Monde

Netanyahou teste Obama

Jacques Benillouche, mis à jour le 18.05.2009 à 12 h 09

Le nouveau Premier ministre israélien veut affirmer son indépendance quitte à provoquer l'allié le plus fidèle de l'Etat hébreu.

Benjamin Netanyahou et Barack Obama   Eliana Aponte / Reuters

Benjamin Netanyahou et Barack Obama Eliana Aponte / Reuters

Benyamin Netanyahou est arrivé dimanche 17 mai à Washington pour une visite à hauts risques aux Etats-Unis. Il s'entretient lundi 18 mai avec le président Barack Obama. Au coeur de cette rencontre, la question de savoir si le nouveau Premier ministre israélien finira par s'engager en faveur d'un Etat palestinien, ce qu'il s'est jusqu'à présent abstenu de faire. Le Premier ministre israélien et le Président américain se testent en fait déjà plusieurs semaines. C'est ce qu'expliquait notre chroniqueur Jacques Benillouche dans l'article ci-dessous publié le mois dernier.

Il ne fait aucun doute que le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou parfaitement bilingue, est un américanophile convaincu. Il le doit d'abord à son parcours aux Etats-Unis puisque sa famille s'y installe au début des années 1960 et que le Premier ministre suit les cours d'architecture et d'administration des affaires au sein du prestigieux MIT (Massachusetts institut of technology). Après son service militaire, qu'il effectue en Israël, il revient au sein du Boston Consulting Group, un cabinet de conseil en stratégie qu'il quittera en 1978 pour retourner dans son pays natal.

Depuis son arrivée au pouvoir, il semble s'inquiéter du changement notable enclenché par Barack Obama qui tend la main tous azimut, d'abord aux Européens puis surtout aux ennemis Syriens et Iraniens. Tout en cherchant à deviner la nouvelle stratégie américaine au Proche-Orient, Netanyahou veut démontrer en fait son indépendance politique quitte à provoquer carrément l'allié le plus constant d'Israël. Il a choisi la confrontation en nommant au poste clef de ministre des affaires étrangères le nationaliste Avigdor Lieberman qui a lancé la charge en affirmant un désaccord de fond sur la création d'un Etat palestinien aux côtés d'Israël. Il le laisse annoncer que «nous ne nous sommes jamais immiscés dans les affaires des autres. Et nous attendons des autres qu'ils n'interviennent pas dans les nôtres».

Soit Netanyahou ne contrôle déjà pas ses troupes et  l'avenir de son gouvernement est compromis. Soit il télécommande des déclarations pour tester la réaction d'Obama et il délègue à sa jeune garde le soin d'exprimer sa pensée. Guilad Erdan, du haut de la tribune de la Knesset, est sorti en effet de ses attributions de ministre de l'environnement pour contrer le président américain : «Israël ne prend pas ses ordres auprès du président Obama. En votant pour Netanyahou, les citoyens israéliens ont décidé de ne pas devenir le 51ème Etat des Etats-Unis.»

Ces déclarations intempestives ne favorisent pas un dialogue sain entre les deux puissances et créent de sérieuses frictions au point où Akiba Eldar, du journal Haaretz, se montre pessimiste sur l'avenir : «Pour l'heure, Netanyahu et Obama se sondent mutuellement. Mais aucun doute qu'on va vers une confrontation. La question est de savoir si Washington utilisera le gant de velours ou la main de fer».

Il est difficile de comprendre quel objectif poursuit Netanyahou en lançant ses ballons d'essais par le truchement de mises en garde ouvertement violentes. Il sait qu'il n'a pas les moyens de sa politique et que d'autres, avant lui, ont déjà payé un lourd tribut lorsqu'ils ont cherché à s'opposer à la première puissance mondiale.

En 1991, le président George Bush père avait reçu deux camouflets de la part du premier ministre de l'époque, Yitzhak Shamir, qui avait rejeté toutes les propositions pour une conférence régionale de paix et qui avait annoncé l'accélération des constructions dans les colonies de Cisjordanie. Le Président américain refusa alors de garantir un prêt de dix milliards de dollars devant servir à financer l'installation des centaines de milliers de juifs russes immigrés. Le lobby pro-israélien et ses amis du Congrès ne levèrent pas le petit doigt pour empêcher Israël de capituler.

L'aide américaine est vitale pour Israël, surtout aujourd'hui en période de crise, et il est difficile de penser que Netanyahou peut se permettre de renoncer à l'aide américaine annuelle de trois milliards de dollars non remboursable, octroyée tous les mois d'octobre. Israël reçoit tous les ans 1,2 milliard de dollars du fonds de soutien économique (Economic Support Fund) et 1,8 milliard d'aide militaire  (Foreign Military Financing).

Mais le premier ministre israélien, fin politique, connaît bien l'histoire de son pays. Contre l'avis de ses conseillers, le Président Truman avait décidé en 1948 d'apporter son soutien à la création de l'Etat hébreu pour trois raisons. Les affinités morales et spirituelles, le poids de la communauté juive américaine et la coopération stratégique qu'il en espérait pour le futur des relations américano-israéliennes.

La dimension religieuse hante la société américaine. Elle identifie le retour prophétisé des juifs en Terre Promise à l'enracinement de son propre peuple issu de plusieurs origines sur une terre nouvelle. Beaucoup voient une similitude entre les Mormons du 16éme siècle et les pionniers juifs de Palestine parce que l'histoire du retour à Sion ressemble à celle des premiers immigrés américains. En outre, la conscience de la Shoah imprègne fortement les Etats-Unis. Les Américains apprécient aussi, sur le plan politique, la ferveur démocratique du seul pays moderne de la région.

Par ailleurs, les présidents américains ne peuvent se passer des suffrages de l'électorat juif et ceux qui l'ont délaissé ont souvent payé un prix élevé. Brzezinski, théoricien géopolitique d'origine polonaise, avait mis en place une politique plus pro arabe dans l'administration Carter. Ce fut l'une des raisons qui ne permit pas à Jimmy Carter de se faire réélire pour un deuxième mandat. La puissance du lobby n'est pas liée au nombre de juifs, relativement faible, mais à une fraction importance de la population qui est profondément impliquée dans la défense et la survie d'Israël, notamment les évangélistes qui sont 70 millions.

Enfin les Américains sont convaincus de l'apport israélien à leur sécurité nationale. Après avoir été un allié fidèle lors de la guerre froide contre l'URSS, Israël est redevenu utile contre le totalitarisme islamique. On se souvient que Ben Gourion avait renversé ses alliances en prenant une position nette en faveur des Etats-Unis contre la Corée en 1950 alors que son pays était intrinsèquement prosoviétique pour des raisons historiques et idéologiques. Depuis cette date l'alliance reste une réalité profonde.

La proximité des deux pays est ancrée dans les esprits et pourrait être difficilement remise en question. Netanyahou le sait mais nul ne peut justifier pourquoi il provoque de manière ostensible son allié. Il semble agir comme ces animaux qui montrent leurs crocs pour masquer leur crainte, la crainte qu'on lui impose des décisions douloureuses contraires à ses principes et à son programme.

Tzipi Livni l'a mis en garde lors de son refus de participer à son gouvernement : «Nous devons progresser vers la paix selon le plan lancé à Annapolis. Si nous n'appliquons pas ce plan, nous ne pourrons pas compter sur la coopération internationale s'agissant de l'Iran, du Hezbollah ou du Hamas».

Jacques Benillouche

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