France

DSK, du virtuel au réel: une tête d'affiche méconnue

Gilles Bridier, mis à jour le 16.05.2011 à 9 h 40

Référence en économie et comme politique au sein de la social-démocratie, DSK est avant tout un homme de réseau qui ne fut ministre que quatre années en tout.

DSK en visite à Soweto, en 2010. REUTERS/Siphiwe Sibeko

DSK en visite à Soweto, en 2010. REUTERS/Siphiwe Sibeko

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L’aura internationale de Dominique Strauss-Kahn a explosé dans la salle de bains d’un hôtel new-yorkais. Et sa trajectoire politique en France s’est brisée au même endroit. Car même si l’hypothèse d’une machination pour faire tomber l’un des hommes les plus puissants de la planète devait être démontrée, il ne lui serait pas pardonné d’être tombé dans le «piège».

En outre, la bulle politico-médiatique sur laquelle il surfait va se dégonfler, laissant la place au seul brouhaha médiatique sur l’agression sexuelle. Alors, l’opinion publique française risque de s’apercevoir qu’elle ne connaît qu’imparfaitement celui qui, sans un seul mot sur le sujet, est devenu le chouchou des sondages pour la prochaine élection présidentielle.

Dominique Strauss-Kahn sait entretenir son image sans trop se dévoiler. Il est familier du fait même si, de loin en loin, il sait déclencher un reportage où il apparaît derrière ses fourneaux. Ou débattre sur un plateau télévisé non comme un militant, mais plutôt comme un professeur un peu engagé. Avant tout, c’est un homme de réseau, pas forcément un tribun. Ce fut une évidence pour les militants de gauche lorsqu’il fut confronté à Ségolène Royale et Laurent Fabius, à la primaire socialiste de 2006.

Diplômé d’HEC et de Science po mais recalé à l’ENA, il est titulaire d’une agrégation en science économiques qui va lui servir de viatique pour percer dans le monde politique. C’est d’ailleurs cette connaissance des dossiers économiques et financiers qui lui permettra de devenir l’un des secrétaires nationaux du PS lorsque Lionel Jospin dirigeait le parti. Il en usera également une fois député pour être propulsé à la présidence de la Commission des finances de l’Assemblée nationale.

Quatre ans ministre en tout, pas plus

Mais ces différents postes ne suffisent pas à le transformer en homme public. La France le découvre lorsqu’il devient ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur, d’abord dans le gouvernement d’Edith Cresson puis au côté de Pierre Bérégovoy. Au total, il conservera ce maroquin pendant deux ans. Le ministère est technique, mais de gros dossiers l’y attendent. Comme celui de la construction navale, que ses prédécesseurs ont mis à mal. DSK fera, en fait, assez peu parler de lui. Une parole publique réduite, mais beaucoup de pragmatisme pour travailler les dossiers. Chez ce converti à la social-démocratie à la sauce d’Europe du nord, le compromis devient dogme. Les dossiers avanceront, mais on se souviendra peu de son passage à l’Industrie.

Les Français le situent plus volontiers à l’Economie et aux Finances, lorsque Lionel Jospin était à Matignon. Pas forcément parce qu’il inventa les stock-options à la française (BSPCE, pour bons de souscription de parts de créateurs d'entreprise) pour les entreprises innovantes, ni parce qu’il poursuivit les privatisations à un rythme que n’auraient pas renié ses adversaires libéraux, mais parce qu’il fut obligé de démissionner à cause de l'affaire Méry, pour laquelle il obtiendra un non lieu.

Cette démission pour pouvoir se défendre sans gêner le Premier ministre fit plus pour asseoir sa notoriété auprès du grand public que toute grande réforme à ce ministère. Mais au total, Dominique Strauss-Kahn ne sera resté que deux ans, également à Bercy ; pas plus que Laurent Fabius qui lui succéda dans l’équipe de Lionel Jospin. Et au total, on ne l’aura vu que quatre ans aux affaires. Relativement peu pour cerner un personnage qui briguerait un mandat présidentiel.

Sarkozy, l’adversaire intime

En fait, la plus grande réforme dont Dominique Strauss-Kahn peut revendiquer la paternité est celle que Martine Aubry, ministre de l’Emploi dans le gouvernement Jospin, mena à sa place. Véritable boîte à idées du PS, c’est Dominique Strauss-Kahn qui  introduit celle de la réduction du temps de travail à 35 heures. Mais le ministre de l’Economie n’oublie pas d’enrichir ses réseaux. Il fonde des clubs de réflexion (notamment avec Michel Rocard) et intègre au côté de Tony Blair un cercle étroit européen pour la promotion de la sociale-démocratie dans l’Union européenne.

Mais connaît-on plus, pour autant, DSK? Il entretient son apparence, mais n’est pas homme à se lancer dans de grandes démonstrations programmatiques. Sauf peut-être à l’intention de ses étudiants, à HEC, Sciences po, l’ENA ou Stanford aux Etats-Unis. Ses amis vont se charger de peaufiner son image. Mais ses adversaires seront en la matière les plus efficaces pour le présenter comme une référence. A commencer par Nicolas Sarkozy.

Le vainqueur de 2007 craint le débat avec DSK autant qu’il le souhaite. Tactiquement, il le craint car DSK est chafouin; personnellement, il y aspire car il est intelligent. C’est aussi pour toutes ces raisons que le président de la République a soutenu la candidature de Dominique Strauss-Kahn à la direction générale du FMI. A la fois pour exiler un dangereux opposant, et pour contribuer au rayonnement de la France.

Le candidat rêvé chute dans le réel

On connait la suite, l’action du Français à la tête de l’institution internationale pendant la crise mondiale, son entregent pour amener les grandes puissances de la planète à ne pas fermer le robinet des liquidités afin de ne pas bloquer l’activité économique, son intervention pour que la FMI soutienne le sauvetage de l’Union monétaire européenne et sa monnaie, ce qui ne plaît certainement pas à tout le monde.

Mais plus prosaïquement, pour qu’un adversaire aussi intime que Nicolas Sarkozy lui prête tant d’attention, c’est forcément que DSK en impose. Pour mener quelle politique? En se situant de quelle façon sur l’échiquier? Avec quelles alliances hors du PS? Le silence et l’absence ont créé à la fois le manque et la demande qui se sont exprimés dans les sondages.

Côté communication, pour un DSK virtuel transformé en candidat rêvé, l’ascension devenait un véritable cas d’école. Mais c’est la chute, sordide quoiqu'il arrive, dans un hôtel de luxe, qui le fait retomber dans le réel.

Gilles Bridier

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Journaliste
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