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Pourquoi les Américains crient «U-S-A»!

Brian Palmer, mis à jour le 04.05.2011 à 9 h 42

De quand date cette coutume? Et, en bonus: pourquoi fument-ils des cigares quand ils sont contents?

Deux Américains célébrent la mort de Ben Laden à Ground Zero, le 2 mai 2011. REUTERS/Eric Thayer

Deux Américains célébrent la mort de Ben Laden à Ground Zero, le 2 mai 2011. REUTERS/Eric Thayer

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Les spectateurs d’un match de baseball Phillies contre Mets se sont mis à scander «U-S-A, U-S-A» à mesure que la nouvelle de la mort d’Oussama ben Laden faisait son chemin dans la foule, dimanche soir. Quand les Américains ont-ils commencé à crier le nom de leur pays pour exprimer leur joie ou leur ferveur patriotique?

Probablement au milieu des années 1970. Une légende circule, selon laquelle ce chant de U-S-A est né lors d’un match de hockey «Miracle on Ice» en 1980, quand l’équipe masculine de l’US Olympic, entièrement formée d’amateurs, a vaincu les puissants Soviets.

Si elle ne manque pas de charme et semble taillée sur mesure pour un scénario hollywoodien, l’histoire est pourtant fausse. Les véritables origines du chant restent nimbées de mystère, mais dès 1975, des articles décrivent des foules de supporters sportifs criant «U-S-A!». Par exemple, cette année-là, lors des championnats de natation de la National Association of Intercollegiate Athletics, la foule a commencé à le scander pour protester contre la participation d’une équipe canadienne qui finit par gagner cet événement essentiellement américain. Lors du tournoi olympique de hockey sur glace de 1976, quatre ans avant le Miracle on Ice, la foule s’est mise à clamer les trois lettres quand les Américains ont vaincu l’équipe finlandaise.

Aucun des récits des années 1970 n’indique que ce chant était révolutionnaire, ou même original, mais il est possible que les journalistes qui travaillaient à l’époque n’aient pas réalisé qu’ils assistaient à la naissance d’un phénomène. Qu’il ait réellement été nouveau ou pas, des preuves indiquent que ce n’était pas à l’époque la façon officielle des Américains de se réjouir.

Des articles de presse de la même période signalent souvent des acclamations patriotiques légèrement différentes. Des garde-côte de l’U.S. Coast Guard qui attendaient d’embarquer lors d’une exposition navale internationale en 1976 chantèrent «U-S-A, U-S-A, we don't mess around, hey!»

En 1970, des cols bleus partisans du président Nixon —qui travaillaient notamment à la construction des nouvelles tours du World Trade Center— organisèrent un rassemblement à Lower Manhattan. Au moment où un pacifiste cracha sur un drapeau américain, les ouvriers du bâtiment se mirent à crier «U-S-A, all the way». Difficile d’imaginer un autre cri que «U-S-A, U-S-A» après un tel incident aujourd’hui.

Si ce chant n’est certainement pas né en 1980, il semble néanmoins avoir décollé après le Miracle on Ice. Une recherche d’archives sur Google News de «chant “USA USA”» ne produit que neuf entrées avant 1980. La même recherche pour la décennie d’après donne 713 entrées.

Les acclamations patriotiques ne sont naturellement pas un phénomène exclusivement américain. Les fans de football anglais, par exemple, doivent savoir se livrer à toute une variété de cris et de chants. Certaines des acclamations ne sont composées que du mot «England», mais en général leur rythme est plus complexe que l’onomatopée U-S-A. Les supporters français braillent «Allez les Bleus!» pour soutenir leur équipe de football. Le Canada colle davantage au modèle américain, les spectateurs hurlant «CA-NA-DA» depuis les gradins lors des matchs de hockey. Ils brament aussi «Go, Canada, Go». En 2009, Pepsi a essayé de faire brailler aux Canucks l’acclamation un tantinet plus sophistiquée de «Eh! O' Canada Go!» dans le cadre d’une campagne marketing, mais apparemment ça n’a pas pris.

Cadeau bonus de l’Explication: pourquoi fumer des cigares?

Les foules à Boston ont sorti les cigares pour célébrer la mort de Ben Laden. Depuis quand associe-t-on les havanes aux célébrations? La coutume existait sans doute avant que les pèlerins ne débarquent. À l’image de l'ovation «U-S-A!», on dispose de peu d’informations sur les origines de l’usage de se griller un cigare pour fêter les événements heureux.

Les tribus indiennes de l’ouest, et surtout du nord-ouest, près du Pacifique, avaient pour habitude de célébrer le «potlatch» —un festival organisé pour une occasion spéciale, lors duquel la famille distribue des cadeaux de valeur à la communauté. Le tabac était l’un des présents offerts lors de ces célébrations, ce qui en incite certains à penser que la tradition de distribuer des cigares pour les occasions heureuses est d’origine amérindienne.

Si les premiers colons européens ont vraiment pris cette habitude chez les Amérindiens, le tabac devait alors être fumé dans une pipe. En effet, les cigares n’ont fait leur apparition aux États-Unis qu’en 1762.

Brian Palmer

Traduit par Bérengère Viennot

Cliquez ici pour voir un diaporama de célébrations de la mort d’Oussama ben Laden réalisé par Slate.com

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