Affaire DSK: présomption d'innocence ou victime disqualifiée?
Attention à la théorie du complot: ce que dit la femme de chambre mérite d'être pris en compte.
- Photo: Do not disturb/quinn.anya via Flickr CC License by -
Loin de nous l’idée de nier au patron du FMI la présomption d’innocence. Jusqu’à ce qu’il soit jugé, Dominique Strauss-Kahn, n’est coupable de rien. Il nie même les faits que la police new-yorkaise lui reproche sur la base du témoignage d’une femme de chambre d’un hôtel où il résidait.
Répétons-nous: DSK est présumé innocent, et la femme de chambre une victime présumée. Il convient désormais à la justice américaine de faire la lumière sur cette affaire qui risque de compromettre l’avenir de Strauss-Kahn, et pas uniquement son avenir politique.
Mais il y a quelque chose de gênant dans certaines réactions, qu’elles émanent de politiques, ou de beaucoup d’entre nous. Dominique Strauss-Kahn serait —ou aurait pu être— victime d’une «manipulation». Il aurait glissé sur une «peau de banane qu'on lui aurait mise sous la chaussure», comme l’a dit Dominique Paillé, vice-président du Parti radical et ancien porte-parole de l'UMP. «S'il est tombé sur cette peau de banane, c'est qu'on savait qu'il avait une vulnérabilité. Et quand on s'apprête à être candidat à la candidature à la présidence de la République française, on se met à l'abri de telles vulnérabilités.»
Vulnérabilité? S’il est tout à son honneur de ne pas vouloir accabler son adversaire politique, la remarque de Paillé est également accusatoire pour DSK. Un homme qui ne saurait pas se tenir. Même idée chez Christine Boutin, entre autres, qui prend quelques pincettes pour qualifier DSK d’homme «vigoureux»:
«Ça me semble tellement énorme cette affaire! On sait qu'il est assez vigoureux, si je puis m'exprimer ainsi, mais qu'il se fasse prendre comme ça me semble ahurissant, donc je pense qu'il est tombé dans un piège.»
Julian Assange / DSK
La thèse du complot peut se comprendre. Comme pour le cas Julian Assange, la tête pensante de Wikileaks, pris dans une affaire de viol, le réflexe complotiste joue à plein. Bien sûr, pour beaucoup de ses opposants politiques, DSK –comme Assange– est un homme à abattre. Patron du FMI, favori des sondages, à gauche comme à droite, DSK contrecarre les ambitions de certains.
Les attaques sur son image, lancées la semaine dernière, puis cette histoire de tentative de viol, qu’elle soit avérée ou pas, laisseront des traces. De là à imaginer que ces adversaires aient réussi à faire embaucher une jeune Mata Hari dans le Sofitel de Manhattan... Mais comme dans le cas Julian Assange, la théorie du complot nie les autres parties du scandale, les femmes (ou la femme dans le cas DSK) qui ont porté plainte.
N’oublions pas les victimes présumées
Si la «vigueur» et la «vulnérabilité» sont les seuls qualificatifs employés pour décrire ce dont cette femme de chambre accuse le patron du FMI –rappelons que le porte-parole de la police de New York a décrit une agression sexuelle au cours de laquelle DSK aurait forcé la jeune femme à lui faire une fellation et tenté de lui enlever ses vêtements contre son gré–, Boutin et Paillé ont une étrange idée des relations sexuelles consenties.
Dit autrement: tant qu’on ne se fait pas prendre, il n’y a pas de crime. Dire que DSK est un homme vigoureux et vulnérable, et qu’il est simplement tombé dans un piège, c’est nier totalement et absolument le qualificatif de victime à celle qui serait la réelle victime de cette agression supposée: la femme de chambre du Sofitel.
Il faut respecter la présomption d’innocence de DSK. Mais envisager l’affaire sous la seule facette de la théorie du complot ou d'un «guet-apens» tendu à un «libertin» pose tout autant problème. C’est transformer la présomption d'innocence de l’accusé en présomption de culpabilité de l’accusatrice. Ou comme le pointe Jules DR sur Twitter, «la présomption d'innocence ne suppose pas de présenter DSK comme une victime».
Les accusations portées par la jeune femme sont extrêmement graves. Comme DSK mérite qu’on lui accorde la présomption d’innocence, la femme de chambre du Sofitel mérite qu’on l’écoute et qu’on ne disqualifie pas a priori ses accusations.
Johan Hufnagel et Cécile Dehesdin
Mis à jour le 16/05/2011 à 0h23


















































Je crois que les médias, comme pour toutes affaires judiciaires, tombent dans le même piège: celle de faire un procès immédiatement avant même que l'enquête commence. A l'heure actuelle, toutes les hypothèses sont acceptables et respectables.
Et même si je trouve personnellement le timing de ce scandale un peu suspect, l'hypothèse d'une agression réelle de Mr Strauss-Kahn n'est pas non plus à négliger. Et dans ce cas là, le crime est sévère et la victime est à protéger.
Ne reste plus qu'à entendre les deux versions et attendre des preuves. Quelle que soit l'issue, le spectacle est déjà bien triste.
J'invite tout de même les lecteurs de Slate à aller visiter les commentaires de l'article du NYT sur le sujet. Vous y verrez que là-bas aussi, le timing et le côté scénarisé de l'affaire ne laissent pas indifférent les commentateurs. Et qu'en retour, les défenseurs des femmes abusées s'indignent (et c'est normal !) de l'oubli qui se fait de la supposée victime.
Ce que je ne comprends pas, c'est qu'un homme qui se sait menacé et doit dépenser des fortunes pour s'offrir les services de "conseillers en communication" se soit laissé piéger aussi facilement. Pourquoi loger à l'hôtel ? Il s'agissait d'une suite : pas de garde du corps dormant dans le salon ? A moins qu'on nous révèle qu'il y avait une caméra de vidéosurveillance...
Cela dit, sans être un adepte systématique des théories du complot, disons que cette affaire tombe à point nommé pour beaucoup de monde : en France, à droite comme à gauche, mais aussi aux États-Unis. Et tout comme le député André Vallini qui s'est exprimé à la radio, ayant longtemps vécu aux USA, je n'ai qu'une confiance très très limitée dans leur système judiciaire et dans leur police.
Qu'il y ait deux coupables, oui, mais deux victimes me parait être un non sens
Clairement, il ne faut pas se ruer sur la théorie du complot. Comme clairement, il ne faut pas jeter DSK au pilori dès maintenant. La présomption d'innocence c'est justement ne pas avoir de certitudes tant qu'elles n'ont pas été prouvées. Ce que je trouve un peu dommage dans cet article c'est qu'on sent quand même un parti pris de défense de la femme de ménage (et il est bien normal de ressentir de l'empathie pour une personne pê victime de tels faits). Je ne dit pas qu'elle est coupable, pas du tout. Mais elle n'est pas encore victime à mes yeux (même si elle l'est peut-être déjà dans les faits). Aux yeux du monde et de la justice, elle ne devrait être qu'accusatrice et lui qu'accusé. Dans les faits, l'un(e) est victime, l'autre est coupable, ou pê les deux, mais ça, nous n'en savons rien. C'est à la justice d'en décider, même si elle n'enlèvera jamais les doutes des défenseurs de l'un(e) ou de l'autre.
La présomption d'innocence, c'est juste dire, sans parti pris, que DSK et cette jeune femme ne sont pour l'instant ni coupable ni victime aux yeux de la justice.
Crier au complot n'est pas du tout défendre la présomption d'innocence
DSK aura même droit à la présomption du complot, du coup monté et de la manipulation - présomption pourtant interdite dans les médias quand d'autres sujets ou d'autres personnalités sont en jeu -,
Mais... pas un mot sur et pour la victime présumée !
Sur France culture, Jean-François Kahn mentionnera un « troussage de domestique" sous les gloussements et les ricanements d'un A.G Slama...
Et tous refuseront de douter de DSK..
Aussi…
Année après année, rumeur après rumeur, incident après incident, fait avéré après fait avéré... manifestement, plus l'on est proche de Strauss-Kahn, plus on a la vue qui baisse, et plus l'on est surpris car... plus on le côtoie, moins on le connaît - c'est à croire !
Complaisance pour complaisance : ne retrouvons-nous pas là le même symptôme chez ces mêmes personnes mais... cette fois-ci... à l'égard de leur métier respectif : la politique et le journalisme ?
Seul Taddéi sauvera le service public du naufrage de la lâcheté et de la complaisance pratiqué sans modération depuis toujours, en invitant Clémentine Autain, Schneidermann et Plenel.
http://www.lemondecommeilva.com/cherche-grand-loup-vegetarien,186
Pourquoi n'est-il venu à personne l'idée qu'un troisième larron dont le but était d'être pris pour DSK a pu réellement agresser ND la femme de chambre. Elle ne connaissait pas DSK, ne l'avait jamais vu ; elle croît le reconnaître sincèrement au moment du tapissage.
Cette théorie complotiste certes mais pas totalement improbable, vaut bien toutes les versions contradictoires lues et entendues depuis dimanche.
http://www.lemondecommeilva.com/cherche-grand-loup-vegetarien,186