France

Affaire DSK: les cartes rebattues au PS

Bastien Bonnefous, mis à jour le 15.05.2011 à 17 h 20

Quels effets sur les primaires socialistes? DSK hors-jeu, que va faire Martine Aubry? François Hollande, lui, semble le moins éclaboussé par «l'affaire».

François Hollande à l'Assemblée nationale, en avril 2011. REUTERS/Jacky Naegelen

François Hollande à l'Assemblée nationale, en avril 2011. REUTERS/Jacky Naegelen

Le mal est fait. Dominique Strauss-Kahn inculpé d'agression sexuelle sur le sol américain, la messe semble dite pour l'avenir présidentiel du favori des sondages à un an de l'élection française. Qu'importe que le directeur général du FMI plaide non coupable, qu'importe ce que donneront les suites de l'enquête judiciaire américaine, la réputation et l'image de DSK, au-delà de la présomption d'innocence, sont d'ores et déjà cramées.

La «strauss-kahnie» peut réagir, comme Jean-Christophe Cambadélis sur son blog, convoquant «l'affaire Patrice Alègre» ou celle de «l'espionnage de Renault où des innocents ont été accusés à tort» pour ne pas «tirer de conclusions hâtives», le sort en est jeté. Difficile en effet d'imaginer que le champion socialiste, qui a passé la nuit dans un commissariat et est accusé de «tentative de viol», puisse se laver de tout soupçon avant fin juin, date limite du dépôt des candidatures pour la primaire socialiste.

Le soleil tout juste levé, les médias ressortent dimanche 15 mai 2011 d'anciennes accusations à peine voilées de femmes contre l'ex-ministre de l'Economie. Et l'affaire Piroska Nagy, du nom de cette ancienne employée du FMI avec laquelle DSK a eu une relation sexuelle en 2008, reparaît. A l'époque, si l'enquête interne du Fonds avait établi qu'il n'y avait pas eu de «harcèlement» mais «une grave erreur de jugement», le responsable français avait été contraint à des excuses publiques. Avec la polémique de New York, avérée ou pas, les dégâts sont incomparables.

Séquence cauchemar pour DSK

Cette nouvelle affaire tombe par ailleurs à un moment déjà difficile pour Dominique Strauss-Kahn. Depuis plusieurs jours, son train de vie a été abondamment exposé et commenté dans les médias. Si les Français semblent ne pas lui avoir tenu rigueur de l'affaire de la Porsche, si son équipe a violemment répliqué aux articles de France-Soir sur le coût de ses costumes, l'effet cumulatif de toutes ces casseroles –celle de l'hôtel Sofitel, si sa véracité est confirmée, étant d'une nature autrement plus grave– risque à terme de disqualifier le champion socialiste.

D'autant que lentement mais sûrement, son principal concurrent au sein du Parti socialiste marque des points. François Hollande qui incarne comme DSK une sociale-démocratie à la française rattrape jour après jour son retard sur le patron du FMI.

Crédité de 27% d'intentions de vote en avril dernier, DSK a perdu un point en mai, même s'il reste le favori pour le premier tour de la présidentielle, selon un sondage Ifop-JDD. Le député de Corrèze, lui, atteindrait les 23% s'il était choisi par les sympathisants de gauche à la primaire socialiste à la fin de l'année. Et ce sondage a été bien sûr réalisé avant l'épisode new-yorkais.

Incontestablement, les déboires de DSK rebattent donc les cartes de la future présidentielle, à droite comme à gauche, mais surtout pour commencer au PS. Jacques Attali (cofondateur et éditorialiste de Slate), a déjà émis des doutes sur le fait que DSK soit candidat à la présidentielle. «On va avoir une candidature de Martine Aubry contre François Hollande», a pronostiqué sur Europe 1 l'ancien conseiller de François Mitterrand.

La «doublure» Aubry

Reste à savoir comment va réagir Martine Aubry si «Strauss» n'y va pas. Les entourages respectifs des deux éléphants ne cessent depuis des mois d'expliquer qu'ils ne seront pas candidats l'un contre l'autre, et les dernières semaines semblaient accréditer l'hypothèse d'un retrait de la première secrétaire du PS au profit du directeur du FMI de plus en plus décidé à se présenter.

Pour l'instant, l'état-major de la rue de Solférino, comme la plupart des responsables socialistes, n'a pas réagi. Ségolène Royal est une des rares éléphants à avoir témoigné, au «Grand rendez-vous Europe 1-Le Parisien», de son «choc» face à «cette nouvelle bouleversante à propos de laquelle tout reste à vérifier». La maire de Lille, elle, qui doit aujourd'hui fêter la victoire du LOSC en Coupe de France –une victoire d'ores et déjà gâchée tant les médias ne vont l'interroger que sur l'affaire DSK– est dans une situation délicate. Elle s'est dite «stupéfaite»:

«Les nouvelles qui nous parviennent depuis cette nuit de New York sonnent à l'évidence comme un coup de tonnerre et je suis moi-même comme tout le monde stupéfaite. J'en appelle à chacun à attendre la réalité des faits, à respecter la présomption d'innocence et à tous de garder la décence nécessaire. Je demande bien sûr à tous les socialistes de rester unis et responsables et je voudrais surtout dire aux Français que, quelles que soient les circonstances et les aléas, hier comme aujourd'hui, nous sommes là, les socialistes, pour les entendre, pour les comprendre, pour apporter les réponses à leurs problèmes et aux problèmes de notre pays et aussi pour les servir.»

Si Martine Aubry se présente à la primaire faute de DSK, elle pourrait apparaître dans l'opinion comme un candidat par défaut. Elle ne devra pas non plus donner le sentiment de lâcher son camarade du parti tout en ne pouvant pas pour autant le soutenir corps et âme. Pour le politologue Stéphane Rozès, président de Cap, «l'idée jusqu'à présent d'un accord entre Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry fait de cette dernière une doublure, posture qui n'est pas adaptée à l'image d'un candidat à l'élection présidentielle française».

D'autres candidatures pourraient également émerger ou ré-émerger, comme par exemple celle de Manuel Valls ou de Pierre Moscovici, qui expliquaient jusqu'à maintenant qu'ils ne se présenteraient pas si DSK entrait en campagne. Désormais, la donne est changée pour eux et de la manière la plus surprenante et spectaculaire.

Le «chemin» Hollande

François Hollande apparaît donc comme le possible gagnant d'une défection forcée du patron du FMI. A lui seulement de ne pas donner le sentiment qu'il récupère l'affaire et danse autour du scalp strauss-kahnien. Invité sur Canal+ ce dimanche, François Hollande a évoqué une «terrible nouvelle»:

«Je pense d'abord à lui, Dominique Strauss-Kahn, à ses proches, à ses amis socialistes qui apprennent cet événement sans le comprendre mais en le mesurant, et puis aussi aux Français qui en se levant ce matin entendent à la radio cette information.»

L'ex-premier secrétaire du PS a ajouté: «Il faut faire très attention», en soulignant qu'il n'y avait «pas de preuve de culpabilité»:

«Il faut réagir à la fois avec émotion mais aussi avec retenue, réserve, avec le souci de la justice (...) Il faut se garder de toute conclusion prématurée.» 

Émotion, retenue et justice... une manière pour François Hollande de parler à son «ami» Dominique, mais aussi et surtout aux Français. «Il lui suffit de continuer son chemin singulier plus adapté à l'imaginaire français. Il part de Corrèze pour arriver à Paris et ne vient pas de l'extérieur avec l'image d'un donneur de leçons, il est dans une conversation engagée avec les Français depuis plusieurs mois, et il a également donné des signes – son régime, son nouveau look– qu'il fait un travail sur lui-même», estime Stéphane Rozès.

L'entourage du député de Corrèze s'est d'ailleurs bien gardé de sur-réagir à l'affaire de New York. «Depuis le début on a cherché à s’engager (avec François Hollande) dans cette primaire sans se préoccuper de ce qui se passait chez les autres candidats ou ceux qui pouvaient être candidats. Des informations arrivent aujourd’hui; cela ne changera pas la ligne qui est la nôtre. Ça changera peut-être le contexte mais ça ne changera pas notre ligne», a déclaré, à chaud mais la tête froide, sur BFM TV, Stéphane Le Foll, l'un de ses principaux lieutenants.

François Hollande futur candidat favori? La primaire socialiste pourrait dès lors se jouer entre lui, Martine Aubry et son ancienne compagne Ségolène Royal. De quoi alimenter encore les tabloïds et les journaux people.

Bastien Bonnefous

Retrouvez ceux qui feront 2012 sur Wikipol.

Bastien Bonnefous
Bastien Bonnefous (65 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte