Economie

Discriminations hommes-femmes: la résistance des mentalités

Stéphanie Villers, mis à jour le 02.05.2011 à 10 h 59

Réunis pour le programme PRESAGE, seize spécialistes issus d'horizons divers analysent et mesurent les disparités entre les genres. Premier enseignement tiré de leurs recherches: revoir la mixité à l'école.

Boy and Girl Hummel Figurines / Jason Pratt via Flickr CC License by

Boy and Girl Hummel Figurines / Jason Pratt via Flickr CC License by

Si en France, il existe une myriade de lois pour l’égalité des chances, reste qu’en pratique les discriminations hommes/femmes persistent.  Seulement 8% de femmes siègent aux conseils d’administration des 500 premières entreprises françaises. Dans la fonction publique, elles représentent en moyenne 17% des emplois de direction. Les femmes gagnent 27% de moins que les hommes. Les écarts de salaires sont encore plus forts parmi les salaires élevés. Ils atteignent 30% entre femmes et hommes cadres, 5,7% parmi les employés. Les inégalités de rémunération se creusent aussi entre celles qui ont des enfants et celles qui n’en ont pas. On sait par ailleurs que les Françaises sont sous représentées en politique et dans les organes de pouvoir. Enfin, au moment de l’embauche, reste une suspicion de maternité qui pénalise les femmes de moins de 40 ans.  

Déception plus qu'échec

Ainsi, entre le discours et la réalité, le gouffre persiste. Comment peut-on expliquer le développement des lois pour offrir davantage de parité alors qu’en pratique les discriminations se développent? Pour Eléonore Lépinard, docteur en sociologie, «les mesures prises pour asseoir la parité et l’égalité en France ne sont pas un échec, c’est davantage une déception par rapport aux espoirs soulevés». Le point de résistance ne serait pas tant dans la loi, que dans les mentalités. 

PRESAGE, le programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre, lancé en mai 2010, conjointement par l’OFCE et Sciences Po, vient de présenter son premier ouvrage sur les discriminations entre les hommes et les femmes. Afin de conceptualiser et de mesurer les discriminations entre les genres, les auteurs, Françoise Milewski et Hélène Périvier, ont réuni seize chercheurs issus d’horizons divers : philosophie, économie, droit, sociologie, science politique, psychologie mélangeant à la fois approches théoriques et empiriques.  

Repenser la mixité sociale

Nombreux sont ces spécialistes à penser que presque tout se joue durant la tendre enfance. La formation des jugements s’ancre très tôt dans la vie et les parents avec les enseignants ont tendance à se comporter différemment en fonction du sexe de l’enfant. On dira ainsi plus volontiers qu’un garçon est doué en maths et qu’une fille a des aptitudes littéraires. Plus tard, ce sont ces enfants eux-mêmes, en particulier à l’adolescence qui reproduisent les stéréotypes dans lesquels ils ont baigné. Ces jeunes gens se positionnent comme des individus sexués. La représentation du masculin et du féminin empêche certaines jeunes filles de s’exprimer librement ou de réussir dans des domaines qui jusqu’alors sont davantage réservés aux hommes. La peur du succès est aussi un frein communément présent chez les jeunes adolescentes. C’est pourquoi, plusieurs de ces spécialistes de PRESAGE veulent repenser la mixité scolaire.  Avoir des moments ou des lieux privilégiés pour que les femmes puissent se retrouver, discuter entre elles librement et libérer leur leadership.  Il ne faut pas revenir sur la mixité à l’école, pense Hélène Périvier, mais davantage expérimenter des matières non mixtes à l’école permettant la discussion, la réflexion et l’affirmation.

Les «mères qui travaillent»

Pour Marie-Claude Lory, ancienne présidente de l’association, Femmes et Finance, «les femmes salariées se dirigent aujourd’hui le plus souvent dans les métiers d’expertise ou de conseil.  Elles sont particulièrement absentes des fonctions managériales ou décisionnaires».  Et d’ajouter, «les femmes ont du mal à sortir la tête du guidon. Elles s’excluent d’elles-mêmes du pouvoir souvent par manque de temps».

Pour Eléonore Lépinard, «tant que les hommes obtiennent des gratifications professionnelles dans le fait de rester plus tard au travail, les discriminations et les écarts de salaires entre hommes et femmes persisteront». Nombreuses sont les entreprises à penser que les femmes quittent leur travail plus tôt vers 17h30 par choix, pour s’occuper de leurs enfants.  Mais explique la sociologue, «les femmes, compte tenu d’une répartition inéquitable des tâches, se retrouvent à supporter seules la gestion et l’organisation de la vie de famille». Ce n’est donc pas par choix mais tout simplement par nécessité. 

Pourtant aujourd’hui, plus de 80% des femmes françaises sont dans la vie active et le taux de natalité est l’un des plus élevés d’Europe. La France a su valoriser la mère qui travaille. Voilà une des particularités françaises que l’Allemagne nous envie par ailleurs.  Les Allemandes, faute de pouvoir bénéficier de structures d’accueil pour leurs enfants, ont fait le choix de travailler au détriment de la natalité. On est en France ainsi dans la «presqu’égalité», comme le définit Hélène Périvier. Reste que le partage du pouvoir économique et politique n’est toujours pas ancré dans les mentalités. Pour les spécialistes de PRESAGE, c’est tout l’enjeu de demain et il dépend de l’éducation des générations à venir.

Stéphanie Villers

Chronique également parue sur Emploiparlonsnet.

Stéphanie Villers
Stéphanie Villers (21 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte