lequel John Wayne, Paul Newman, Robert Redford & Co étaient convoqués pour une enquête sur la mort de George Abitbol, «l'homme le plus classe du monde», Hazanavicius a également été l'un des scénaristes des «Dalton» avec Eric et Ramzy. Alors que les producteurs d'«OSS 117», Eric et Nicolas Altmayer sont, entre autres, les producteurs de «Jet Set» et sa suite.

Bref, les protagonistes d'«OSS 117» ne viennent pas d'une introuvable filière de la comédie française de qualité. Ils font juste mieux qu'avant. Se sont nourris de leurs expériences. Dans «OSS 117», les plans sont beaux. Ce n'est pas du Spielberg, ni du Bresson, mais c'est filmé avec un souci du cadre et de la lumière. Le stylisme est réussi. Une recréation des années 60 léchée, que ce soit dans le choix des décors (la maison de l'architecte Oscar Niemeyer qui sert de QG aux espions du Mossad, par exemple) ou des costumes (les impeccables robes tuniques de Dolores - Louise Monod) entre autres.

Et, surtout, c'est drôle. D'un drôle casse-gueule parfois. Comme lorsqu'OSS 117 doit confier une valise de billets aux agents israéliens et qu'on comprend, à sa tête, que les pires clichés sur les juifs et l'argent ne lui sont pas tout à fait étranger. Ici, on ne se moque pas des juifs, ou des Brésiliens, on se moque plutôt du regard qu'un Français des années 60 peut porter sur eux. On est dans une sorte de premier degré et demi. Un léger décalage. Ainsi quand Dolores fait remarquer que le Brésil est une dictature: «Comment vous appelez un pays dirigé par un Général, avec une police politique omniprésente, une presse d'opposition muselée et une seule chaîne de télévision?» OSS 117, plein de candeur, lui répond: «J'appelle ça la France, madame!» Rire de soi se révèle toujours plus salutaire que rire des autres.

En fait, ce film est autant une parodie de James Bond qu'un hommage à «l'Homme de Rio» de Philippe de Broca avec Jean-Paul Belmondo, maîtres de la comédie française haut de gamme des années 60 et 70 justement («Les tribulations d'un Chinois en Chine», «Le Magnifique»...).

Sans vouloir se lancer dans un éloge du travail bien fait toujours discutable, dans «OSS 117», on voit où est passé le budget: si on retourne les scènes, c'est pour les améliorer, pas pour alimenter le bêtisier du DVD.

Et ce n'est pas une question de chiffres. «Rio ne répond plus» bénéficie d'un budget de 20 millions d'euros, plus conséquent que celui de «Le Caire Nid d'espions» (14 millions), mais à peine supérieur à celui des «Ch'tis » (11 millions d'euros) ou de «Coco» (15 millions). Très loin, en tout cas, du record de la catégorie: 78 millions d'euros pour «Astérix aux Jeux Olympiques». Comme le constatait, au moment de la sortie du premier «OSS 117», Emmanuel Burdeau dans les «Cahiers du cinéma», ce film «ranime ainsi une catégorie sinistrée ici, celle du divertissement haut de gamme, ainsi qu'Hitchcock qualifiait lui-même certaines de ses merveilles réputées mineures.»

Espérons que sa suite établisse un nouveau standard de qualité auquel les comédies françaises à venir essayeront de se mesurer.



Jacques Braunstein

(Photo officielle «OSS 117 - Rio ne répond plus» sur Film de Culte)

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