Economie

Livre numérique: une mine de textes… et d’emplois

Marie-Laure Cittanova , mis à jour le 06.05.2011 à 10 h 52

La part de marché de l'e-book est encore faible mais elle augmente vite. Editeurs et libraires devront s'adapter rapidement et embaucher des spécialistes du numérique.

Amazon Kindle eBook Reader / goXunureviews via Flickr CC License by

Amazon Kindle eBook Reader / goXunureviews via Flickr CC License by

C’est encore insignifiant: le livre numérique représente 1,3 % du marché total du livre aux Etats-Unis en 2009, 2,6 % au Japon en 2008, mais sa part de marché grossit vite —elle double tous les trois ans—, et le lancement de liseuses et tablettes le rend un peu plus désirable chaque jour. Le livre numérique, qui fait trembler éditeurs et libraires, fera sans aucun doute beaucoup parler de lui au cours des prochaines années.

Les inconditionnels de la technologie expliquent qu’avec une liseuse, on peut emporter en voyage une énorme bibliothèque sans s’encombrer de pesants volumes. Tandis que les bibliophiles s’exclament, avec le romancier et sémiologue Umberto Eco et le scénariste Jean-Claude Carrière, «N’espérez pas vous débarrasser des livres»… Leur ouvrage qui porte ce titre rappelle que, tout comme la télévision n’a pas tué la radio, l’e-book ne tuera pas le livre -papier…

Profession bouleversée

Editeurs et libraires, eux, regardent ce qui est arrivé à l’industrie musicale et tentent de trouver une parade efficace pour ne pas sombrer à leur tour. Car si le livre électronique paraît promis à un bel avenir, cela bouleverse la profession du livre, soucieuse de perdurer et de remplir son rôle: sélection des écrits, publication, diffusion… Les éditeurs français ont obtenu que le livre numérique soit, comme celui du livre classique, l’objet d’un prix unique. Sauf naturellement pour les plates-formes de diffusion étrangères.

Dans un rapport intitulé Modèles économiques d'un marché naissant: le livre numérique,rendu au ministère de la Culture, Françoise Benhamou et Olivia Guillon soulignent qu’un tel ouvrage devrait en principe coûter moins cher qu’un livre classique. A condition toutefois que les éditeurs procèdent à de très gros investissements de départ pour fabriquer ces livres. Les coûts d’impression et de distribution disparaîtront en tout ou partie. Les coûts de la distribution seront, eux, bouleversés en fonction du circuit choisi: directement de l’éditeur à l’utilisateur, ou en passant par une plate-forme, le pourcentage restant à l’auteur et à l’éditeur ne sera pas le même. Dans tous les cas, le secteur de l’édition et surtout celui de la librairie, qui emploie 11.550 salariés en France dans 25.000 points de vente, selon les chiffres du Syndicat de la librairie française (SLF), vont devoir s’adapter rapidement.

Editeurs créatifs

Si l’on en croit la dernière session du Digital Book World, une manifestation annuelle organisée à New York par F+W Media, la créativité des éditeurs d’e-books est sans limite: ne peut-on pas aujourd’hui enregistrer une histoire pour son enfant qu’il pourra passer, vidéo comprise, avant de s’endormir? Les amateurs de lecture électronique ont en revanche une exigence: pouvoir lire sur tous supports, de la liseuse au téléphone. Ils veulent de l’interopérabilité.

Une observation intéressante: les lecteurs d’e-books semblent avoir envie de lire davantage sur papier. Le numérique encouragerait donc la consommation de biens culturels… Si bien que les éditeurs américains se montrent confiants.

Plus difficile apparaît l’avenir des libraires, car Amazon, Google et Apple ont tendance à gagner rapidement des parts de marché. Les libraires devront proposer une offre performante pour séduire. En France, ils viennent de créer leur plate-forme, 1001libraires.com afin de pouvoir répondre aux besoins du public.

Embauche de spécialistes

Ce qui paraît clair, en tout cas, c’est que l’édition et la librairie vont devoir embaucher, au-delà des professionnels du livre, des spécialistes du numérique. Et se montrer capables de passer des accords avec des fabricants d’e-books. Aux Etats-Unis, la chaîne de libraire Barnes and Nobles l’a fait, alors que Border’s, qui en a été incapable, a fait faillite.

Comme le souligne le rapport sur les modèles économiques du livre numérique, la profession de libraire va se trouver profondément modifiée:

«Le libraire n’est plus le seul présent sur le “lieu” de vente dans l’univers numérique: les blogs, les réseaux sociaux, des sites dédiés jouent un rôle croissant dans les modalités de sélection et de promotion des produits.(…) Or nombre de libraires travaillent sur le fil du rasoir et auront des difficultés à se former et à investir dans le numérique. On peut donc s’attendre à ce que des librairies trouvent leur place – certaines sont très avancées, offrant des services de conseil, téléchargement et parfois impression à la demande in situ –, tandis que d’autres se voient affectées par des mouvements de concentration, surtout si elles sont amenées à perdre des parts de marché (sans doute du côté des livres pratiques, dictionnaires, encyclopédies, guides de tourisme dans un premier temps, mais aussi documents et essais ultérieurement). La fonction de garant de la diversité culturelle devra de surcroît être partagée avec les librairies en ligne dont le référencement est très large. C’est donc une révolution économique mais aussi culturelle qui affecte le métier de libraire.»  

Marie-Laure Cittanova

Chronique également parue sur Emploiparlonsnet

 

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