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Al-Qaida est-elle morte avec Ben Laden?

Eric Leser, mis à jour le 03.05.2011 à 16 h 48

La disparition du chef charismatique et l'influence des révolutions arabes pourrait porter un coup non-négligeable à l'organisation terroriste.

Un vendeur de masques de Ben Laden, à Nankin, le 3 mai 2011. REUTERS/Sean Yong

Un vendeur de masques de Ben Laden, à Nankin, le 3 mai 2011. REUTERS/Sean Yong

La prudence des officiels et des spécialistes du terrorisme sur la menace toujours représentée par al-Qaida après la mort de Ben Laden est parfaitement compréhensible. Et rien ne permet de dire qu'il n'y aura pas une vague d'attentats et de tentatives de vengeance de djihadistes un peu partout dans le monde.

Maintenant, nul ne peut nier qu'al-Qaida vient de subir la plus grande défaite de son histoire, plus dévastatrice encore que la perte de son sanctuaire afghan et de la protection des talibans au lendemain des attaques du 11 septembre 2001 contre New York et Washington.

Al-Qaida n'est pas une organisation tentaculaire qui possède d'importantes ressources matérielles et humaines.

Al-Qaida incarne une idée et une idéologie mises à mal au cours des derniers mois par les révolutions arabes et le soulèvement de peuples non pas pour rétablir le califat et revenir aux sources fantasmées d'une religion qui réclame la soumission et l'obéissance mais pour réclamer la liberté.

Comment survivre à la disparition du chef emblématique

L'idée derrière al-Qaida était incarnée par un personnage hors du commun, charismatique et fascinant, Oussama ben Laden. Un prince saoudien, richissime, parti en guerre contre la corruption de l'occident et des régimes arabes. Bien sûr, les hommes meurent et pas les symboles.

Mais les organisations créées par un leader de dimension historique ont en règle générale énormément de mal à survivre à la disparition de leur fondateur. A fortiori quand l'organisation en question vit seulement par son message de pureté véhiculé par ce personnage providentiel.

Le numéro deux d'al-Qaida, l'Egyptien Ayman Zawahiri, est très certainement un brillant organisateur. On ne peut pas dire pour autant qu'il excite les imaginations. Les dirigeants et les soldats d'al-Qaida, les organisations affiliées de par le monde prêtaient allégeance non pas à l'organisation, mais à son émir, à Oussama ben Laden.

L'influence des révolutions arabes

Il ne faut pas négliger le bouleversement que représentent les révolutions arabes. Al-Qaida et le djihad moderne sont nés et ont pris leur essor idéologique en Egypte et en Arabie saoudite dans la lutte contre des régimes oppressifs et corrompus.

L'occident était accusé de soutenir ces régimes apostats qui devaient s'effondrer comme châteaux de cartes une fois «les juifs et les croisés» chassés. Mais les révolutions arabes, en Tunisie, en Egypte, en Libye, en Syrie, au Yémen, à Bahreïn, qu'elles réussissent ou pas, apportent une toute autre réponse à la tyrannie et à l'oppression.

Une réponse qui n'a rien à voir avec celle du djihad. Au contraire, c'est une aspiration à la liberté et à la modernité, pas à un retour à un passé imaginaire et mythique que Ben Laden rendait séduisant. La guerre des civilisations ne prend pas.

Sur un plan bien plus terre à terre, l'avenir de ce qui reste d'al-Qaida et de son organisation centrale semble aussi bien précaire.

L'implication du Pakistan

Contrairement au discours officiel, Oussama ben Laden n'a pas pu être tué sans la bénédiction du Pakistan et sans doute plus que cela. Cela signifie que le sort des maigres équipes encore existantes entre l'Afghanistan et le Pakistan est plus qu'incertain. Il se dit même, sans preuves, qu'Ayman al Zawahiri aurait été grièvement blessé dans un bombardement en 2008.

Il est difficile d'imaginer que le Pakistan va aujourd'hui protéger une organisation qu'il a contribué à décapiter.

Les déclarations répétées de l’administration américaine selon lesquelles l'opération menée par les commandos de marine s'est faite sans que le Pakistan soit informé semblent avant tout être une tentative pour absoudre Islamabad de toute implication officielle dans la fin d'Oussama ben Laden.

Mais d'autres incohérences dans l'histoire officielle ne peuvent masquer l'implication pakistanaise.

Comment le terroriste le plus recherché au monde pouvait occuper une maison forteresse construite en 2005 dans une petite ville, à cent mètres d'une académie militaire et d'une garnison de l'armée pakistanaise?

Autre question troublante. Barack Obama aurait été informé de la possible présence d'Oussama ben Laden à Abottabbad en août 2010. Pourquoi a-t-il fallu neuf mois pour préparer et ordonner une opération militaire?

Eric Leser

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