Monde

Les missions accomplies d'Obama

John Dickerson, mis à jour le 02.05.2011 à 15 h 37

Avec la mort de Ben Laden, Obama comble le pays et fait la nique à ses opposants.

Obama se rend à son pupitre pour annoncer la mort d'Oussama ben Laden, dimanche

Obama se rend à son pupitre pour annoncer la mort d'Oussama ben Laden, dimanche soir à la Maison Blanche. REUTERS/Jason Ree

A environ 23h30 dimanche soir, le président Obama a annoncé à la nation que sous son commandement, l’armée américaine venait de tuer Oussama ben Laden. Sa réputation d’inactif procédurier ne devrait pas s’en remettre.

Les détracteurs d’Obama lui reprochent en effet en général d’être un chef faible et de ne pas savoir s’y prendre pour combattre le terrorisme en particulier. «Ils ne se concentrent plus du tout sur les objectifs nécessaires», avait typiquement déploré l’ancien vice-président Dick Cheney en mars 2009. Et pourtant, ce qui émerge des détails de l’exécution de Ben Laden (fournis, tout comme les récits héroïques des années Bush, intégralement par des responsables travaillant pour le Président en place) c’est que dès le début de son mandat, Obama était très concentré sur l’objectif de tuer Oussama ben Laden et que son implication ne s’est jamais démentie.

En juin 2009, Obama a demandé à son directeur de la CIA de lui « fournir dans les trente jours un plan d’opérations détaillé pour localiser et porter devant la justice» Oussama ben Laden. En août 2010, les agents des renseignements avaient identifié le complexe résidentiel suspect où vivait Oussama. A trente-cinq minutes d’Islamabad, il était entouré de murs mesurant jusqu’à 5,50 mètres de hauteur, surmontés de fils barbelés. La plus grande structure, un édifice de trois étages, n’avait que très peu de fenêtres. Bien que la maison fût estimée à 1 million de dollars, elle n’était reliée ni à Internet, ni au réseau téléphonique. Ses occupants, contrairement à leurs voisins, brûlaient leurs déchets.

Ces sont des prisonniers détenus à Guantanamo qui ont fourni les renseignements parmi les plus précieux sur les personnes à qui ben Laden accordait sa confiance. Ils ont identifié un messager et son frère qui habitaient à Abbottabad, au Pakistan, une banlieue aisée où vivent de nombreux officiers militaires pakistanais à la retraite.

La phase finale de ce plan minutieux a débuté à la mi-février. Des agents des renseignements ont commencé à obtenir des informations utiles sur le complexe résidentiel. Une série de réunions se sont tenues à la Maison Blanche pour mettre au point des opérations de collecte de renseignements. Une famille vivant dans cette résidence correspondait à la description de celle de ben Laden. A la mi-mars, le Président dirigea des réunions de sécurité nationale autour de l’opération (il aura en tout présidé cinq de ces meetings, notamment ceux qui se sont déroulés le jour même de l’opération).

Tôt vendredi matin, avant de partir constater les dégâts provoqués par les tornades en Alabama, le président a donné l’ordre de lancer l’opération de tuer Ben Laden. Dimanche, il a passé la journée dans la «Situation Room», la cellule de crise de la Maison Blanche, [un espace de conférence dédié aux communications sécurisées], pour faire les derniers préparatifs et recevoir les renseignements actualisés.

L’équipe d’assaut est arrivée par hélicoptère. Les responsables de l’Administration sont restés vagues sur ce qu’il s’est passé après. Ben Laden «a résisté aux forces d’assaut» et a été tué dans une fusillade, ce qui laisse le champ libre à tout un tas de détails pour le scénario à venir. Le fils aîné de ben Laden et les deux messagers ont également été tués. Une femme, qui selon un haut responsable de l’administration Obama a été utilisée comme bouclier humain par l’un des hommes, a été tuée. Deux autres femmes ont été blessées.

A environ 16h, le président a été informé que ses ordres avaient très probablement débouché sur l’assassinat réussi de l’architecte du plus grand attentat de tous les temps contre l’Amérique. Aucun autre pays, pas même le Pakistan, n’était au courant de l’attaque, mais dans ses remarques le président Obama a clairement indiqué que l’opération n’aurait pas pu être menée sans l’aide du gouvernement pakistanais. «Notre coopération de contre-terrorisme avec le Pakistan nous a permis d’arriver jusqu’à Ben Laden et au complexe où il s’était caché.»

Le Président est allé se coucher au son des cris de joie devant la Maison Blanche. A Ground Zero à New York et dans des villes de tout le pays, les Américains se sont rassemblés pour chanter l’hymne national et scander «USA! USA!», dans une réminiscence de l’unité post-11 Septembre à laquelle le président avait fait allusion un peu plus tôt dans la soirée.

Dans ses remarques annonçant l’opération, le président ne s’est pas contenté de chercher à rallumer ce sentiment d’unité. Il s’est fendu d’un nouvel éloge dithyrambique de l’esprit américain. Sous le feu des conservateurs qui l’accusent de ne pas croire dans l’idée de l’exceptionnalisme américain, Obama a saisi l’occasion de réitérer sa foi dans les qualités uniques de ses compatriotes:

«La réussite d’aujourd’hui est un témoignage de la grandeur de notre pays et de la détermination du peuple américain. (…) Ce soir, une fois de plus nous voyons que l’Amérique est capable de réussir tout ce que nous décidons d’entreprendre. C’est l’histoire de notre Histoire, que ce soit la poursuite de la prospérité pour notre peuple, ou la lutte pour l’égalité de tous les citoyens; nos engagements à défendre nos valeurs à l’étranger, et nos sacrifices pour rendre le monde plus sûr. Souvenons-nous que ce ne sont pas uniquement notre richesse ou notre puissance qui permettent de faire ces choses, mais qui nous sommes: une nation, unie sous l’autorité de Dieu, indivisible, assurant la liberté et la justice pour tous.»

C’est ainsi que le président a à la fois répondu à ses critiques conservateurs, et s’est élevé bien au-dessus d’eux. Oui, disait-il, je crois en l’exceptionnalisme américain—et tout terroriste qui veut du mal à l’Amérique ferait bien d’y croire aussi. Finalement, pour le président, la soirée a été bonne.

John Dickerson

Traduit par Bérengère Viennot

Le président Obama annonce la mort d’Oussama ben Laden:


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