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Ben Laden: dix ans de traque

Temps de lecture : 3 min

L'homme le plus recherché du monde était dans une maison, à 100 mètres de l'Académie militaire pakistanaise.

REUTERS TV
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Dix ans de traque qui ont mobilisé des centaines d’agents de toute nationalité, des fonds illimités, des moyens électroniques les plus sophistiqués ont abouti dans une spacieuse maison pakistanaise, à 50 kilomètres de la capitale Islamabad et à moins de 100 mètres de la prestigieuse Académie militaire de Kakul. Les gardes qui entouraient le chef d’al-Qaida depuis de longues années n’ont rien pu faire pour protéger Oussama ben Laden, tué par un commando américain.

Disparu de la scène médiatique

Depuis septembre 2001, la traque d’un homme que l’ex-président Georges Bush avait juré d’attraper «mort ou vif» mobilisait les esprits alors que sa tête était mise à prix 50 millions de dollars. Resté quelques temps à Kaboul après le 11-Septembre, Ousama ben Laden avait quitté la capitale afghane pour Jalalabad et sa résidence de Farmada avant de se réfugier à la mi-octobre dans des caves que sa firme avait construite lors du Jihad antisoviétique sur la montagne de Tora Bora.

Lors des bombardements américains sur Tora Bora en décembre, il s’était échappé à travers les zones tribales pakistanaises avant, semble-t-il, de retourner en Afghanistan. Un film de cette échappée le montrant à cheval entouré de gardes arabes existerait, mais n’a jamais été montré en public.

Des sources le donnaient présent à Shah-i-Kot en février 2002, lors d’une bataille qui a opposé pendant une dizaine de jours l’armée américaine à des combattants essentiellement arabes qui s’étaient réfugiés dans cette montagne de la province afghane de Paktiya, frontalière de la zone tribale pakistanaise du Waziristan.

L’armée américaine prétendait à l’époque avoir tué près de 700 combattants arabes mais la visite du champ de bataille au soir de la «victoire» plaidait pour un chiffre sans doute beaucoup plus modeste et aucun responsable arabe n’avait été éliminé.

Beaucoup des rescapés de Shah-i-Kot traversèrent la frontière pour pénétrer dans la zone tribale pakistanaise du Waziristan. Certains s’y sont établis pour continuer le combat, d’autres ont été exfiltrés notamment à travers l’Iran.

Ben Laden s’est alors volatilisé jusqu’au moment où il est réapparu sur une cassette vidéo livrée à Al Jazeera en 2003. On le voit alors marcher en compagnie de son numéro deux Ayman al Zawahiri sur une montagne pierreuse.

D’innombrables spéculations ont alors décrit ce lieu comme la province de Kunar en Afghanistan ou les zones tribales pakistanaises du Waziristan ou de Bajaur. Certaines sources le donnaient même du côté de Chitral, zone touristique dans le nord du Pakistan.

Depuis de longs mois la piste comme affirmaient les services de renseignements s’était totalement refroidie et seules quelques cassettes audio authentifiées prouvaient que Ben Laden n’était pas mort. Le chef d’al Qaida avait quasiment disparu de la scène médiatique, mais pas des préoccupations dans la région.

Apparemment, jamais la somme d’argent promise n’a délié les langues en Afghanistan. «Après tout, c’est un musulman, pourquoi le livrerait-on aux Américains», nous expliquait un journaliste afghan peu suspect de sympathie pour Ben Laden. Dans une société pashtoun aux structures tribales encore fortes où le sens de l’honneur reste primordial, personne ne se serait risqué à le livrer ostracisant à jamais son clan ou sa tribu.

L'«assurance-vie» de Musharraf

Faut-il croire que les choses sont différentes en ville? Les leaders d’al-Qaida arrêtés au Pakistan l’ont tous été dans des villes, qu’il s’agisse de Faisalabad et Rawalpindi au Pendjab, Karachi dans le Sind ou Mardan dans la province de Khyber Pakhtunkhwa où se trouve aussi Abbottabad.

Du temps du règne du général-président Pervez Musharraf, on avait coutume de dire que Ben Laden était son «assurance-vie» puisque de dictateur militaire paria, Musharraf était devenu après le 11-Septembre l’allié indispensable de l’Occident et donc qu’il le protégerait pour justifier son importance. La plaisanterie courante était que la meilleure planque de Ben Laden était sans doute une des maisons sécurisées de l’ISI, les puissants services de renseignements pakistanais.

Il est difficile de croire que l’ISI puisse ignorer la présence de l’homme le plus recherché de la Terre dans une maison située à moins de 100 mètres de la principale Académie militaire pakistanaise. Les voisins savaient que celle-ci était occupée par des ressortissants arabes qui ne sortaient jamais. Un fait qui aurait pu retenir l’attention de services de renseignements qui s’inquiètent pour moins que cela. Le Pakistan va sans doute devoir répondre à de nombreuses questions pour clarifier son rôle.

En attendant si la traque de Ben Laden est close, celle d’al-Qaida est loin d’être terminée.

Françoise Chipaux

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