Life

Le FBI des séries nous cache-t-il la vérité?

Pierre Langlais, mis à jour le 15.05.2011 à 11 h 11

Le FBI traque-t-il les phénomènes paranormaux et les terroristes? Les profilers et les hackers professionnels existent-ils seulement à la télé?

Scène de la série FBI: Portés disparus

Scène de la série FBI: Portés disparus

Au Federal Bureau of Investigation, on ne rigole pas avec la communication. Quand vous appelez pour demander une interview avec un responsable du Bureau, comme on dit, vous tombez sur le répondeur de l’attachée de presse… qui s’appelle elle aussi «Agent Spécial» –au FBI, tout le monde est «spécial».

Ma mission: livrer 10 affirmations tirées de séries télé américaines (24 Heures Chrono, Esprits Criminels, FBI: Portés Disparus, Twin Peaks, White Collar, etc.) au FBI et leur demander de confirmer ou infirmer leur justesse.

C’est Philip L. Edney, du Bureau des Affaires Publiques –une jolie périphrase pour dire «à la com»– qui s’y est collé, avec le sérieux et la rigueur limite martiale qu’on imagine venant d’un Agent Spécial. Bref, mais efficace. 

1. Le FBI a la priorité. Quand il déboule sur une scène de crime, tout le monde s’écarte

«FBI!» Quand les agents à plaques débarquent, c’est l’émoi. Les flics font la courbette, les autres agences grincent des dents. Rien ne vaut les trois lettres pour faire le ménage. Le FBI, c’est les plus forts –seule la CIA pourrait dire le contraire, on en reparle plus bas.

L’avis de Philip L. Edney: «C’est faux. Le FBI ne prend jamais en main les scènes de crime. Nous travaillons toujours main dans la main avec les autorités locales. Au moment où je vous parle, un grand nombre d’officiers locaux et régionaux travaillent avec nous au jour le jour

2. Quand un agent du FBI se présente à quelqu’un, il dit toujours «Agent Spécial Bidule», et quand il arrête quelqu’un, il hurle «FBI!»

Sans ça, ce ne serait pas drôle. Les agents des séries sont très fiers de faire partie du FBI: ils collent leur badge sous le nez de tout le monde, et le premier truc auquel ils pensent quand ils courent après un méchant, c’est de lui rappeler qu’ils bossent pour le Bureau –on ne sait jamais, ça pourrait lui faire peur.

L’avis de Philip L. Edney: «En général, on ne crie pas. Par contre, on sort toujours notre plaque avant ou après avoir arrêté quelqu’un, pour prouver qu’on a bien le droit de le faire. Je tiens à insister sur un détail: la plupart des arrestations que nous faisons sont assistées par un policier des autorités locales, en uniforme

3. Les agents du FBI ne suivent pas toujours un dress code strict

Le badge FBI avec un sweat à capuche, rien de plus cool. Dans les séries, la veste en cuir est aussi branchée… mais le costard reste le déguisement le plus crédible pour l’agent du Bureau qui se respecte et veut se faire respecter. D’ailleurs, on parle souvent de «suits», de costumes, pour qualifier les agents du FBI.

L’avis de Philip L. Edney: «Le costard est de mise dans les bureaux comme sur le terrain… sauf si des raisons stratégiques imposent un style différent…»

4. Un bureau du FBI s’occupe du paranormal et des aliens

Je le sais bien, j’ai vu X-Files. Mulder et Sculy bossent sur tous les cas inexpliqués, genre monstres et extraterrestres en tous genres. Dans Fringe aussi, les trucs bizarres sont gérés par le FBI. Tout bon parano vous le dira, le FBI nous cache quelque chose…

L’avis de Philip L. Edney: «C’est inexact. C’est le Département de la Défense et l’Air Force qui s’occupent des ovnis

5. Il existe une section du FBI qui est chargée des personnes disparues

Dans FBI: Portés disparus, il y a «FBI» et «portés disparus». Certes, le titre original de la série est Without a trace («sans laisser de trace»), mais ça ne change rien à l’affaire. Dans les séries, les enfants qui se font enlever et les maris qui se volatilisent, c’est pour le FBI. 

L’avis de Philip L. Edney: «Cette section précise n’existe pas. Nous travaillons avec le Centre national des enfants portés disparus ou exploités sur ce genre d’affaires. Ce sont d’ailleurs, encore une fois, des cas qui sont avant tout gérés par les autorités locales. Nous ne faisons généralement que leur apporter notre expertise. Le seul cas où nous prenons la main, c’est quand ces affaires dépassent les limites d’un seul Etat, auquel cas elles deviennent fédérales

6. Le FBI traque les terroristes

La CTU de 24 Heures Chrono, ce n’est pas le FBI, mais une agence cousine. La preuve, dans la saison 7, quand la CTU est fermée, c’est le FBI qui prend la main…

L’avis de Philip L. Edney: «La CTU n’existe pas. Les affaires de terrorismes sont gérées par les Joint Terrorism Task Forces, des unités spéciales composées d’agents du FBI et du Département de la Défense

7. Les profilers bossent pour le FBI

Les profilers sont partout. Il y a carrément eut une série qui s’appelait Profiler. Aujourd’hui, ce sont les types d’Esprits Criminels qui auscultent les vilaines névroses des serial killers. 

L’avis de Philip L. Edney: «En fait, “profiler”, ça n’existe pas. C’est du vocabulaire de cinéma. Les vrais “profilers” sont tout simplement des agents spéciaux, qui travaillent pour le bureau d’analyse comportementale [Behavior Analysis Unit, en VO, NDLR] à Quantico

8. Les agents du FBI peuvent hacker nos ordinateurs en trois clics

Besoin d’un plan, de coordonnées GPS, du code d’une alarme, du mot de passe d’une boîte mail? Pas de soucis, toutes les séries converties au FBI ont leur geek de service, qui peut vous retourner votre disque dur à distance. Les plus fameux pirates du Bureau sont des femmes, Chloe O’Brien de 24 Heures Chrono et Penelope Garcia de Esprits Criminels.

L’avis de Philip L. Edney: «C’est faux. Nous n’avons pas le droit de hacker un ordinateur sans un mandat signé par un juge.»

9. Le FBI aime faire équipe avec des «talents» hors FBI… voire des criminels

C’est la grande mode du moment: dans Numb3rs, un matheux déchiffrait les affaires, dans Bones, c’est une anthropologue qui aide un agent, dans Lie to Me, le héros décrypte le visage des suspects… et dans White Collar, le Bureau s’offre carrément les service d’un voleur, spécialiste de l’arnaque, pour coffrer ses semblables.

L’avis de Philip L. Edney: «Nous avons des équipes, les Evidence Response Teams, qui font en effet appel à des anthropologues. La plupart d’entre eux travaillent à l’Université du Tennessee, dans ce que nous appelons la “Body Farm” [la “ferme des corps”, ça se passe de commentaires, NDLR]. Pour le reste des “talents” dont vous parlez, ils interviennent comme sources anonymes [“Confidential Human Source”, dans le texte, NDLR]

10. Les agents du FBI et ceux de la CIA se détestent! La CIA vient souvent déranger le FBI dans ses enquêtes

Regardez bien une série qui se passe au FBI, il y aura forcément une blague sur la CIA. L’agent de la CIA, c’est le Belge de l’agent du FBI, et vice-versa. Il faut dire que les deux se livrent à un concours de sortage de plaque féroce outre-Atlantique –à celui qui squattera le plus de séries.

L’avis de Philip L. Edney: «Faux. Les agents de la CIA n’ont pas le pouvoir d’arrêter qui que ce soit. Leur mission, c’est de collecter des informations secrètes à l’étranger pour prévenir les attaques terroristes. Ils ne travaillent pas sur des affaires concernant des citoyens américains. Nous ne sommes d’ailleurs pas en conflit, et des agents de la CIA travaillent au FBI et vice-versa. Notre collaboration est saine et solide.»

Pierre Langlais

Pierre Langlais
Pierre Langlais (54 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte