France

Mon CNN à moi

Giuseppe de Martino, mis à jour le 06.05.2011 à 9 h 17

Vous avez devant vous un membre du tout nouveau Conseil national numérique. Un membre honoré et plutôt optimiste.

Nicolas Sarkozy lors de l'inauguration du CNN. REUTERS/Thibault Camus/Pool

Nicolas Sarkozy lors de l'inauguration du CNN. REUTERS/Thibault Camus/Pool

Comme je l’ai souvent écrit ici, j’interviens sur Slate.fr à titre strictement personnel, je n’engage pas les différentes associations où je sévis ni la formidable entreprise qui me fait vivre.

Cela ne va pas changer avec ma nomination au Conseil national du numérique ou «CNN» ou «Cihènehène» comme le prononcent de bien augustes personnes.

Bon le CNN (pour faire vite), c’est quoi? Et pourquoi j’y suis, d’ailleurs?

Le CNN est une commission administrative à caractère consultatif voulue par le gouvernement français pour éclairer le débat public dans le domaine du numérique.

Bon j’ai dit et écrit régulièrement dont ici que dans la Silicon Valley il n’y avait pas beaucoup de CNN mais depuis le temps que nous, gens du web/internet/numérique, on se roule par terre parce qu’on ne nous a pas écoutés avant de pondre des textes inutiles/inadaptés/contreproductifs (ce qui est –heureusement pour eux– moins souvent le cas dans la Silicon Valley), là on ne peut que se réjouir de pouvoir intervenir en amont, donner notre avis et se saisir des dossiers en devançant des besoins pas encore identifiés.

En effet quand Pierre Kosciusko-Morizet a été chargé d’établir un rapport [PDF] sur ce que devait être le CNN, un certain nombre d’objectifs a été défini:

  • Le CNN devra être consulté par le Gouvernement sur tout projet de texte relatif au secteur du numérique.
  • Il doit être une courroie de transmission entre les pouvoirs publics et les acteurs de l’économie numérique.
  • Il devra consulter en permanence les acteurs de l’économie numérique en permettant à ceux-ci d’adresser leurs doléances ou recommandations.
  • Il devra adresser ses recommandations aux divers pouvoirs publics, Premier ministre et Parlement, sous forme de propositions.
  • Il fera chaque année le point sur le suivi –ou l’absence de suivi– de ses propositions par les pouvoirs publics.

Donc, lorsque on m’a proposé de rejoindre cette «commission administrative à caractère consultatif», je n’ai pas hésité un seul instant: que du bonheur!

Enfin l’occasion de se saisir et d’être saisi des enjeux numériques sans avoir à faire des ronds de jambe, sans avoir à passer de la brosse à reluire à l’assistante du sénateur de Corrèze qui a droit de vie ou de mort sur tel ou tel texte crucial, et sans avoir à écouter les élucubrations à hurler de rire d’une parlementaire du Sud-Est qui confond moteur de recherche et système d’exploitation (vous aussi? Mais elle, elle donne son avis, pire: elle vote les textes…).

Enfin l’opportunité de pouvoir donner immédiatement son point de vue, sans attendre des textes mal fagotés ou dangereux.

Pour le président de la République qui a voulu le CNN –alors que, euh, le numérique c’était peut-être pas son truc, mais je ne le connais pas bien, hein–, il s’agit d’organiser un dialogue constructif et positif entre les sachants de l’Internet (la première fois où on m’a appelé «pécu», j’ai eu du mal à saisir qu’on évoquait le fait que j’étais une «personnalité qualifiée») et les dirigeants politiques et les autorités administratives, bref entre deux mondes qui ne se fréquentent pas forcément naturellement et qui donc ne se comprennent pas.

Je suis ainsi parmi les 18 membres, très honoré, je dois gagner beaucoup moins d’argent que l’immense majorité des 17 autres membres, mais peut-être à peu près pareil que le président de la République donc ce n’est pas le point, il y a un enthousiasme de collégiens entre nous et du haut de nos chameaux, on n’entend pas vraiment les nombreux chiens qui aboient quand notre caravane passe (on vient de quitter le bivouac du départ, on ne va pas à un train d’enfer donc on vous préviendra quand on atteindra la prochaine oasis).

Vous l’avez compris, pas mal de critiques pour le moment mais surtout –et c’est marrant– de ceux qui sont déçus de ne pas y être et qui considèrent que sans eux au CNN, on n’arrivera à rien. Mais bien sûr.

En tous cas, je ne vous dirai rien sur ce qu’on se dit entre nous car «les membres du Conseil national du numérique sont tenus à une obligation de réserve et de confidentialité sur les débats auxquels ils participent et sur les informations auxquelles ils ont accès dans ce cadre» d’après le décret instituant le CNN.

Si un truc: à titre perso j’estime –et je ne suis pas le seul– que la mission du CNN doit être de mettre l'expertise des acteurs de l'économie numérique à la disposition des politiques et des citoyens en faisant de la PÉDAGOGIE auprès de ses interlocuteurs tout en respectant les principes qui ont forgé l’internet et la neutralité des réseaux (rappelez-vous une vieille chronique ici): transparence et non discrimination.

Les entrepreneurs ou représentants d’entreprises qui composent le CNN ont tous pour unique mission, dans leurs rôles quotidiens, d’apporter le meilleur service numérique possible aux internautes. Le CNN ne peut donc, de facto, que se préoccuper des intérêts des internautes.

Vous êtes un peu déçus? Vous vous attendiez à des sorties cash comme j’ai pu en faire ici ou ?

Ben non, laissez le temps au CNN, apportez-lui vos idées et vos contributions et il réussira peut-être ce pari insensé: faire comprendre à tous que le numérique est une véritable chance pour tous. Et notamment pour les Européens, alors que ce sont les géants américains qui aujourd'hui dominent cet univers…

Giuseppe de Martino

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