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Severiano Ballesteros, la mort du tigre européen

Yannick Cochennec, mis à jour le 07.05.2011 à 21 h 22

L'Espagnol, légende du golf européen, est décédé à l'âge de 54 ans.

Colin Montgomerie et Severiano Ballesteros en 2002. REUTERS/Paul McErlane

Colin Montgomerie et Severiano Ballesteros en 2002. REUTERS/Paul McErlane

En disparaissant à 54 ans des conséquences d’une tumeur au cerveau, Severiano Ballesteros laisse orphelin le golf européen dont il aura été le plus fier étendard à travers notamment ses participations passionnées à la Ryder Cup, ce match opposant le Vieux Continent et l’Europe tous les deux ans et devenu, en grande partie grâce à lui, l’événement le plus populaire et le plus planétaire de cette discipline.

Avec son décès prématuré, l’Espagnol laisse aussi choir l’amateur de golf du dimanche de plus de 40 ans pour qui il aura été, en grande partie, LA raison de jouer et de suivre un sport qui, jusqu’à son apparition au sommet, paraissait lointain et exclusif à beaucoup.

Je crois faire partie de ses disciples-là, entrés un peu en religion en 1984, lorsque je le vis triompher au British Open dans une joie aussi démonstrative que communicative qui brisait la glace de la retenue habituelle des vainqueurs. Le golf, cela pouvait donc être cela aussi.

Surnommé le matador, Ballesteros, dont le talent explosa à la face du monde en 1976 lorsqu’il termina 2e du British Open à seulement 19 ans après avoir fait la course en tête pendant trois tours, a donné de la vie à un sport qui en manquait tant grâce à une personnalité charismatique, un caractère bouillonnant et un jeu spectaculaire rendu célèbre pour ses sauvetages hors du commun.

Car dans les pires situations, il était souvent le meilleur. Capable d’égarer un coup de départ dans les roughs épais des links britanniques, il en émergeait souvent au terme d’un exploit comme celui qui marqua sa première victoire au British Open en 1979, année où il devint, à 22 ans, le plus jeune vainqueur de l’histoire moderne. Cette année-là, sur le trou du n°16, Ballesteros perdit sa balle sur un parking de la BBC, mais trouva le moyen de signer un birdie magique qui le propulsa vers le premier de ses cinq titres majeurs (trois British Open, deux Masters), remportés entre 1979 et 1988.

Sa carrière est pleine de ces retournements de situation devenus sa signature grâce à son jeu chaotique si «proche» des tourments de celui des amateurs. Et c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles il a séduit et attiré les profanes parce qu’avec lui, tout pouvait arriver sur le parcours: le meilleur comme le pire, du pire venant souvent le meilleur, à l’image de Tiger Woods, également précoce, qui est peu son héritier pour avoir su électriser les foules en leur donnant ce pour quoi elles étaient là: du spectacle! En fait, Ballesteros fut le premier tigre avant le second. «Seve était le golf en dehors de l’Amérique, a souligné Ernie Els, le champion sud-africain. Quel que soit l’endroit où il jouait dans le monde, sa partie était toujours la plus attendue et la plus suivie. Comme Tiger aujourd’hui. »

L’un des raisons pour lesquelles on aima tant Severiano Ballesteros de ce côté de l’Atlantique tint aussi à son refus de se plier au diktat américain et à son circuit, le PGA Tour, qu’il snoba volontairement pour le plus grand succès du circuit européen qui a pu se développer grâce à lui et à son implication sans relâche. Sur son compte twitter, Lee Westwood, l’actuel n°1 mondial, lui a rendu grâce ce samedi 7 mai par ce résumé très court, mais très juste: «Seve a fait ce que ce que le golf européen est devenu aujourd’hui.» Le golf européen qui écrase le classement mondial ces temps-ci grâce à Westwood, Martin Kaymer, Graeme McDowell, Rory McIlroy et Paul Casey, tous classés parmi les huit meilleurs actuellement.

L’Europe ! L’Europe ! L’Europe ! Voilà la cause qu’aura si bien servie Ballesteros notamment par le biais de la Ryder Cup en tant que joueur lorsqu’il permit notamment au Vieux Continent d’aller vaincre les Etats-Unis pour la première fois sur ses terres dans l’Ohio en 1987, mais aussi en tant que capitaine en 1997 quand la compétition se tint pour la première fois en Europe, en dehors des Iles Britanniques. Les Américains n’ont pas oublié leur défaite de Valderrama, en Espagne, où le diabolique Severiano, chez lui, leur botta les fesses comme il adorait tellement le faire, notamment lorsqu’il jouait au côté de son compatriote Jose-Maria Olazabal, qui marcha dans ses traces en triomphant deux fois au Masters.

Cette Ryder Cup fut l’une de ses dernières préoccupations avant de mourir dans la peau du parrain de la candidature de Madrid pour l’organisation de l’édition 2018. La décision finale, qui concerne la France en lice pour la première fois, sera connue le 17 mai. Au fond, les Français, qui désirent tant accueillir cet événement, n’auront pas trop de regrets à avoir si c’est l’Espagne qui finit par triompher peut-être grâce à l’émotion ressentie par la mort de Ballesteros.

Yannick Cochennec

 

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