France

La Porsche de DSK, grande répétition pour 2012

Vincent Glad, mis à jour le 09.05.2011 à 10 h 19

Dominique Strauss-Kahn a essuyé les plâtres du premier buzz foireux de la campagne présidentielle. Il devrait y en avoir beaucoup d'autres.

Sur le perron de l'Elysée, en novembre 2010. REUTERS/Philippe Wojazer

Sur le perron de l'Elysée, en novembre 2010. REUTERS/Philippe Wojazer

L'affaire de la Porsche de DSK a fait «pschitt». La Porsche Panamera, dans laquelle on voit monter Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair dans une photo publiée dans Le Parisien mardi 3 mai, n'est pas la sienne, mais celle d'un de ses proches, Ramzi Khiroun, porte-parole du groupe Lagardère.

Mais peu importe, l'image restera dans les mémoires, le jeu de mots aussi («DSK, la Porsche tranquille»déjà 4.000 résultats sur Google), un premier couac de communication chez le présidentiable réputé le plus pro en la matière. La Porsche est désormais le principal sujet de préoccupation des internautes au sujet de DSK, dépassant même l'indépassable "juif", requête la plus courante au sujet des politiques.

La Porsche de DSK est le premier buzz foireux de la présidentielle 2012, le premier d'une longue série. Pierre Moscovici, lieutenant de DSK, a dénoncé le début d'une «campagne de boules puantes». De quoi en tirer quelques leçons pour la campagne numérique à venir.

1/ Le web a bon dos

Quand un sujet n'est pas jugé immédiatement légitime pour les médias, il suffit maintenant d'une mention «le web s'emballe» ou «le net s'enflamme» pour justifier d'en parler. Une formule magique qui permet de rejeter la responsabilité de la circulation de l'information sur les internautes. C'est pas de notre faute, c'est de la faute du web, aucune dignité journalistique n'a été maltraitée durant ce buzz.

Sur LePost.fr.

Sur France Inter.

Ou dans Le Monde.

En réalité, la Porsche de DSK n'a pas tant que ça enflammé le web, mais elle a enflammé les médias. Seul Twitter a été touché par le buzz, avec pratiquement un tweet par minute depuis quelques jours. Du côté de la blogosphère, peu de mouvement, à part sur les blogs pro-Ségolène Royal. Sur Facebook, YouTube et Dailymotion, aucune trace d'agitation. Comme d'habitude, Twitter a joué son rôle de miroir déformant, en donnant aux nombreux journalistes qui y sont présents l'impression d'un emballement du web, alors que le buzz était circonscrit à la plateforme.

Le circuit médiatique est désormais bien connu, la grande lessiveuse à «boules puantes» pour cleaner un sujet:
1. Buzz sur Twitter
2. Article "Le web s'enflamme" sur LePost.fr
3. Question à un politique en radio ou en télé "Le web s'enflamme pour cette photo, vous en pensez quoi?"
4. Réaction polémique du politique
5. Dépêche AFP reprenant la réaction du politique
6. Sujet devenu légitime pour tous les médias

2/ Les politiques prêts pour le tweet-clash

De plus en plus de politiques de premier plan s'occupent eux-même de leur compte Twitter, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, Benoît Hamon, Valérie Pécresse ou Cécile Duflot. Une communication plus directe qui permet à l'occasion de lâcher une petite bombe sur un ton facétieux. Alors que les médias commençaient tout juste à reprendre l'affaire, Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout La République et Eric Besson, ministre de l'Industrie, avaient déjà dégainé mardi soir.

On voit avec le tweet d'Eric Besson tout l'intérêt de l'outil: même pas besoin d'un journaliste pour poser la question. Il suffit d'un internaute complaisant qui vous interpelle et on peut lâcher en réponse un «No comment» permettant de diffuser la photo sans se salir les mains. "Fierdefrance" est de toute évidence un proche (ou au moins un fan hardcore) d'Eric Besson, son Twitter étant entièrement consacré à son idole à l'actualité pourtant peu palpitante. Interrogé sur la question, Besson prétend ne pas le connaître.

3/ Les blogs marginalisés au profit de Twitter

La campagne numérique 2007 s'était jouée sur Dailymotion et sur les blogs. En 2012, les vidéos devraient garder leur prééminence mais les blogs risquent bien de s'effacer au profit de Twitter. La photo de la Porsche de DSK est certes sortie sur un blog, celui du communiquant classé à droite Emery Doligé, mais toute sa diffusion s'est faite sur Twitter où elle a été immédiatement reprise, touchant directement les journalistes, très présents sur la plateforme.

La blogosphère a été peu présente dans le processus. La politique sur Internet s'apparente de plus en plus à un Petit Journal de Yann Barthès 24/24h où les mini-buzz s'enchaînent à grande vitesse, où le «fail» (bourde) politique devient l'unique monnaie d'échange. Dans ce nouveau paysage, les blogs sont dépassés et tendent à devenir une extension de Twitter, un tweet de plus de 140 signes. En politique, Twitter n'est plus vraiment un outil de micro-blogging, ce sont les blogs qui deviennent un outil de macro-tweeting.

On peut aussi s'attendre à une importance accrue des pages Facebook en 2012, qui ont joué un grand rôle dans les révolutions arabes et... dans la traque de Xavier de Ligonnès mais qui restent encore peu utilisées pour suivre la politique en France.

4/ Les primaires ne seront pas une partie de plaisir, la Ségosphère bouge encore

Quelques membres du PS ont lâché des remarques acides dans les médias au sujet de la photo de la DSK, dans un climat qui se tend à l'approche des primaires. «Après la gauche caviar, la gauche Porsche!», a déclaré au Parisien un député proche de Benoît Hamon, tandis que Bruno Le Roux, lieutenant de François Hollande, rappelait perfidement que «François roule en deux-roues dans Paris…».

Sur Internet, des partisans de Ségolène Royal se sont vite emparés de la photo. Sur les 12 premiers tweets qui reprennent la photo sortie par Emery Doligé, au milieu des sympathisants de droite, on retrouve 4 partisans de Ségolène Royal. Avec parfois des remarques très dures.

Les blogs pro-Ségo se sont aussi lâchés: ici, ici, ici ou ici. Si Ségolène Royal a disparu des radars médiatiques, ses soutiens sur Internet restent très actifs, notamment sur les blogs où ils effectuent une méthodique revue de web. Ce qui pourrait causer quelques soucis à DSK pendant la campagne des primaires.

5/ Les «boules puantes» attendent dans «l'armoire»

Le premier buzz foireux de la campagne a réveillé ceux qui attendent avec impatience de déployer leurs cabinets noirs numériques. En témoigne cet aveu sur Twitter de Tristan Maupoil, jeune militant UMP, membre de GénérationFrance.fr, le club de réflexion de Jean-François Copé.

 

Ne reste plus qu'à créer une armée de faux comptes Twitter et de lancer un buzz factice en inondant le réseau de «boules puantes». En espérant que les médias remarquent que le «web s'enflamme».

Vincent Glad

Edit 9/05: un membre de la rédaction du Post.fr relève, à raison, que je «prête trop d'influence à ce site en perte de vitesse.» En effet, LePost.fr n'a joué aucun rôle dans le buzz DSK. Le schéma en 6 points du circuit médiatique se veut générique, s'appliquant aux buzz en général. On peut tout aussi bien remplacer le point 2 par "Article "Le web s'enflamme" sur lexpress.fr" ou "Article "Le web s'enflamme" sur 20minutes.fr".

Vincent Glad
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