France

Pour une candidature socialiste au cœur de la gauche

Johann Cesa et Julien Guérin , mis à jour le 05.05.2011 à 12 h 21

Si Martine Aubry n'y va pas, qui de plus légitime qu'un représentant de la Gauche socialiste pour porter les espoirs de toute la gauche à la présidentielle? Par Johann Cesa, membre du bureau national du MJS, et Julien Guérin co-fondateur de l'Offensive Socialiste.

Benoît Hamon, en 2008. Il est l'un des représentants de la gauche du PS, avec notamment Henri Emmanuelli ou Marie-Noëlle Lienneman. REUTERS/Charles Platiau

Benoît Hamon, en 2008. Il est l'un des représentants de la gauche du PS, avec notamment Henri Emmanuelli ou Marie-Noëlle Lienneman. REUTERS/Charles Platiau

«La majorité politique des Français démocratiquement exprimée vient de s’identifier à sa majorité sociale.» Ainsi parlait François Mitterrand le 21 mai 1981.

Trente plus tard, cette phrase reste plus actuelle que jamais. Les salariés représentent près de 92% de la population active dans notre pays et la moitié d’entre eux gagne moins de 1.500 euros par mois. Voilà la base sociale naturelle de la gauche!

Nous devons marteler cette idée: la France est de gauche! La droite ne parvient à l’emporter qu’en instrumentalisant des discours pseudos-sociaux, en trompant des milliers de salariés sur le thème «travailler plus pour gagner plus» ou en détournant la colère populaire vers l’abstention et le vote FN.

Depuis 2002, et plus encore depuis 2007, la droite a poursuivi un objectif central: spolier le salariat pour servir les intérêts du CAC 40 et de la bande du Fouquet’s. Démantèlement des 35 heures et de la Sécu, fin de la retraite à 60 ans, stagnation salariale et hausse du chômage, cadeaux fiscaux aux riches et aux banques, stigmatisation des immigrés, destruction du code du travail, de l’école et de la santé publiques, atteinte répétée à la laïcité, fuite en avant vers une Europe du capital... Faire payer la crise du capitalisme au monde du travail et à la jeunesse a été leur but constant.

DSK et Hollande, candidats de la dette

Face à cette politique de classe, le mouvement social n’est pas resté inerte ces dernières années. De nombreuses entreprises ont connu des grèves victorieuses sur les salaires. La lutte héroïque des travailleurs des DOM-TOM en 2009, ainsi que la résistance acharnée contre les licenciements boursiers et les suppressions de postes dans la fonction publique ont montré l’étendue de la colère sociale qui existe contre cette politique. La poussée vers la grève générale en octobre 2010 lors du conflit sur les retraites a même été à deux doigts de tout emporter sur son passage. En difficulté dans la rue, la droite l’a aussi été dans les urnes où elle a été balayée lors des municipales de 2008, des régionales de 2010 et des récentes cantonales.

Malgré cette force accumulée, la gauche peine à offrir un cap à tous ceux qui veulent en finir au plus vite avec le sarkozysme. Une évidence s’impose: une course de vitesse est engagée entre le camp progressiste et le FN. Surfant sur la désespérance sociale et le manque d’un débouché politique de gauche à la hauteur de l’enjeu, l’extrême-droite joue son va-tout en retrouvant sa fonction première: retourner la dynamique sociale en faveur des possédants.

Dans ce climat de bipolarisation extrême, c'est le parti majoritaire de notre camp social, le PS, qui est en première ligne. Ou bien il sera le ferment de l'unité supérieure d'une gauche offensive ayant tiré les leçons du 21 avril 2002 et faisant front face aux délinquants de la finance de marché. Ou bien il se résignera à faire accepter aux salariés de ce pays –faute de mieux!– la politique des banquiers et des actionnaires. A ce titre, la désignation du candidat socialiste pour 2012  intéresse au plus haut point la totalité des forces de gauche.

DSK et Hollande sont par excellence les candidats de la dette. Ils ne débutent pas l'une des nombreuses interviews que leur octroie complaisamment la presse aux ordres sans rappeler que les marges de manœuvre seront étroites pour un gouvernement de gauche en raison du déficit, forcément «abyssal», des caisses publiques. Ils ne veulent pas voir que c'est précisément parce que Sarkozy les a siphonnées au profit du privé qu'elles sont désespérément vides! Ils n'ont même pas commencé à faire qu'ils expliquent déjà doctement... qu'ils ne pourront rien faire!

Puisqu'ils refusent de s'attaquer au capital pour doper les recettes, puisqu'ils refusent d'affronter les spéculateurs et autres détenteurs de «notre» dette souveraine, ces candidats se condamnent par avance à annoncer la baisse des dépenses publiques et des budgets sociaux. Autant le dire tout net, leur coupable aveuglement idéologique les contraint à prôner une austérité de «gauche» que l'on a bien du mal à distinguer de celle de Fillon-Lagarde...

Face aux candidats de la dette qui expriment à merveille la pression des spéculateurs et des agences de notation sur notre camp, où peuvent bien se cacher les partisans de la relance et du progrès social?

Aubry, candidate naturelle mais aux silences assourdissants

Il y aurait bien Montebourg qui se positionne à gauche, mais son orientation par trop institutionnelle l'empêche par avance de toucher de larges franges du salariat. Il ne reste donc que Martine Aubry qui, malgré ses hésitations, s'est prononcée pour le programme que formulent à tâtons les travailleurs dans leurs mobilisations: augmentation de salaires, retour à la retraite à 60 ans, baisse du temps de travail et réengagement de l'État dans les services publics.

Martine Aubry avait lancé l'idée d'une «maison commune de la gauche» dès son investiture à la tête du PS. En trois ans, elle a remis le Parti à l'endroit. Elle est, sans conteste, la candidate naturelle du Parti socialiste. Sauf qu'elle tarde à se déclarer et déroule alors le tapis rouge –ou rose– pâle à DSK. Ses silences sont assourdissants, ceux de la gauche du PS étourdissants.

La gauche socialiste, la vraie alternative

Comment le seul courant encore structuré du PS, représentant près d'un quart des militants socialistes, peut-il rester à ce point muet? La gauche du PS a toute sa légitimité dans ce débat. Elle dirige de nombreuses fédérations socialistes et elle fourmille de talents bien connus des Français: Hamon, Emmanuelli, Lienneman, Filoche... La gauche socialiste est également à même de rassembler l'ensemble de notre camp comme l'ont montré ses journées de rentrée de septembre 2010 qui ont vu défiler à la même tribune Besancenot (NPA), Pierre Laurent (PCF), ainsi qu'un représentants du PG, de la GU et des Verts. Si Aubry n'y va pas, il devient urgent et nécessaire pour la gauche du PS de présenter un candidat. Telle est sa responsabilité devant le peuple de gauche.

Ce candidat de la gauche du PS reprendra naturellement le corpus idéologique qui fait toute sa force: défense et approfondissement des 35 heures, retraite à 60 ans sans décote, smic à 1.600 euros tout de suite, pas de revenus supérieurs à 20 fois le smic! Avec des fondations aussi solides, une nouvelle union des gauches est possible.

Un candidat doté d'un tel programme sera à même d'appeler le reste des forces de gauche à se désister à son profit en échange d'une discussion programmatique commune et d'un accord de circonscriptions pour les législatives. Rien de beau, rien de grand ne s'est fait dans ce pays sans l'unité de toute la gauche. Un seul salariat, une seule gauche! Unie et porteuse d’un projet alternatif au libéralisme, la gauche peut tout!

Johann Cesa, membre du bureau national du MJS, et Julien Guérin co-fondateur de l'Offensive Socialiste

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