La droite la plus vieille du monde
Vous avez dit assistanat? Les propos de Laurent Wauquiez sur le RSA sont choquants, mais ils montrent combien il est urgent de repenser notre façon de répondre au chômage et à la pauvreté. Par Jacques Attali
- Une «poorhouse», maison de pauvres de Stockholm / Wikimedia Commons -
Les propos de Laurent Wauquiez contre le RSA appellent trois commentaires.
1 • Sur la personne de Laurent Wauquiez
Il est, pour moi, a priori, un homme honorable, issu de la droite républicaine, ayant fait des études décentes, capable donc de comprendre le sens des mots qu’il emploie.
Et pourtant, il vient de franchir, pour la deuxième fois en trois mois, la ligne jaune: après avoir eu des propos à connotation évidemment antisémite (involontaire, sembla-t-il alors aux esprits les plus indulgents) à propos de Dominique Strauss-Kahn, voilà qu’il récidive en traitant cette fois la pauvreté et l’assistanat de «cancer de la société».
Épouvantable. Et cette fois, il ne saurait prétendre, comme dans le cas précédent, à une mauvaise interprétation de ses propos; il s’agit clairement d’une assimilation de tout soutien aux plus faibles à une maladie mortelle pouvant détruire la société.
Dans les deux cas, il ne regagnerait mon estime, si tant est qu’elle lui importe, qu’en s’excusant de ces écarts de langage. S’il ne le fait pas, c’est qu’il les assume. Et il serait alors passé, pour moi, de l’autre côté du miroir.
2 • Sur la critique de l’assistanat
La droite a toujours eu du mal à accepter, par nature, qu’on prenne aux plus riches pour le bénéfice des plus démunis; et en particulier elle a longtemps dénoncé tous les soutiens aux chômeurs, aux pauvres, aux malades, aux handicapés; c'est-à-dire à tous ceux que les puissants rêvent depuis toujours de contraindre au travail pour le salaire le plus bas possible.
On trouve d’ailleurs des propos identiques à ceux Laurent Wauquiez dans la bouche des dirigeants britanniques de la fin du XVIIIe siècle, quand apparut la première loi d’assistance aux plus pauvres (dite la loi de Speenhamland); jusqu’à ce qu’ils réussissent, avec la loi de 1834, avec les mêmes arguments que Laurent Wauquiez, à renvoyer les pauvres au travail forcé dans les effroyables workhouses que Karl Marx, et bien d’autres, dénoncèrent ensuite.
3 • Sur la réponse à la pauvreté et au chômage
Il est triste de voir, une fois de plus, les démocrates, de gauche comme de droite, se contenter de s’indigner de cette remise en cause des acquis les plus fondamentaux de la République.
En acceptant de débattre de la question de savoir si les allocations à ceux qui sont privés de travail sont suffisantes ou excessives, ils font ainsi le jeu de la droite extrême; car celle-ci convaincra toujours les contribuables qu’ils paient trop d’impôts pour rémunérer ceux qu’elle dénonce comme des paresseux.
Les démocrates devraient plutôt s’indigner de l’échec de nos sociétés, qui fabrique la pauvreté et le chômage et crée le besoin de telles allocations. Et ils devraient en priorité s’intéresser aux vrais moyens d’y échapper.
Le RSA n’est pas la solution à la pauvreté; il correspond à une conception aussi archaïque que celle de ceux qui s’y opposent: à la droite cynique du XIXe siècle qui refuse toute assistance, le RSA oppose la droite caritative et hypocritement charitable du même XIXe siècle. La réponse du XXe siècle était déjà autre: donner du travail à tous, par l’action de l’Etat.
Devant le désir croissant de savoir, de dignité et de liberté, la réponse du XXIe siècle est d’aider les gens à se former pour évoluer dans leurs vies professionnelles, pour trouver un travail valorisant (la flexisécurité et le contrat d’évolution) ou pour créer une entreprise (la microfinance et le coaching).
Toutes les expériences démontrent que faire confiance, et croire en la potentialité de chacun est la meilleure façon de se passer de l’assistanat.
Si on voulait bien déplacer le débat sur ces vrais terrains, on se rendrait compte que là est le véritable échec de la classe politique française: la droite en est restée à une vision compassionnelle de la pauvreté et n’a pas généralisé le contrat de transition professionnelle, qui constituait l’amorce d’une flexisécurité à la française (et que nous avions appelé «contrat d’évolution» dans le rapport de la commission que j’ai présidé).
Et la gauche ne parle même pas de flexisécurité et de création de microentreprise dans son programme. (Pire même: les rares qui en parlent, dans les syndicats ouvriers, la nomme «sécurité sociale professionnelle», comme si le chômage était, pour eux aussi, une maladie).
Il est urgent, pour la classe politique, de comprendre le siècle qui commence, d’en évaluer les aspirations et les outils nouveaux, pour ne pas entraîner le pays dans des chemins sans issue. Pour ouvrir à un monde qui peut encore être un lieu d’épanouissement.
Jacques Attali
Mis à jour le 12/05/2011 à 19h14















































Effectivement, difficile de faire plus (dans son domaine) que ENS + major de l'agrégation d'histoire + IEP Paris + ENA + un an à Harvard... Ce qui rend ses propos d'autant plus incompréhensible et critiquable. Inutile donc d'atténuer le parcours de la personne donc.
1 - Je ne doute pas que l'ayant lu, monsieur Wauquiez ne se présente devant monsieur Attali, pieds nus, la tête rasée, la corde au cou, vêtu de bure, de peur de passer de "l'autre côté du miroir".
2 - Quels que soient les reproches nombreux que l'on peut faire à la Droite (et inutile de remonter jusqu'à 1834 pour cela), il n'en reste pas moins que c'est elle qui a mis en place le RSA de monsieur Hirsch.
3 - Il est tout à fait dommageable pour notre pays, que monsieur Attali qui semble avoir des solutions aux problèmes de la France, ne soit pas en mesure de les faire adopter, ne serait-ce que par ses propres amis politiques.
Merci .
A mon avis pas d'assez près. Je propose à M. Wauquiez de passer une journée avec moi. Je l’emmènerai rendre visite à quelques pauvres. D'ailleurs "Devant le désir croissant de savoir, de dignité et de liberté, la réponse du XXIe siècle est d’aider les gens à se former pour évoluer dans leurs vies professionnelles, pour trouver un travail valorisant ". C'est pas faut mais M. Attali je me demande si vous aussi vous ne devriez pas venir passer une petite journée avec moi.
Vous pourriez voir la détresse de ceux qui touchent le RSA, et leur faible niveau d'éducation. Ils ne s'attendent à pas grand chose de la vie. Et lorsqu'ils se rendent compte que leur unique perspective est le chômage c'est pas très motivant. Bah oui comment voulez vous vous acheter un ordinateur, des vacances ou des Nike quand vous touchez le RSA?
Pourtant à gauche ils sont pas mal à avoir fait des études "décentes", on a donc la preuve qu'il ne sert à rien de passer 30 ans à étudier si on a rien dans la caboche.
Aider les gens ? Mais comment ?
On va donc avoir une armée de coachs, et de banquiers d'état pour "aider" les gens ?
C'est toujours la même chose avec M Attali : les solutions doivent nécessairement venir d'en haut. Du bottom up.
Pour un vrai XXIème siècle, il faudra un jour que l'on reconnaisse les citoyens comme des individus à part entière capable de décider pour eux même ce qui est bien.
Vous n'imposerez pas votre flexsécurité sans accorder AVANT une vraie sécurité par le revenu minimum garanti.
La France des quotas :
- les quotas ethniques sont interdits - les quotas sociaux sont recommandés - les quotas fiscaux sont approuvés
Essayez d'analyser la logique de sélection en crèche, à l'école primaire, dans les logements HLM .... pudiquement avantages annexes ... Les impôts locaux et je peux continuer longtemps ... Les emplois aidés (sur sélection ... politique).
L'injustice ressenti se trouve en grande partie dans ces avantages annexes. Qui ne connait quelqu'un en HLM (oui une minorité) qui peu très bien vivre dans le monde réel (dur : un logement a un coût, il doit être entretenu ...., un proprio: sale capitaliste)
L'injustice ressenti c'est celle de tous ceux qui ne comprennent pas que la moitié des français ne paye pas d'impôt, que les politiciens locaux entretiennent des clientèles.
Dans notre pays le problème est l'incapacité à dire "non", le service public n'est pas destiné uniquement à une catégorie : hors, si vous chassez les classes non pauvres, elles deviennent haineuses, envieuses, ... vous faites le lit du populisme. C'est pourquoi il faut réduire -raisonnablement- le rôle de l'Etat (à tout ses échelons). Vous me direz le clientélisme est local, "oui" bien sûr, mais avec l'argent d'en haut (l'argent local est bien trop rare).
Je suis fier de payer des impôts. Trop de mon point de vue égoïste, mais peut-être pas assez. par contre je suis humilié que la crèche soit refusé à mes petits-enfants (erreur - refusé l'an dernier - accepté cette année avec un quota de non pauvre).
Le vivre ensemble ce n'est pas de vivre chacun dans son coin. Apprendre à payer ses impôts est un service public, payer la cantine de ses enfants aussi, la CMU est perverse ... dans la vie il faut des compromis.
Vous me direz choisir c'est réservé aux riches, non choisir c'est apprendre à être un homme ou une femme.
Mon billet correspond juste à ..... Le populisme est ce que vous en faites. (nous en faisons) Les extrêmes ont toujours tort, mais le temps des pestes ... est celui des hommes/femmes que l'on refuse d'écouter.
Il est encore temps de débattre/échanger, je suis follement optimiste, si l'on veut bien écouter ... les autres
Le terroir, puis le cancer, décidemmeent, le benjamin du gouvernement ne donne pas dans la dentelle du puy.
Les allocataires du RSA travaillent quand ils le peuvent ( 670 000 sur 1 800 000 )
Si tous les autres étaient en mesure de le faire, il ne serait pas exagérer de parler de dumping social ou de concurrence déloyale vis à vis des salariés.
Il est loin l'esprit de Martin Hirsch qui contre l'avis de Laurent Wauqiez a fait inscrire les bénéficiaires du RSA au pole emploi !
Si cancer il y avait, c'est du côté de la sortie dudit Pole emploi du ministre chargé de l'emploi à l'époque qu'il faudrait le chercher.
Les "assistés" ne sont pas la variable d'ajustement d'un Marché du travail anémié par les politiques de MM Bertrand, Wauquiez et Sarkozy.
Le social ne se fait pas que dans les Ardennes.
On voudrait être certains que la droite n'est pas à nouveau la plus bête du monde....
Dan92
Dans nos sociétés occidentales, tous les grands partis sont de tendance sociale-démocrate, tous les gouvernements ont pour premier objectif d'alléger la vie des plus pauvres, chômeurs et déshérités. On peut trouver que les plus riches ne paient pas assez pour les plus pauvres, mais il n'empêche que ce seront toujours les riches, et seulement eux, qui pourront payer, si bien que les faire fuir ne ferait qu'aggraver définitivement le problème.
Tout les gens au fait de l'économie sociale savent bien, Monsieur Attali, que la flexisécurité est à notre époque, dans nos sociétés occidentales, la meilleure réponse au problème ici soulevé, comme le prouvent les pays nordiques. Mais vous le savez tout aussi bien : parler d'un tel système en France serait suicidaire pour tout politique, parce que justement la flexisécurité va dans le sens du discours de Wauquiez : les prestations ont pour contrepartie un contrôle et des obligations inconnues en France.
Nous ne savons pas exactement quel Dieu cruel a créé le monde, mais les documentaires de certaines chaines de télé nous décrivent à longueur de journée le système politique qu'Il a adopté : la Loi du Plus Fort !
Le long des côtes océaniques, les requins croquent à belles dents des otaries, dans la savane africaine les lions se précipitent sur les hordes de gazelles, et dans nos montagnes, les loups déciment les troupeaux de moutons. Les prédateurs sont des êtres plus beaux, plus intelligents et plus forts et ils ont hérité de la charge d'éliminer les plus faibles : les jeunes, les vieux, les malades, les moins intelligents., et les paresseux..!
Toute l'aventure humaine, depuis la nuit des temps, et pour autant qu'on cherche à y déceler un "sens" et un "progrès", a consisté à contrecarrer cette "Loi de la Nature". Je ne crois pas qu'il soit exagéré de dire que les "gens de droite" sont des nostalgiques de cet ordre ancien, et que la "gauche" regroupe ceux qui veulent que notre planète continue à devenir, au niveau de son organisation sociale des êtres humains, de plus en plus "anti-naturelle", tout en étant, pour tout le reste, fondamentalement "écologiste"!!!
Il est clair que nous sommes à une période de notre histoire où la quasi totalité des 6 milliards d'hommes et de femmes ne sont pas satisfaits de l'organisation générale du monde...et au cours de chapitres précédents, l'"Humanité"a désormais profondément intégré la notion de "Démocratie".
Les pouvoirs en place ont tous leurs équipes de "garde-chiourme", mais l'actualité de chaque jour nous montre que leur efficacité n'est que temporaire.
Pour ne pas être trop long et pour "apporter des solutions", je dirais qu'il me paraît évident que l'organisation future du monde sera très probablement basée sur des mécanismes de solidarité, de partage et de protection des faibles de type "Sécurité Sociale" et "RSA". Nous sommes tous frères et passagers du même "vaisseau spatial" !
Une erreur fondamentale du communisme pur et dur tel que celui qu'avait conçu un certain Mr Pol Pot, un cambodgien qui avait été formé en France, a été de vouloir une "égalité totale" par la suppression de la monnaie : cela s'est terminé par la famine et la mort de millions de ses concitoyens. C'est à dessein que je choisis ce cas particulier mais vous trouverez facilement d'autres exemples d'extermination de masse quand on a laissé de brillants idéologues faire fonctionner leur société sur le principe du travail forcé de populations vulnérables... Là, je pensais au président Mao Zedhong, on pourrait citer Mr Joseph Staline, d'autres encore ?
Une des principales leçons de ces échec est la nécessité, dans tout système de société, de conserver un "incitatif" et une "récompense" pour les individus qui veulent se distinguer des autres par leur courage, leur productivité ou leur inventivité, mais ces "bonus" doivent rester dans une "limite raisonnable" !
Comme toujours, les générations futures regarderont notre époque en se demandant comment nous pouvions supporter autant d'injustice, d'inégalité de souffrance et de barbarie... Oui, nous devons respecter l'ordre naturel pour les minéraux, les végétaux et même les animaux, mais non, Mr Wauquiez, "l'homme n'est pas un loup pour l'homme" ! Il n'y a rien de plus dangereux qu'un énarque en liberté...
P.s. Il y aurait-il ici, parmi nous, des admiratrices inconditionnelles des mâles dominants ?
Rappelons-nous que la dignité d'un homme passe par l'équilibre des échanges. Ne devenons pas des ilotes : ces esclaves entretenus sans travailler, ayant abandonné toute dignité, n'étaient là que pour instruire la jeunesse grecque.
Il est un équilibre difficile entre l'aide (indispensable) qui permet à l'homme qui trébuche de se remettre à marcher, et l'aide à celui qui ne tenterait pas de se remettre à marcher. Tel est, semble-t-il, l'esprit de la loi qui a instauré le RSA : il veut aider tout en incitant à se remettre debout, notamment en supprimant les effets de seuil. En effet, avant le RSA, certaines personnes réduisaient leurs revenus en reprenant un travail. Il serait dommage que les aides complémentaires en nature instaurées par des collectivités territoriales détruisent cet équilibre délicat. C'est ainsi que je comprends l'intérrogatyion de Monsieur Wauquiez.