Monde

Ben Laden est mort mais al-Qaida bouge encore

Eric Leser, mis à jour le 02.05.2011 à 18 h 15

La menace du réseau n'a pas disparu avec la disparition de son «chef spirituel».

Dans un magasin de Tokyo, le 2 mai 2011. REUTERS/Issei Kato

Dans un magasin de Tokyo, le 2 mai 2011. REUTERS/Issei Kato

Sans Oussama ben Laden, son fondateur, son inspirateur et son image, al-Qaida ne sera plus la même. L'organisation qui conduisait la guerre sainte mondiale, le djihad, a perdu son émir auxquels tous prétaient allégeance. Et cela était vrai pour Ayman al-Zawahiri, ancien émir du Djihad Islamique égyptien, devenu le numéro deux du mouvement en 1998, pour Abou Moussab al Zarqaoui, le Jordanien qui avait fait un temps de l'Irak une place forte d'al-Qaida, avant d'être abattu en 2006 et même plus récemment, du chef d'Aqmi, Abou Moussab Abdel Wadoud.

Le cœur d'al-Qaida se situait bien au Pakistan, ce que prouvent encore des documents issus de Wikileaks, et a été fortement affaibli au cours des derniers mois, bien avant la disparition d'Oussama ben Laden.

Le directeur du renseignement américain, James R. Clapper, dans une évaluation de la menace terroriste faite en février 2011, expliquait que la campagne d'attaques, menées notamment par des drones, «a grandement affaibli les capacités du cœur d'al-Qaida, notamment dans le domaine de l'entraînement de la propagande». Le nombre de frappes par des drones au Pakistan est passé de 5 en 2007 à 35 en 2008 et près de 120 l'an dernier selon le recensement fait par le site du Long War Journal.

Bruce Hoffman, spécialiste du terrorisme de la Rand Corp., un organisme de recherche proche de la CIA, estimait il y a un an que 5.000 suspects liés plus ou moins étroitement à al-Qaida ont été mis hors d’état de nuire depuis septembre 2001, sans pour autant faire cesser la menace terroriste un peu partout dans le monde.

Car si le djihad a aujourd'hui perdu son symbole, sur le plan opérationnel al-Qaida n'est pas vraiment affaibli par la mort d'Oussama ben Laden pour la bonne et simple raison que l'organisation a totalement muté au cours de la décennie qui a suivi les attaques du 11 septembre 2001 contre New York et Washington.

Al-Qaida est devenu en quelque sorte une franchise adoptée car prestigieuse par les groupes islamistes dans de nombreux pays et zones géographiques du Yémen au Sahel en passant par  la Somalie, l'Afghanistan, le Pakistan, l'Indonésie, les Philippines. L'organisation centrale apporte la doctrine, la reconnaissance, la propagande et parfois une aide technique, mais elle ne conduit plus directement des attentats.

Interrogé par le Washington Post, Paul Pillar, responsable de la CIA pour le Moyen-Orient de 2000 à 2004 , souligne qu'al-Qaida est totalement décentralisée:

«En terme de contrôle opérationnel et de direction, la plupart des changements qui comptent ont déjà été effectués. Le rôle de ben Laden était depuis quelques temps bien plus celui d'un symbole et d'une source d'idéologie que d'un instigateur d'opérations. Ce rôle persistera mort ou vivant».

Barack Obama a reconnu dans son allocution dimanche 1er mai que la menace persiste:

«il n'y a aucun doute qu'al-Qaida continuera à lancer des attaques contre nous. Nous devons et resterons vigilants…».

L'attentat de Marrakech du 28 avril, très probablement d'inspiration islamiste, suffirait à la rappeler.

Aujourd'hui, les bases opérationnelles d'al-Qaida les plus actives se trouvent dans le Sahel et au Yémen. Aqmi admire ben Laden, revendique son allégeance à al-Qaida, mais est opérationnellement totalement indépendant.

Au Yémen, le réseau djihadiste semble encore plus structuré et même dangereux. Il a été lié à une série d'attentats qui ont échoué in extremis dont celui du jour de noël 2009 sur le vol de la Northwest entre Amsterdam et Détroit. Le successeur possible d'Oussama ben Laden se trouve d'ailleurs peut-être du coté d'al-Qaida dans la péninsule arabe en la personne de Anwar al-Awlaqi, qui a la double nationalité américaine et yéménite.

L'autre successeur, plus évident encore, est bien sûr Ayman al-Zawahiri, le théoricien d'al-Qaida. Pour certains experts, Oussama ben Laden ne serait jamais devenu la figure qu’il a été sans les capacités d’organisation d’al-Zawahiri. Il est considéré comme l’architecte de sa radicalisation. «Mettre hors d’état de nuire Ayman al-Zawahiri aurait sans doute plus de conséquences sur les possibilités opérationnelles d’Al-qaida que de neutraliser ben Laden», estimait même Jerold Post, spécialiste du terrorisme de la «George Washington University». Ayman al-Zawahiri va être obligé aujourd'hui de prouver au monde et à ses partisans qu'al-Qaida existe encore.

De nombreux analystes s'attendent ainsi à une recrudescence des attentats dans les prochains jours et les prochaines semaines. Les mouvements islamistes voudront redonner de l'espoir à leurs militants et prouver que la disparition d'Oussama ben Laden n'arrête pas le djihad.

Eric Leser

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Journaliste
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