France

Pourquoi le vol de cuivre fait-il de l’ombre à l’or et aux bijoux?

Mathias Destal, mis à jour le 11.05.2011 à 9 h 25

En matière de cambriolages, le cuivre fait bien plus recette que l'or.

Copper cathode/mm-j via Flickr CC license by

Copper cathode/mm-j via Flickr CC license by

Le vol d’or et de bijoux attire toujours le grand banditisme. Mais, dorénavant, le cuivre concurrence largement le métal jaune. Chaque semaine, entre deux et trois vols de ce type émaillent l’actualité. Pourquoi?

La tonne de cuivre atteint des niveaux jamais égalés

Le cours du cuivre, actuellement à 6.741 euros la tonne (26 avril), a connu un sommet à 10.150 $, soit 6.843.90 € la tonne en février. Un pic lié notamment à la spéculation chinoise sur le marché d’une matière première stratégique pour sa soif d’expansion. Quelque 700.000 tonnes de cuivres seraient stockées par Shanghai en ce moment, relate le Money Week.

A ce prix-là, la revente de cuivre par camions entiers offre aux voleurs l’occasion d’empocher un sacré pactole. Ces receleurs le savent, qui n’ont jamais autant opéré que ces derniers mois.

Les vols ont littéralement explosé. L’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) parle de 10.000 vols en plus sur la seule période 2009-2010. En ce qui concerne les vols de câbles sur les voies ferrées, le coût pour la SNCF et RFF s’élève, pour la seule année 2010, à 30 millions d’euros.  

A la différence de l’or, le métal rouge est partout

Une once d’or, qui correspond à une quantité d’or comprise entre 24 et 33 grammes, vaut 1.023 € (26 avril) à la bourse des métaux de Londres. Le lingot d’un kilo vaut, lui, 32.903. Un autre joli pactole pour les receleurs. Sauf que le l’or est autrement plus difficile à voler que le cuivre. Les bijoux aussi.

Les lieux où l’or est stocké sont relativement limités. On peut en recenser quatre. Les banques, qui conservent bijoux, pièces de monnaie et lingots, les bijouteries, les fonderies, ou les résidences des particuliers. Des lieux hautement protégés ou particulièrement discrets.

Le cuivre, quant à lui, est omniprésent. Du fait de sa grande conductivité et de sa résistance à la corrosion,  ce métal non précieux est le plus utilisé dans l’électronique, les réseaux câblés de télécommunications ou les transports, tel le rail qui exploite ses capacités électromécaniques.

Les voleurs se servent donc là où il se trouve: dans les égouts, pour le cuivre exploité par les télécommunications, sur les chantiers du BTP, les voies ferrés, voire le réseau de régulation et de coordination des feux tricolores. Et c’est désormais aux plaques qui ornent les pierres tombales des cimetières ou au système d’irrigation des champs que les pillards s’en prennent.  

Métal rouge ou jaune: des modes opératoires différents

Les vols d’or ou de bijoux s’intègrent dans le circuit dit du grand banditisme. Les attaques sont le plus souvent commises à main armée car elles nécessitent de braquer des lieux sécurisés dont l'issue peut-être dramatique. A l'instar du décès d'un gérant d'une bijouterie du VIIIe arrondissement de Paris à la suite du braquage de son commerce, le 15 avril. Les attaques peuvent aussi deboucher sur des séquestrations, notamment lorsqu’il s’agit de négociants en or ou en bijoux.

Fini les braquages de banques des années 1970-80, rendus célèbres par des truands comme Jacques Mesrine ou le Gang des postiches. Hormis les vols dans des fonderies, ce sont désormais les bijouteries qui sont les principales visées.

Et les braqueurs doivent faire face à des systèmes de protection de plus en plus sophistiqués. Cela va des vitrines et ouvertures de portes sécurisées, en passant par la vidéosurveillance ou au système d’alerte en direction des forces de police qui tâchent d’intervenir dans des laps de temps très courts.

Ce qui n’empêche pas les voleurs/braqueurs de «faire des coups». Comme on peut le voir dans cette vidéo amateur où un homme encagoulé muni d’un fusil à pompe fait le guet en pleine journée devant une bijouterie. Il repartira avec ses associés sur des scooters à grosses cylindrées.

Le vol de cuivre peut impliquer une importante organisation, mais il ne s’agit pas de braquages. De fait, pour voler plusieurs tonnes de cuivre sur des voies ferrées ou dans des entrepôts, il faut agir en bande organisée et posséder un outillage adéquat (pinces, scies à métaux, tronçonneuse, camions). Mais ces vols sont le plus souvent effectués de nuit sur des terrains où la sécurité se résume, au mieux, à des caméras de vidéosurveillance.

Cette vidéo donne une idée de la façon dont les délinquants peuvent procéder, bien que rien n'indique qu'il s'agisse vraiment d'un vol de métaux.

Les égouts et les chantiers sont rarement équipés de système d’alarme. Et les 33.000 km de voies ferrées exploités par la SNCF offrent une myriade de zones éloignées des zones d’habitation, ce qui permet aux voleurs d’opérer sans crainte.  

Echelle des peines: du simple au quadruple

Confondu pour un vol de cuivre, comme pour tout vol n’ayant pas été commis avec une arme, le justiciable encourt une peine de trois ans de prison et 45.000 euros d’amende. La peine passe à cinq ans si le délit est commis en réunion ou s’il est accompagné de destruction, dégradation ou détérioration. Une sanction peu dissuasive, selon Thierry Mariani, secrétaire d’Etat aux Transports qui a adressé une lettre au garde des Sceaux, Michel Mercier, en réaction au vol à répétition commis à l’encontre de la SNCF.

En revanche, le vol est puni de 20 ans de réclusion et de 150.000 euros d’amende par l’article 311-8 du code de procédure pénale lorsqu'il est «commis soit avec usage ou menace d'une arme, soit par une personne porteuse d'une arme soumise à autorisation ou dont le port est prohibé». Ce qui tient de la règle plus que de l’exception en matière de vol métal précieux. 

Quels circuits pour la revente des métaux?

C’est un élément central pour comprendre l’attractivité suscitée par le métal rouge. En effet, le circuit de recel du cuivre est quasiment légal, au contraire de celui par lequel passe l’or.

Pour revendre du cuivre volé, les receleurs ont affaire à des recycleurs de métaux, communément appelés des ferrailleurs. Il en existe des milliers en France.
S’ils sont tenus de remplir un registre de police dans lequel est consigné le détail de toutes les opérations d'achats de métaux, à savoir l'identité du vendeur dont les papiers doivent être vérifiés par le ferrailleur au moment de la transaction et la description du bien acheté, il est difficile de certifier de la bonne foi des propriétaires.

En outre, le recel est difficile à déterminer dans la mesure où l’achat des métaux peut se faire en liquide jusqu’à un certain montant: 450 euros maximum.
Les revendeurs peuvent ainsi découper leur butin en plusieurs lots de 450 euros chacun puis revendre le tout à plusieurs entreprises de la région sans que les propriétaires soient au courant de la combine. Le cuivre est ensuite revendu à des fondeurs de métaux.

Considérés comme hors du circuit illégal par les autorités, ces fondeurs récupèrent les tonnes de cuivre livrées en vrac qu’ils fondent afin de les transformer en matériel destinés à la revente industrielle.

Transformer et revendre or et bijoux est autrement plus compliqué. Il faut appartenir à un réseau de professionnels pour connaître des fondeurs/receleurs intégrés au «milieu». Ceux-ci agissent le plus souvent à la commande, les bijoux étant marqués par un système de poinçons («le poinçon d’Etat» qui indique le titre et le «poinçon de Maître» qui est celui du fabricant ) depuis le 9 novembre 1797. Une traçabilité qui ne laisse pas de doute quant à la provenance des objets précieux.

Même chose pour les lingots d’or et leur poinçon figurant une tête d’aigle, à laquelle s’ajoute un bulletin comportant le numéro, le poids et le nom du fondeur et de l’essayeur. Avec ce dispositif, la filature est assurée, en théorie. 

Peut-on endiguer les vols de cuivre?

Le 3 mars dernier, Nathalie Kosciusko-Morizet, Claude Guéant et Thierry Mariani ont présenté un plan de sécurisation des voies ferrées d’un  montant de 40 millions d’euros sur 18 mois.

Au programme: protection des voies par vidéosurveillance, enfouissement des câbles, installation d’alarme et renforcement des effectifs de la police ferroviaire. Le plan prévoit aussi de marquer les câbles afin de les tracer et les identifier.  Un système qui, de l’aveu de l’OCLDI elle-même, empêchera difficilement les exactions.

Il faudrait en effet être présent au moment du recel chez les recycleurs pour espérer mettre la main sur des câbles numérotés qui, autrement, disparaîtront dans des bennes remplies de plusieurs tonnes de métaux en tout genre.

Un plan de lutte contre les vols de métaux dans les égouts a également été mis en place au niveau de l’agglomération parisienne fin mars, comprenant notamment un système de cartographie des galeries souterraines les plus fréquemment visitées par les voleurs. Néanmoins, l’impact de cette stratégie n’a pas encore pu être mesuré.

Mathias Destal

L’explication remercie le colonel Ottavi, chef de l'Office central de lutte contre la délinquance itinérante et Carole Grouesy, déléguée générale de la Fédération nationale horlogers, bijoutiers, joailliers, orfèvres.

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