Life

Plus besoin de vous déshabiller, la machine le fait pour vous

William Saletan, mis à jour le 14.04.2009 à 9 h 39

L'invasion des profanateurs d'intimité.

Un agent américain de la TSA contrôle une femme avec un scanner millimétrique  George Frey/ Reuters

Un agent américain de la TSA contrôle une femme avec un scanner millimétrique George Frey/ Reuters

Lorsque nous avons commencé à vous en parler il y a deux ans, ces scanners à rayons X, qui voient à travers vos vêtements, étaient utilisés dans un seul aéroport. Quelques mois plus tard, ils étaient remplacés par des appareils à ondes millimétriques, capables de produire des images aussi précises, mais en émettant moins de radiations. «10.000 fois moins qu'un téléphone portable», si on en croit la Transportation Security Administration (TSA) rattachée par George W. Bush après le 11 septembre 2001 au Department of Homeland Security (Département de la sécurité intérieure).

La TSA avait alors promis que ces scanners ne seraient utilisés que sur la base du «volontariat» en cas de second contrôle, pour donner la possibilité aux passagers d'éviter «la fouille par palpation, plus invasive.» Seules quelques personnes, sélectionnées pour un second contrôle, devaient passer par le scanner. Les autres pouvaient passer par le détecteur de métaux et monter dans leur avion.

Eh bien, surprise ! Il y a deux mois, la TSA a modifié sa politique de contrôle. Elle a «remplacé les détecteurs de métaux par des scanners à ondes millimétriques dans six aéroports.» Et là, tout le monde doit y passer, sauf si vous préférez le détecteur et la fouille par palpation. Fouille qui peut d'ailleurs se transformer en «fouille approfondie», incluant les « parties intimes du corps fréquemment utilisées par les testeurs [les personnes qui contrôlent l'efficacité des procédures de contrôle] et les terroristes», c'est-à-dire «la poitrine et l'entrejambe des femmes et l'entrejambe des hommes.» En clair, montrez tout, ou on vous pelote.

Et cette procédure va être généralisée à tout le pays. Joe Sharkey écrit dans le New York Times que la TSA «compte remplacer les détecteurs de métaux par des scanners capables de vous mettre en tenue d'Eve.» Un haut responsable de la TSA confirme que tous les passagers «devront passer par ces scanners», qui entreront en fonction à la rentrée prochaine.

Quand ce type de scanners est apparu, j'étais pour. Quand la technologie a été améliorée par les ondes millimétriques, j'étais toujours pour. Et ce pour deux raisons. Un passage au scanner est moins invasif qu'une fouille. Et la TSA avait donné toutes les assurances que votre visage serait flouté et qu'il serait impossible d'établir un lien entre votre image et votre nom. J'estimais alors que de telles garanties étaient suffisantes pour justifier l'usage d'une machine utile dans la lutte contre le terrorisme.

Mais aujourd'hui, je n'en suis plus si certain. La technologie est toujours aussi séduisante, mais je commence à me méfier de l'institution qui l'utilise. D'accord, un scan est moins invasif qu'une fouille, mais force est de constater que la TSA n'a aucun scrupule à revenir sur ses engagements. Quand elle proposait l'alternative entre fouille et scanner pour le second contrôle, le scanner semblait une bonne solution. Mais maintenant, ce choix nous est imposé dès le premier contrôle. J'opte toujours pour le scan. Et si, demain, on nous menace de fouille par palpation dans les trains et les autobus, je préférerais toujours le scan. Mais où cela s'arrêtera-t-il ?

Et si on parlait des images elles-mêmes ? il y a deux ans, je vous ai montré un scan qui révélait les parties les plus intimes d'une personne. La TSA avait répliqué que cette image n'était pas pertinente, car ses machines (qui, à l'époque, utilisaient encore des rayons X) avaient été mises à jours avec des «algorithmes destinés à protéger l'intimité des personnes», en floutant les parties intimes. Malheureusement, ces « algorithmes » ne sont plus mentionnéssur aucune page du site de la TSA. Les photos montrant des scans obtenus par rayon X ont également été retirées du site. Sur la page consacrée à la technologie des ondes millimétriques, on trouve bien quatre photos, mais elles sont tellement petites qu'il faudrait une loupe pour en tirer quelque chose. Impossible dans ces conditions de savoir ce qu'elles révèlent vraiment, ou de comprendre pourquoi elles n'ont rien à voir avec les images utilisées dans la vidéo disponible sur le site de la TSA.

Pourquoi se poser autant de questions sur la manière dont l'Etat utilise une certaine technologie, alors que cette technologie n'arrête pas d'évoluer ? La réponse est simple. Comme l'a prouvé l'escalade de l'alternative scan/fouille, la TSA peut nous imposer tout ce qu'elle veut. L'année dernière, elle a justifié l'usage de la «fouille approfondie» en expliquant que « le procès actuellement en cours à Londres a montré comment les terroristes cherchent à contourner les procédures de contrôle, notamment en manipulant à leur avantage les normes et les interdits culturels afin de dissimuler des armes ou des explosifs dans des parties du corps perçues comme intimes.

La TSA a mis au point la procédure de fouille par palpation approfondie afin de parer à cette faille. En d'autres termes, toute partie du corps ignorée par le premier contrôle - l'entrejambe floutée ou la poitrine épargnée par la première palpation - constituent désormais des «failles» susceptibles d'être exploitées par les terroristes (ou les testeurs), «failles» qu'il faut évidemment combler. Ou plutôt palper.
«La fouille approfondie ne sera utilisée que dans le cas où les autres procédures de contrôle ne suffisent pas à mettre en évidence la cause de l'alerte», promettait la TSA l'année dernière, avant d'ajouter : «elle n'affectera qu'un très faible pourcentage des passagers.»

Oui, oui, on la connaît. C'est ce que vous aviez dit à propos des scans.

William Saletan
Traduit par Sylvestre Meininger

William Saletan
William Saletan (79 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte