DSK accusé d'agression sexuelle: l'explosion en vol

Au Brésil en mars 2011. REUTERS/Ueslei Marcelino

Au Brésil en mars 2011. REUTERS/Ueslei Marcelino

Le patron du FMI reste présumé innocent mais l'accusation d'agression sexuelle sonne probablement le glas de sa candidature à la présidentielle de 2012. Rageant...

Le scénario tant attendu par les uns, tant redouté par les autres, celui de l’explosion en vol, est en passe de se réaliser. A ce stade, on voit mal comment Dominique Strauss-Kahn, qui devrait être inculpé dans les prochaines heures, à New York, pour agression sexuelle et tentative de viol, pourra aller au bout de la démarche qu’il avait semble-t-il engagée et se présenter à l’élection présidentielle de 2012.

Il faut évidemment avant d’en arriver là s’en tenir aux faits, attendre le déroulement de l’enquête et du procès à New York. Et la version de DSK lui-même. Rappelons qu’il était sorti «blanchi» lors d’une précédente affaire et que ses intentions agressives avaient alors été écartées. Il avait dû présenter des excuses. Le boulet n’était pas passé très loin, mais il s’en était bien sorti.

Nous discutons là de l’effet inévitablement produit par l’énoncé de l’information elle-même sur l’opinion et sur ce que sera à son égard le comportement des médias. Regardons ce que l’épisode de la Porsche avait provoqué dans la presse: des enquêtes tous azimuts sur le train de vie de DSK. Il y a fort à parier que l’incendie new-yorkais conduise les médias à se concentrer sur la vie privée du patron du FMI.

Vérité en deçà de l’Atlantique, mensonge au-delà? A l’heure de l’information instantanée et planétaire, cela ne peut guère le sauver. Dans ce qu’on appelait hier les cercles informés, on prêtait à DSK, en matière de sexe, une véritable addiction. Au sens où les Américains la considèrent, et la soignent. On se disait: dans ce domaine, les Français sont blasés et tolérants; là où les Américains sont puritains à l’excès et judiciarisés au point qu’il faut se garder dans la vie quotidienne de faits et gestes qui pourraient être interprétés comme ayant une intention agressive. Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre: c’était l’argument que l’on pensait pouvoir opposer à ceux qui, dans la vie publique, parmi ses adversaires, se montraient insistants sur le sujet.

Hélas! hélas! hélas! Voici DSK en mauvais héros d’une banale série télé américaine, avec inculpation à la clé, policiers l’obligeant à débarquer de l’avion, etc. Un vrai scénario catastrophe dont on voit mal qu’il puisse se remettre.

Question: si véritablement DSK est un «sex addict», et qu’il le sait, comment a-t-il pu persister dans son intention de vouloir briguer les suffrages des Français? N’y a-t-il pas là une exigence de responsabilité au-delà de son imprudence qui aurait dû le conduire soit à traiter ce problème, soit à renoncer à sa candidature?

Tout cela est évidemment plus que rageant. Aujourd’hui encore, le JDD publie un sondage de l’Ifop qui confirme l’avantage comparatif de Strauss-Kahn dans le paysage politique français: il est non seulement en tête des intentions de vote au premier tour (26%) mais il est surtout le seul qui soit assuré, selon cette enquête, de figurer au  second tour. Tous les autres socialistes et Nicolas Sarkozy lui-même, sont dans la zone de la plus grande incertitude et crédités peu ou prou des mêmes chiffres que Marine Le Pen (22% et 23%).

Cette situation privilégiée s’explique par le fait que DSK est de tous les candidats de la gauche celui qui souscrit le mieux au critère de l’élection présidentielle.

A mes yeux en effet, la clé de l’élection est détenue par celui ou celle qui saura le mieux nous situer. Nous situer dans le monde en général, en Europe en particulier. La mondialisation, les révoltes arabes, l’intense remue-ménage planétaire que nous vivons oblige à être capable de dire au pays: «Voilà ce que nous sommes, voilà ce à quoi nous pouvons prétendre, voilà quelle doit être notre ambition, voilà comment la France et l’Europe doivent se situer dans les nouveaux équilibres planétaires qui sont en train de se construire sous nos yeux.»

C’est pourquoi le pari n’est pas perdu pour Nicolas Sarkozy car il est par fonction aux premières loges. Au-delà de l’épisode libyen, il y aura donc sa gestion des affaires européennes, du G20, etc. toutes occasions qui peuvent lui permettre cet exercice dans lequel un François Mitterrand excellait, avec son obsession de «tenir le rang» de la France. 

L’avantage de DSK est qu’il nous situait par fonction. En tant que patron du FMI, il était évidemment en situation et déjà l’acteur de cette remise en ordre généralisée.

Dans le contexte actuel, le scénario possible est quand même celui de son élimination de facto de la course à la présidentielle et donc de la candidature de Martine Aubry. A posteriori, on comprend mieux l’attitude et l’obstination d’un François Hollande. On disait: pourquoi s’obstine-t-il si DSK est candidat alors qu’ils ont les mêmes idées? En son for intérieur, François Hollande avait sans doute une idée des fragilités de DSK...

En attendant, un tel événement produit, comme une éruption volcanique, des coulées successives de lave et ce n’est qu’après qu’on pourra évaluer le nouveau rapport des forces. Rude affaire!

Jean-Marie Colombani

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