Dominique Strauss-Kahn en Porsche? Tant mieux!

Porsche Panamera REUTERS

Porsche Panamera REUTERS

On imagine mal le chef de l'Etat d'un grand pays ou même le prétendant à la fonction circuler dans une vieille guimbarde. Pompidou adorait les Porsche et les SM. De Gaulle ne pouvait se passer de sa DS. Même les dirigeants de feu l'URSS avaient leurs monstrueuses ZIL.

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On pressentait que la campagne anti-DSK serait sanglante et, en effet, les hostilités démarrent sur les chapeaux de roues. Le candidat virtuel du PS à la présidentielle de 2012 vient ainsi d’être condamné  (par contumace) pour social-traîtrise au dernier degré par un hallucinant tribunal populaire digne des meilleurs procès staliniens…

C’est bien simple, le juge Daniel Mermet, qui avait déjà passé sentence de la même manière contre Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, Bernard Kouchner et Bernard Henry-Lévy, ne lui trouve pas la moindre circonstance atténuante. Il est d’ailleurs heureux que le radiophonique magistrat ne soit pas partisan du châtiment suprême: la guillotine modèle gauche radicale aurait rendu les primaires socialistes qui s’annoncent bien moins excitantes.

Mais voici qu’une photo circule désormais sur le Web montrant l’affreux directeur du FMI avec une Porsche Panamera ―la très grosse berline à 78.000 euros sans autoradio de l’illustre constructeur allemand. Oui, une Porsche!

Bon, il n’est pas vraiment dans la voiture, le bougre. Et elle n’est d’ailleurs même pas à lui mais à un ami qui voulait lui éviter un taxi… Bah, on ne va pas s’arrêter à ce détail mineur. DSK à côté d’une Porsche dans une rue d’un quartier chic, la cause est entendue: ce type est un affameur de petits enfants et ne respecte rien ni personne! Tiens, il est dommage que cette pièce majeure n’ait pas pu être versée au dossier compilé par le juge Mermet, il aurait pu le faire condamner deux fois.

Président, un métier monté sur roues

Elle est curieuse, pour autant, cette attaque motorisée. Non, franchement, le coup de la Porsche, on ne s’y attendait guère et l’on croyait naïvement que le coup du lapin serait privilégié contre un homme dont on raconte qu’il n’a pas sa langue dans sa poche (oui, j’utilise volontairement une métaphore pour une autre, on ne fait pas dans la plaisanterie trop en-dessous de la ceinture chez Slate).

Car enfin, s’il y a un truc qui fait présidentiel, c’est bien la belle bagnole! Et l’on imagine mal que le chef de l’Etat, ou même le simple prétendant à la fonction, au pays où l’automobile a été inventée, ne circule pas dans un véhicule un chouïa prestigieux... La Porsche, chacun sait ça, c’était même la marque de prédilection de Georges Pompidou ―que ça n’empêchait pas d’apprécier la soupe de légumes et la poésie.

Bon, il avait aussi un faible pour les SM, mais on n’en parle moins parce que son épouse a été faussement associée à une sombre affaire de parties fines.

De Gaulle lui-même, dont on rappelle fréquemment qu’il ne se faisait jamais rembourser ses notes de frais par l’Elysée par respect du déficit public, était le roi de la DS, laquelle n’était pas exactement la toto de l’OS moyen à l’époque de son règne. Une DS lui ayant d’ailleurs sauvé la vie un jour qu’un quarteron de barbouzes de l’OAS s’était avisé de le canarder à la mitraillette...

Il faut dire que le chef des conjurés, Jean-Marie Bastien-Thiry, accusait le Général d’être un «cryptocommuniste»… Hum, il devait confondre la DS 19 avec une Quatre-chevaux.

Capitalistes, communistes: du pareil au même

De fait, et n’en déplaise aux amateurs d’Etat modeste, même les leaders soviétiques avaient un faible pour les grosses mécaniques et, quand le «tovaritch» de base se traînait en Lada rafistolée, c’est en Zil ―un vilain tank aux allures de Cadillac revisitée par un cousin du designer du Spoutnik― que se trimbalaient les Brejnev et autres Khrouchtchev dans les larges avenues de Moscou.

Et les voitures et les présidents, c’est à ce point une histoire d’amour qu’un ancien trader, Olivier Delafon, en a fait la passion d’une vie, parcourant le monde pour les racheter et en meubler son château-musée de Montjalin (Yonne). Même la Lincoln Continental décapotable dans laquelle Kennedy a été assassiné s’y trouve! Enfin, pourrait bien s’y trouver puisqu’il en existe au moins trois ou quatre dans le monde, de ces autos historiques…

Pour lui, la Porsche Panamera de DSK, c’est même un peu petit-bras. Une Porsche qui n’est même pas à lui, par-dessus le marché… Et surtout, une bête Porsche de série quand le plus grand spécialiste britannique du tuning haut-de-gamme en customise de splendides pour à peine deux fois le prix constructeur et s’appelle ―c’est comme ça on n’y peut rien― Project Kahn!

Camarade DSK, si tu veux vraiment «faire président», il te reste encore pas mal de route à faire. Alors autant que ce soit dans une bagnole qui vaille de se faire insulter par les hypocrites et les démagos.

Hugues Serraf

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