Monde

Obama et l'effet Ben Laden

John Dickerson, mis à jour le 06.05.2011 à 9 h 29

Depuis la mort du chef d'al-Qaida, la cote de popularité du président américain est en hausse… sauf sur le front économique.

Un homme portant un t-shirt Obama avec la date de la mort de Ben Laden, le 5 mai 2011 sur le site du World Trade Center. REUTERS/Mike Segar

Un homme portant un t-shirt Obama avec la date de la mort de Ben Laden, le 5 mai 2011 sur le site du World Trade Center. REUTERS/Mike Segar

L’opération menée par une unité d’élite américaine, au cours de laquelle Oussama ben Laden a été tué, a fait remonter le président Obama dans les sondages. La cote de popularité d’Obama, publiée le 4 mai et mesurée pour CBS News et le New York Times, a grimpé de 11 points par rapport au mois précédent! Selon le sondage Washington Post/Pew Research Center dont, les résultats ont été connus le mardi 3 mai, au lendemain de l’annonce par Obama de la mort de Ben Laden, sa popularité a gagné 9 points [PDF].

Au vu de ces chiffres, une chose saute aux yeux. Certes, l’action d’Obama bénéficie d’un plus grand soutien. Mais sur les questions économiques –si essentielles–, sa cote de popularité ne s’améliore guère. Et si Obama ordonnait maintenant une opération des services spéciaux pour faire baisser le prix de l’essence?

Quand les gens sont satisfaits d’un président, leur bienveillance générale peut les amener à mieux considérer l’action du président dans d’autres domaines non liés à l’événement majeur qui vient de se produire.

Ainsi, quand Saddam Hussein fut capturé, en décembre 2003, George W. Bush a lui aussi vu sa cote de popularité augmenter. En outre, les Américains ont exprimé des opinions favorables sur sa gestion de l’économie. Dans un sondage de CBS News, Bush a gagné 5 points d’opinions favorables sur l’économie, atteignant un score de 49% (ces chiffres ont ensuite fortement baissé).

En ce qui concerne Barack Obama et sa politique économique, les opinions positives exprimées sont stables, voire en baisse. L’analyse des chiffres du sondage publié par le Washington Post montre que les opinions concernant l’action économique d’Obama sont inchangées par rapport au précédent sondage (fin avril): seulement 40% d’opinions favorables. Dans le sondage de CBS, seulement 34% du pays approuve la politique économique d’Obama; c’est une baisse par rapport aux 38% d’il y a une semaine à peine. C’est aussi le faible résultat du président Obama depuis son arrivée à la Maison Blanche.

La conjoncture y est pour beaucoup

George W. Bush a bénéficié d’un tout autre climat économique. En décembre 2004, même si les Américains étaient préoccupés par la situation économique de leur pays, leur moral remontait. Les Etats-Unis s’en sortaient bien, selon 55% des Américains (une hausse de 5 points de pourcentage par rapport au mois précédent et de 10 points depuis l’été 2004).

Tandis qu’aujourd’hui, les gens sont très inquiets. Un sondage réalisé le 21 avril pour CBS nous apprend que la part d’Américains estimant que l’économie va de plus en plus mal a augmenté de 13 points. Dans ce sondage, 80% des personnes interrogées ont répondu que la situation économique était «plutôt mauvaise» ou «très mauvaise». Les prix à la pompe –qui contribuent largement à ce mécontentement, jugent les conseillers de la Maison Blanche– ont bondi de pas moins de 37% ces 12 derniers mois.

En 2012, à l’heure d’une possible réélection d’Obama, le sentiment des Américains à propos du président et de sa gestion des dossiers économiques sera crucial. De nombreux observateurs rappellent que George H. W. Bush (père) avait vu sa cote de popularité s’effondrer entre la fin de la guerre du Golfe, où il bénéficiait de 89% d’opinions favorables, et la période pré-électorale, ce chiffre étant retombé en dessous de 40%.

Obama reste bien placé

Point positif toutefois pour Obama et ses partisans: malgré cette stagnation ou cette baisse sondagière dans le domaine économique, les Américains font plus confiance à Obama qu’aux leaders républicains pour redresser la situation.

Selon un récent sondage Gallup, à la question: «Quel degré de confiance accordez-vous à [Obama] pour prendre ou recommander les actions nécessaires pour redresser l’économie (…)?», 50% des Américains se sont dit «tout à fait/très confiants», ce qui représente une baisse de 4 points par rapport à l’an dernier (54%) et de 21 points par rapport à 2009 (71%). Des chiffres qui restent tout de même supérieurs aux 44% de sondés qui accordent une grande confiance aux républicains du Congrès.

Si les républicains veulent transformer Obama en Bush père [autrement dit, réduire son mandat présidentiel à un seul, NDT], il leur faudra trouver un candidat qui sache tirer profit de la morosité économique comme a su le faire Bill Clinton. Tous y travaillent… sans succès –jusqu’ici, du moins.

En objet d’un e-mail diffusé par le républicain Newt Gingrich à ses militants, on peut lire: «Job Creation Must Be Job One» («Employons-nous avant tout à créer des emplois»). De son côté, Mitt Romney [candidat républicain aux primaires en 2008 face à McCain, NDLE], en campagne dans le New Hampshire, a souligné que le sujet principal et permanent qui doit motiver le choix du prochain président est l’économie. Pourtant, ni l’un ni l’autre ne semblent vraiment progresser dans cette course à la Maison Blanche.

Des bénéfices durables

On peut être à peu près sûr que la popularité d’Obama va chuter ces 18 prochains mois. Toutefois, l’opération ayant abouti à la mort de Ben Laden devrait apporter des bénéfices politiques durables au président américain. Les républicains auront beaucoup plus de mal à taxer Obama de mollesse face à la menace terroriste ou, plus généralement quand il s’agit de protéger les intérêts de l’Amérique. (Ces accusations émanant des opposants d’Obama avaient porté quelques fruits: le mois dernier, un sondage Gallup indiquait que seuls 52% des Américains considéraient le président américain comme un «grand décideur» –le score le plus faible depuis le début de son mandat.)

La semaine passée, dans le cadre de la campagne présidentielle de Barack Obama, un e-mail a été envoyé à ses partisans. Il était intitulé «Big Things» («De grandes choses»). La teneur essentielle du message: le président Obama a relevé les défis politiques mieux que ses prédécesseurs.

Ce courrier électronique date d’avant la mort de Ben Laden, mais à le relire aujourd’hui, les militants d’Obama se rappelleront peut-être que Bill Clinton avait déjà tenté de «prendre» le chef d’al-Qaida. Sans parler de George Bush. Or, comme on le sait, Ben Laden est resté caché pendant 10 ans après le 11-Septembre.

C’est à force de persévérance qu’Obama a réussi là où ses prédécesseurs ont échoué. Si le président américain parvient à adresser un message semblable au pays en ce qui concerne l’économie, les Américains seront peut-être davantage satisfaits de son action économique.

John Dickerson

Traduit par Micha Cziffra

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