Tuer Kadhafi comme Ben Laden?
Les dirigeants occidentaux pourraient préférer exécuter leurs adversaires plutôt que de se lancer dans une guerre longue à l'issue incertaine. Mais les obstacles sont nombreux...
- Manifestation anti-Kadhafi à Benghazi, en avril 2011. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh -
Le vieil Helmut Schmidt a été un des premiers, le jour même de la mort d’Oussama Ben Laden à poser le problème. L’ancien chancelier allemand qui, à 92 ans, reste un analyste percutant de la politique internationale, a déclaré que l’exécution du chef d’Al-Qaïda était «de toute évidence une infraction au droit international en vigueur» mais qu’il comprenait parfaitement le sentiment de triomphe des Américains.
Depuis plus d’une semaine, les polémiques vont bon train sur la violation de la souveraineté pakistanaise avec l’incursion dans l’espace aérien du pays du commando américain, sur le caractère légitime de l’exécution de l’ennemi hors du champ de bataille, sur la volonté évidente des dirigeants américains d’éviter le procès de tous les dangers: quel tribunal? quelle procédure judiciaire? quelle défense à quoi a droit tout accusé même soupçonné de la mort de milliers de personnes?
C’est un débat très européen qui n’a que peu d’échos aux Etats-Unis. D’abord les Américains ont été plus directement touchés par les crimes de Ben Laden que les Européens. Ensuite ils adhèrent spontanément à l’idée que si «justice a été faite», il s’agit d’une justice transcendant les règles procédurières. A cet égard, le commentaire de Maureen Dowd, une chroniqueuse volontiers iconoclaste du New York Times, est significatif:
«Avoir tué le diable ne nous rend pas mauvais. Nous nous sentons de nouveau américains – intelligents et forts et capables de dénicher nos ennemis et de les frapper… Moralement et tactiquement, l’opération représente la quintessence du contreterrorisme. Nous n’avons aucune raison de nous excuser.»
Cette conscience d’avoir fait le bien en détruisant le mal, célébrée par une journaliste que personne ne peut soupçonner d’être influencée par un manichéisme à la George W. Bush, se double d’une remarque stratégique: cette victoire, dit-elle, a été obtenue sans que les Etats-Unis soient «piégés» dans des opérations militaires terrestres qui coûtent des milliards de dollars.
C’est, si l’on comprend bien, la supériorité d’une opération de police sur une intervention armée. L’exemple de la traque contre Ben Laden pourrait-elle faire école? Avec le mollah Omar, le chef des talibans, contre lesquels les Etats-Unis et leurs alliés dont la France, mènent depuis près de dix ans, une guerre sans que personne n’en connaisse l’issue?
Une action ciblée «économique»
Ou contre Kadhafi? Une action ciblée contre le guide de la révolution libyenne serait plus «économique» alors que les frappes de la coalition dirigées contre son arsenal militaire ne semblent suffisantes ni pour donner aux insurgés un avantage décisif ni pour le décourager de rester au pouvoir? L’hypothèse est tentante mais il existe plusieurs obstacles à une élimination physique du colonel libyen. Un obstacle technique: il faut savoir avec précision où il se trouve. Avec Ronald Reagan en 1986, les Américains ont essayé en bombardement une de ses demeures. Ils ont échoué.
Des obstacles juridiques: la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui est la base de l’intervention internationale en Libye ne prévoit pas explicitement la destitution, a fortiori l’élimination physique, de Mouammar Kadhafi. Dans une lettre commune, Nicolas Sarkozy, Barack Obama et David Cameron ont donné une interprétation extensive de cette résolution. «Il ne s’agit pas d’évincer Kadhafi par la force mais il est impossible d’imaginer que la Libye ait un avenir avec Kadhafi », écrivaient-ils en annonçant que les opérations de l’OTAN et de ses partenaires se poursuivraient afin que «la pression sur le régime s’accroisse».
Des obstacles politiques: le National Security Act de 1947 qui crée la CIA interdit aux services secrets américains d’assassiner des chefs d’Etat étrangers. Interdiction purement formelle certes, qui a été violée à plusieurs reprises au cours des six dernières décennies. La CIA a essayé d’éliminer Fidel Castro, Patrice Lumumba et quelques autres. Elle a réussi dans les cas de Rafael Trujillo à Saint-Domingue en 1961 et de Ngo Dinh Diem au Sud-Vietnam en 1963.
Zones de non-droit
Mais en 1975, une commission du Congrès présidée par le sénateur démocrate Frank Church a mis à jour les dossiers secrets de la CIA, ironiquement baptisés «les bijoux de famille» et réitéré l’interdiction de 1947. Ce qui n’a pas empêché une décennie plus tard, Ronald Reagan de s’en prendre à Kadhafi mais ce qui a poussé George Bush père à prendre un décret interdisant aux forces armées et aux services secrets américains d’éliminer physiquement des dirigeants étrangers. Une interprétation extensive voulait que ce texte n’interdise pas aux services d’aider à des coups d’Etat conduisant à l’élimination des dirigeants étrangers.
En arrivant au pouvoir en 1992, Bill Clinton a renforcé les interdictions édictées par son prédécesseur. C’est George Bush fils qui les a levées après les attentats du 11 septembre 2001, visant en particulier Ben Laden et autres les dirigeants d’Al-Qaïda.
Barack Obama est sans doute soucieux de restreindre les zones de non-droit, à l’exception des mesures qui lui ont permis de mettre hors d’état de nuire l’ennemi public numéro un de l’Amérique. Kadhafi n’est pas officiellement dans la ligne de mire mais si un drone le trouvait «par hasard»…
Daniel Vernet
Nos articles sur la mort de Ben Laden
Mis à jour le 10/05/2011 à 4h28















































Il faut dire qu'il ne semble pas avoir besoin de dialyse pour ses problemes de reins ...
http://petrole.blog.lemonde.fr/2011/03/22/libye-les-petroliers-occidentaux-a-quitte-ou-double/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Libye#Le_poids_du_p.C3.A9trole
Et dans le marché pétrolier lybien, la production locale importe moins que le transport par oléoducs : ceux déjà existants sont très structurants, et l'instabilité du pays menace les projets qui permettraient d'éviter des points non sécurisés comme le détroit de Bab El-Mandeb, ou de relier Kenya et Ouganda.
Mais qu'est ce que Kadhafi a fait aux américains ou aux membres de l'OTAN? Son problème est avec son peuple comme tous les dirigents arabes avec leurs peuples. Pourquoi avec Kadhafi c'est différent?
Quels sont les raisons?
Le problème se trouve au niveau de la raison du plus fort et des intérêts des uns et des autres, c'est tout.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouammar_Kadhafi#Attentats_et_liens_avec_le_terrorisme
Car s'il n'est pas question de restaurer le personnage dans une dignité imméritée, il serait bon un jour de cesser de prendre quoi que ce soit pour évident. Et pour commencer par le début : le renversement de Kadhafi.
Parce qu'il est un salaud notoire, une brute pratiquante et que bien d'autres défaut pourraient s'ajouter à la liste, la nécessité de renverser Kadhafi est toujours présenter comme une évidence.
Pourtant, si les experts autosatisfaits qui monopolisent certains média se gargarisent volontiers de leur connaissance fine du système tribal sur lequel ils asseyent d'eux-mêmes l'histoire de la Libye dès l'époque des derniers Pharaons, personne ne semble presser d'en tirer les conséquences sur ce que porte le projet d'intervention en Libye.
Renverser Kadhafi, c'est donc exiger de ce système tribal qu'il formule un nouveau consensus, donne sa confiance à un nouvel homme. Et les schémas simplistes qui voudraient opposer les bons libertaires aux méchants islamistes, prennent soin d'oublier les kadhafistes sans doute peux nombreux (mais l'honnêteté devrait nous amener au-delà de la supposition en nous faisant admettre que nous n'en savons en réalité rien du tout) mais de toute façon auréolée d'une nébuleuse de clans pour lesquels Kadhafi représentait la solution de facilité du consensus mou.
Petite parenthèse : D'être le produit de ce consensus mou menacé par des libertaires, par des extrémistes religieux, par des totalitariste, le rapproche en fait pas mal des présidents de notre république, Gaulle compris, et plus encore de ceux de la 3ème république française. Tout salopard qu'il soit, Kadhafi tient plus de Bonaparte que de Hitler, et il a certainement envoyé moins de monde à la boucherie.
Bref, ce système tribal qui est le siège incontestable du pouvoir et de la légitimité lybiens, ne mourra pas avec Kadhafi et c'est peut être tant mieux car il fait partie de l'Histoire libyenne, celle qui s'écrit sans le besoin de l'ingérence de l'occident judeo-chrétien. Le discours actuel est incapable de l'intégrer dans sa propagande et ceci ne peut manquer de traduire l'incapacité des alliés à formuler un vrai projet pour un éventuel "après kadhafi".
Qui plus est cette suppression si elle arrivait, viendrait trop tard pour lancer la compagne de Sarko qui ne peut donc mathématiquement plus faire comme Obama avec Ben Laden.
La bonne nouvelle c'est que cette intervention permettra tout de même de sécuriser un minimum les autoroutes pétrolières qui marbrent le pays et ainsi de sécuriser un minimum l'envolée des prix. On ne peut pas tuer Kadhafi comme Ben Laden, mais on peut laisser pourrir la Libye comme le golf du mexique.
ceux qui opposent une caricature de Lybie oppressée au mensonge d'une France libre, devrait se mettre à la place de Lybiens qui constate que pèle-mêle : - la vie politique française contemporaine est ponctuée de "suicides" pour le moins troubles, survenus dans des contextes affairistes (de Bérégovoye à Jean-CLaude Merri); - que lesdites affaires ne reçoivent qu'une parodie de justice dans laquelle la soi-disante dignité nationale se conjugue plus que bien avec les intérêts personnels des inquiétés et permet la persistance d'un système solidement ancré dans un trafic d'influence (pénalement répréhensible) habillé en simple "conflit d'intérêt" (seulement passible de sanction à caractère disciplinaire) ; - que des hommes politiques de premier plan comme Monsieur Copé ne cachent pas leur souci de "dépénaliser" le mensonge et la crapulerie en militant pour des amendements aux lois qui les combattent ; - que le président de la république française a toujours pu et peut encore disposer du personnel des grands média selon son bon vouloir et fixe lui-même le curseur pu politiquement incorrect en faisant limoger ceux qui vont trop loin à son goût ; - que le peu d'information dont disposent les français est filtré puis relayé par des journaux qui, pour beaucoup, sont détenus par des holdings ayant des intérêts considérables dans l'armement et la guerre ; - que les tyrans intolérables d'aujourd'hui sont les amis et clients d'hier, que leur respectabilité s'apprécie bien plus en pétro-dollars qu'en massacres ou en asiles politiques.
Faute de comprendre cela, les mêmes qui soutiennent la guerre en Lybie au nom d'une prétendue objectivité des droits de l'homme tels que proclamés par les grandes puissances occidentales pourront continuer à chercher les causes de la monté de l'extrémisme politique français dans le discours du parti politique de masse qui leur déplait (PS ou UMP c'est selon ...), dans le chômage etc.
Pendant ce temps là on pourra toujours brûler Guy Foxes
On va encore me dire que les circonstances étaient telles qu'on ne pouvait faire autrement que de le tuer. Mouais. Il est inutile de s'en réjouir, c'est cela qui me tue.