Le feu couve encore dans la zone euro
L'Union européenne a tenté de résoudre les crises grecque, portugaise et irlandaise. Mais en réagissant trop tardivement, elle n'a pas rassuré les prêteurs.
- Matches and Fire / Francis Bourgouin via FlickrCC License by -
L'incendie européen n'est toujours pas éteint. Exactement un an après la mise en place du plan de sauvetage de la Grèce de 110 milliards d'euros, après les départs de feu en Irlande, au Portugal, en Espagne, le vent ramène les flammes autour d'Athènes.
Les taux d'intérêt exigés pour les emprunts grecs sont remontés au-dessus de 15% après l'évocation par Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, d'une «restructuration volontaire» de la dette de ce pays puis, de la nouvelle évaluation du déficit à 10,5% du PIB, contre l'objectif officiel de 9,4%.
Le gouvernement Papandréou a illico annoncé un renforcement des mesures d'austérité, mais peine perdue: les marchés financiers sont convaincus de l'incapacité de la Grèce à rembourser sa dette de 340 milliards de dollars. Le pays est insolvable à leurs yeux.
Les marchés ont-ils raison?
La question est évacuée en public par les gouvernements européens, mais elle se pose évidemment: faut-il donner raison aux marchés et restructurer la dette grecque? Est-ce nécessaire pour éteindre une bonne fois pour toutes l'incendie de la zone euro? Ou est-ce au contraire rallumer les doutes sur les autres pays en crise?
Depuis un an, les dirigeants européens ont répondu comme il fallait aux attaques des marchés. Plan d'aide en Grèce, en Irlande, puis au Portugal. Mise en place d'un mécanisme européen de stabilité (ESM), fonds permanent de soutien, qui marquent une avancée considérable vers le fédéralisme budgétaire et fiscal. Enfin, adoption d'un pacte de compétitivité qui, sur le moyen terme, doit éviter qu'une crise renaisse de divergences macroéconomiques entre les pays membres.
Seulement, ces réformes ont toutes été tardives. Au rythme des politiques, la vitesse est vertigineuse; au rythme des marchés, elle a entretenu les doutes. L'interrogation actuelle des traders ne concerne plus une crise de liquidité, l'impossibilité des pays périphériques à lever des emprunts, mais une crise de solvabilité, leur faculté de rembourser.
Sur la Grèce leur doute est certitude. La dette atteint 150% du PIB. Pour la stabiliser, il faut un plan de rigueur qui économise, suivant les hypothèses, entre 7% et 14% du PIB d'ici à 2015, selon l'institut Bruegel. Pour ramener cette dette dans les critères de Maastricht (à 60% du PIB), l'effort est porté entre 12% et 18% du PIB. Aucun pays de l'OCDE n'a jamais fait mieux que 6%. La cure infligée aux Grecs est sans précédent.
Le plan européen a eu beau ramener le taux d'emprunt à 4,2% et allonger les échéances de trois ans, cela ne suffira pas, loin de là. Le pire scénario est que, à forcer la dose, on enferme le pays dans l'austérité, privant l'Etat grec de recettes fiscales, l'obligeant à en rajouter encore dans l'austérité et l'entraînant dans une spirale sans fin. Bientôt, la population grecque, qui a jusqu'ici accepté de se serrer la ceinture, refusera. Le seuil d'acceptabilité sociale et politique sera dépassé.
Le risque de la tache indélébile
Mais les objections sont nombreuses et justifiées. Après la Grèce, pourquoi pas l'Irlande (dette à 110% du PIB)? Ou le Portugal (dette à 90% du PIB)? Les marchés ayant obtenu gain de cause redoubleront de force dans leurs attaques. Deuxième objection: annuler des créances va mettre le système bancaire grec au tapis, ce qui va se répercuter sur les banques créancières, allemandes et françaises en premier. Bref, l'effet contagion sera dévastateur.
In fine, dernière objection: restructurer serait admettre qu'un pays de l'euro peut faire défaut. Ce serait faire une tache indélébile sur l'euro. La crédibilité de la monnaie commune, fruit du travail acharné de la Banque centrale européenne, payée depuis dix ans par des taux d'intérêt plus forts que pour le dollar, cette crédibilité serait abîmée.
Ces risques sont gros. La tentation est forte de dire, «à l'allemande»: les Grecs ont fauté, qu'ils paient. Hélas, le risque inverse est supérieur: celui d'une explosion sociale qui conduira le gouvernement d'Athènes à faire défaut dans la confusion. La raison pousse donc à organiser les choses et à tirer un trait sur une partie (un tiers?) de la dette pour ramener l'effort demandé dans les limites, déjà sévères, du possible.
La contagion doit être prévenue en parallèle par une mise au clair des situations réelles de l'Irlande et du Portugal, et, d'une façon globale, des banques européennes. Le plan est de tout annoncer ensemble: tel défaut pour tel ou tel pays, pour telles conséquences. Jouer, en somme, un coup d'avance sur les marchés. Et croiser les doigts pour que le hasard ne mette pas le feu ailleurs.
Eric Le Boucher
Chronique également parue dans Les Echos
Mis à jour le 01/05/2011 à 8h57














































Je n'ai pas le sentiment de vivre dans un pays fauché et sur le point d'imploser. Il est vrai que le rythme des constructions de maisons d'été a considérablement ralenti (il y en avait déjà trop de toute façon). Il est vrai aussi que certains magasins ont fermé leurs portes pour de bon (mais il y en avait trop - tous vendant les mêmes choses).
Mais à Pâques, comme tous les ans, les festivités étaient joyeuses et les visiteurs très nombreux. On s'amuse bien à Pâques en Grèce.
En tant qu'enfant j'ai vécu l'après guerre en Angleterre. La viande était rationnée non pas à cause des sous-marins comme pendant la guerre mais parce que le pays n'avait pas les moyens financiers pour en acheter aux Argentins.
Le rationnent de tout un ensemble de produits a duré jusqu'en 1951.
On est loin de tout cela ici en Grèce. Le pays peut se nourrir. La marine marchande domine toujours les flots et les touristes ne se lassent pas, semble-t-il, du pays.
Avant donc qu'on ruine le système bancaire domestique et international par nos insuffisances il me semble qu'il reste des choses simples à faire – comme faire payer les impôts.
Après quelques semaines d'euphorie suivant les premières annonces du gouvernement quand tout le monde même les petits kiosques vendeurs de tabac offraient des reçus, les transactions 'cash' non enregistrées semblent être de retour.
Ceci dit, une nouvelle loi limite à 3000€ le montant maximum d'une transaction en liquide. Sera-elle respectée?
Les salaires des fonctionnaires ont été réduits (-30% mais sur les 13e et 14e mois seulement). Les travailleurs immigrés semblent être moins nombreux qui laisse croire que le travail qu'ils fournissaient sera dorénavant fournis par les Grecs eux-mêmes.
Le bon sens serait-il de retour? Peut-être. En même temps espérons que certains mythes concernant les Grecs disparaissent. Le Grec fainéant par exemple. Le Grec en réalité est terriblement bosseur, travaillant en moyen presque 50 heures par semaines (il a 2-3 boulots). Il travaille bien et il est honnête.
Il a été trahi par ses dirigeants, trop affairistes (de droite comme de gauche) pour s'occuper de la population dans son ensemble. Les leaders européens et mondiaux feront bien non seulement d'insister sur plus de rigueur économique mais plus de rigueur morale et civique.
Le Premier Ministre Papandreou est prêt à les écouter et montre déjà l'exemple. Il y a de l'espoir, l'Europe aidant!
Donc, tous les détenteurs de dettes grecques et autres, les banques grecques d'abord mais aussi les allemandes et les françaises vont devoir reconnaître des pertes sur ces prêts. Bien entendu, il n'y a pour l'instant pas accord sur les chiffres en question sauf à dire qu'il ne s'agit pas de petits montants. Ordre de grandeur:pour simplement ramener la dette de ces pays dans les critères de Maastricht, eh bien on parle de plusieurs centaines de milliards d'euros. Des pertes pareilles, ça risquerait fort de faire de sérieux trous dans les sytèmes bancaires européens.
C'est pour cela qu'on rejette officiellement toutes discussions de fond sur ces restructurations, économiquement inévitables. Evidemment, personne ne veut une nouvelle crise de confiance dans le système financier. Alors, on essaye de gagner du temps. Les banques se désengagent comme elles le peuvent et font des réserves. Non, je vous le disais, le feu n'a pas fini de couver.
Alors que faire? Tuer le mal à la racine. Réduire le poids de la dette pour ceux qui peuvent encore le faire aussi rapidement que possible. Donc réduire les déficits avec détermination pour éviter d'être pris à la gorge un beau matin par les prêteurs comme le sont les Grecs aujourd'hui.
Vous qui m'avez appris le sens du mot 'bisounous' (ce gens – apparemment ils sont nombreux – qui ne voient que ce qu'ils ont envie de voir), vous qui m'aviez dit un jour que vous ne passez pas jugement sur les faits mais que vous ne faites que les observer, vous qui, à juste titre, a été complimenté par de grands journalistes comme Benillouche pour votre objectivité et votre sens de l'observation, vous étiez devenue pour moi, même si je ne partage aucun de vos points de vue politiques et sociaux, une muse, un modèle, presque une inspiration!
C'est fini, du moins ma confiance est très largement entamée. Vous chancelez sur le piédestal où peut-être ai-je eu tort de vous placer. Bien sûr, je n'ai jamais accepté vos vues passéistes sur le rôle de l'Europe – et de là l'Euro – qui auraient eu toute leur pertinence dans l'Europe qu'a connu Napoléon plutôt que dans notre Europe d'aujourd'hui.
Et bien sûr j'ai noté votre bienveillance à l'égard de certains thèmes du FN, fruits certainement de votre déception (objective) et vos craintes devant la bérézina qui s'annonce en 2012. Mais je les ai acceptés comme des 'observations' et non pas des jugements.
Et justement, mon commentaire sur la vie ici en Grèce n'étaient que des observations et non pas des jugements. Je pense qui peuvent intéresser les slateurs dans le contexte d'un article qui parlait des problèmes de la Grèce et de l'Europe.
Aussi je ne me « félicite » pas du départ des Albanais (très largement non déclarés et payés moins bien que les Grecs) qui ont construit ces centaines de maisonnettes (invendues) sur notre ile, fruits d'un marketing primaire et des emprunts faciles. Je le constate.
Par contre je me félicite du fait que malgré la crise "on s'amuse bien à Pâques en Grèce"! On peut l'attribuer à leurs convictions religieuses (cela devrait vous faire plaisir même si ils ne sont pas dans votre équipe à vous) mais aussi à un certain stoïcisme grec.
Les Grecs, quoique disent les spécialistes, a accepté le verdict du monde, retroussent leurs manches et bossent. Cela ne suffirait peut-être pas mais au moins ils essaient.
En France, apparemment le pays le pessimiste au monde, on ferait bien de faire contre mauvaise fortune bon cœur comme eux. C'était l'esprit qui a régné indubitablement en GB en 1940 et qui était notamment absent en France à l'époque et chez certains aujourd'hui.
Cherchez l'échec, encourager le recroquevillement sur soi-même, rejeter le voisin et l'étranger en générale, comme font le Frontistes, n'est pas une solution pour un grand pays comme la France. Le pays qui, plus que tout autre, a fondé l'Europe d'aujourd'hui.
Force est de constater que vous contribuez chère Marianne à ce repli. C'est une observation et, je l'avoue, un jugement.
La degradation acceleree des comptes de la nation (balance des paiements, endettement etat, menages, entreprises) montre que le probleme de la France (qui partait d'une situation plus saine ce qui permet temporairement la poursuite d'une politique neoconservatrice qui rappelle la Restauration des privileges) est d'une bien plus grande ampleur que celui de ses voisins du Sud.
Je trouve particulierement dangereux et irresponsable le consensus actuel du "on ne peut rien faire" (si ce n'est s'endetter de, depenser 35 Milliards d'euros en R&D dont les resultats (s'il y a) seront immediatement delocalises) qui laisse le champ libre au Front National qui pronent une sortie de l'euro.
Encore plus dangereux est ce denigrement idiot d'une sortie de l'euro: - "la dette de la France augmenterait immediatement de 25%!" Tout le monde sait que la sortie de la France de l'euro provoquerait immediatement un eclatement de celui ci et que l'Euro n'est pas le Deutsche Mark. Le remplacement des dettes libellees en Euros par des dettes libellees en Nouveau Franc qui flotterait initialement au taux de 1 Euro = 1 Nouveau Franc et le redressement national permettrait d'eviter ce rencherissement (une alternative etant la restructuration de la dette: par exemple, message aux crediteurs, vous acceptez la conversion euro nouveau franc ou vous prenez un "haircut" de 20%... peut etre 40% si on attend avant de prendre des mesures...). - "La France doit rester ouverte si elle veut continuer a exporter". La sortie de l'euro ne signifie pas la fermeture. Au contraire, elle signifie l'adaptation du taux de change aux capacites du pays afin de permettre au pays de retrouver ses grands equilibres dans un monde ouvert. Une monnaie souveraine permettrait de retrouver des degres de liberte afin de favoriser le redressement (l'economie c'est: creer et utiliser nos resources de capital et de travail... ce que la situation actuelle ne permet pas).
Il est clair qu'un eclatement de l'Euro serait un evenement perturbateur qui aura un cout eleve et n'est pas souhaitable. Cependant, il est aussi tres clair que cet evenement devient de plus en plus ineluctable, potentiellement couteux et perturbateur a mesure qu'aucun mecanisme de stabilisation et de convergence n'est mis en place au niveau Europeen (a ce jour, rien! Des pistes recherchees? Impots variables en fonction de la balance des paiements?).
Alors, Messieurs les Defenseurs de l'Euro et de l'Europe, nous attendons vos propositions concretes de mesures stabilisatrices (alternative a un change flottant) permettant une convergence a l'interieur de la zone Euro. Si vous n'en avez pas, alors, le plus tot on sortira de l'Euro, le mieux ce sera pour tout le monde.
Pour chaque debiteur, il y a un crediteur: pendant que les comptes de la France se degradent toujours plus vite, ceux de nos voisins s'ameliorent (malgre la crise qui a bon dos!). Il est temps que nos elites perdent leur arrogance et menent le pays sur la voie du redressement. Mais en ont t'ils la competence ou meme la volonte (pourquoi changer un systeme qui leur permet de s'enrichir et de transmettre leur patrimoine a leurs enfants?)?
Et si la mesure essentielle etait de taxer a 90%+ les revenus excessifs afin de s'assurer que les plus devoues accedent aux responsabilites plutot que les plus avides?
Non c'était pour partir en vacances avec la famille et acheter une nouvelle voiture.
Hélas j'avais de plus en plus de mal à rembourser mon banquier car une famille coûte cher n'est-ce pas? Sans parler de la nouvelle voiture et bien sûr les vacances.
Donc je lui ai proposé la solution suivante : au lieu de lui rembourser en euros j'allais inventé une monnaie à moi, le flanche « qui flotterait initialement au taux de 1 Euro = 1 flanche” - même si, il est vrai, tout le monde ne lui créditerait qu'environ 1 Euro = 1,25 franche ou même pire.
Mais grâce aux économies que je ferais en refusant de rembourser en Euros, et en attendant le « redressement » de ma situation qui arriverait de quelque part, j'étais sûr de pouvoir m'en sortir.
Après tout, les Suisses ont quelque chose qui ressemble à mon flanche (sauf que tout le monde recherche leur franc à eux et on dit qu'il augmente en valeur, même contre l'Euro).
Quand mon banquier commencait à chercher des poux dans mon système, je me suis énervé. « ou vous acceptez la conversion 1 Euro= 1 franche ou vous prenez un "haircut" de 20%... peut-être 40% ...” je lui ai crié en lui claquant la porte au nez.
Malheureusement les temps sont toujours aussi durs. Surtout avec ces salauds élitistes, ces spéculateurs (étrangers) sans scrupules, qui n'hésitent pas d'exploiter des honnêtes Français comme moi, nous mettant des bâtons dans les roues.
Et les vacances s'approchent.
Je n'ai qu'aller voir mon banquier....