France

L'ambitieux David Douillet

Sébastien Tronche, mis à jour le 26.09.2011 à 15 h 58

Il en rêvait, Sarkozy l'a fait: l'ancien judoka a été nommé ministre des Sports. Sa biographie sortie en avril révélait la face cachée de l’apprentissage politique chaotique de l’ambitieux député UMP des Yvelines.

David Douillet à l'Assemblée nationale. REUTERS/Jacky Naegelen

David Douillet à l'Assemblée nationale. REUTERS/Jacky Naegelen

La nouvelle est tombée moins d'un jour après les résultats des sénatoriales: David Douillet a été nommé ministre des Sports, en remplacement de Chantal Jouanno, démissionnaire pour cause d'élection à la haute assemblée.

Cela faisait des années qu'il espérait. Depuis son entrée en politique, David Douillet veut devenir ministre. Jusqu'à ce 26 septembre, le double champion olympique de judo, devenu député UMP puis secrétaire d'Etat aux Français de l'étranger, rongeait son frein et son ego.

Nous republions notre article paru en mai 2011 à l'occasion de la sortie de la biographie non-autorisée consacrée à David Douillet.

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Dans la cinglante biographie non autorisée qu’il consacre à l’ancienne personnalité préférée des Français (Ce si gentil David Douillet, aux Éditions du Moment) et qui sort le 28 avril, Arnaud Ramsay dévoile les coulisses de la lente insertion du colosse dans le monde politique: «Les compétences réelles de Douillet sont discutables, retient le rédacteur en chef chargé des sports à France Soir. Même s'il a la légitimité des urnes, il n'existe pas dans le débat. Être secrétaire d'État ou ministre ne sera pas évident mais c’est possible. Sarkozy est tellement étonnant!» Le maroquin des Sports, l’unique objectif du politicien Douillet, champion à l’ambition XXL comme son palmarès, lui a à plusieurs reprises filé entre les doigts.

Xavier Bertrand, le mentor

Pourtant, la trajectoire vers son Olympe de la chose publique était toute tracée: des réseaux, de l’argent et des affinités anciennes avec les deux derniers pensionnaires de l’Élysée. Proche du couple Chirac dès le milieu des années 90, alors qu’il n’est qu’un jeune sportif ceinturé d’or olympique et des échecs de l’entrepreneur débutant, Douillet entre parallèlement en maçonnerie. Passage quasi obligatoire pour qui lorgne sur le ministère des Sports. Guy Drut et Jean-François Lamour, tous deux initiés, qui ont accédé au maroquin sous la présidence de Jacques Chirac, peuvent en témoigner.

Bien que gaulliste, jamais David Douillet n’aura Jacques Chirac comme mentor. Son passage de plain-pied en politique, il le doit à son entrée en Sarkozie. Son parrain dans cette nouvelle vie se nomme Xavier Bertrand, maçon assumé et intronisé patron de l’UMP en décembre 2008, qui le nomme responsable de la vie sportive au sein du parti présidentiel. Puis le chaperonne pour la députation. «Présent au premier et au second tour de la campagne de Douillet, Xavier Bertrand l’a placé au quotidien sous la protection de Gérald Darmanin, espoir politique devenu son plus proche collaborateur à l’Assemblée nationale», rapporte Arnaud Ramsay.

Tôt, Sarkozy lui a conseillé le Palais Bourbon comme tremplin vers le strapontin ministériel. Car il ne veut pas rééditer la même erreur qu’avec Bernard Laporte, premier détenteur du maroquin des sports du quinquennat. «Le Président sait aussi que Douillet représente l’image du héros positif et qu’il possède la légitimité des urnes, ce qui n’a jamais été le cas de Bernard Laporte», écrit le journaliste.

Douillet attend son heure. Il la croit proche, lorsque Rama Yade commence à se mettre à dos l’Élysée. Il s’y voit déjà, quelques jours avant un léger remaniement effectué par François Fillon en mars 2010. Il a œuvré pour.

«La ceinture noire du ridicule»

Élu député des Yvelines en octobre 2009, Douillet se sent pousser des ailes. Le président lui commande un rapport sur «l’attractivité de la France pour l’organisation des grands événements sportifs». Un désaveu pour Rama Yade qui «sent  dès lors constamment son souffle sur sa nuque». Durant plusieurs mois, les deux vont «se livrer une guerre des communiqués». La victoire revient à la déléguée de la France auprès de l’Unesco. Par ippon, d’une saillie bien sentie dans la presse. «Chercher à me mettre dehors, qu’est-ce que ça veut dire? Il mériterait la ceinture noire du ridicule. On n’a pas à s’autoproclamer, ou à demander, ou à faire de la mendicité politique», balance-t-elle alors sur Europe 1.

Interrogé à ce sujet par l’auteur de l’enquête, Douillet aujourd’hui fait profil bas: «Je n’en veux pas à Rama Yade. Elle est spontanée, sa formule était bonne et m’a fait rire. Elle fait sa route, je ne suis ni jaloux, ni rancunier.»

Le PSG lui coûte le poste

Trop impétueux, trop empressé, Douillet va finalement griller une cartouche en s’en prenant au PSG, le club de cœur de Nicolas Sarkozy. La biographie revient longuement sur cet épisode:

«Interrogé dans les studios d’Europe 1 au sujet de la mort d’un Parisien de 37 ans, tabassé lors d’une rixe entre deux groupes de supporters du PSG, le député UMP des Yvelines suggère d’exclure le PSG de la Coupe de France. […] En proposant d’écarter le PSG de cette compétition, qui, en plus, lui sourit, il irrite au plus haut point Nicolas Sarkozy. […] Le chef de l’État, mécontent, lui aurait signifié en privé qu’il a encore beaucoup à apprendre, et d’abord à maîtriser son langage. […] Quelques figures historiques du PSG pèsent de toute leur influence pour éviter que Douillet ne se glisse un jour dans le costume ministériel.»

Le 22 mars, Rama Yade sera maintenue à son poste. Douillet poursuit son travail de sape, entre initiatives personnelles et attaques en règle contre Roselyne Bachelot et Rama Yade. L’échec de l’équipe de France au Mondial sud-africain lui en donne l’occasion. Le remaniement de novembre ayant fuité plusieurs mois à l’avance, le judoka croit son heure enfin venue, conforté en ce sens par des «petites phrases» de Nicolas Sarkozy lui-même:

«Il s’y voyait tellement, écrit le patron des sports à France-Soir. Il avait déjà commencé à constituer son équipe, à distribuer les postes de son cabinet…»

Il sera stoppé net par «la jurisprudence Laporte», en référence aux affaires qui ont rattrapé l’ancien sélectionneur du XV de France. Et l’auteur de citer un député de la majorité:

«Avec Douillet, Sarkozy ne voulait se retrouver avec un Éric Woerth bis sur les bras. […] Il était donc devenu potentiellement dangereux.»

Le verdict tombe comme un couperet. Sans un mot du président, ni de Xavier Bertrand, Douillet apprend le 14 novembre 2010 la nomination de Chantal Jouanno par Bernard Laporte. Un coup de massue.

Une dernière «fenêtre»?

Depuis, Gérard Longuet, également sous le coup de la jurisprudence Laporte, a rejoint le gouvernement. De quoi redonner courage à la bête. En cas de réélection du président sortant, «DD» serait une nouvelle fois en pole position pour enfin accéder à son rêve. «Sarkozy compte notamment sur l’ancien judoka dans la perspective de 2012, s’il décide de briguer un second mandat, analyse l’auteur. Douillet fait partie de la quinzaine de parlementaires reçus une fois par mois à l’Élysée pour tracer les contours d’une future campagne et servir de relais à la parole présidentielle

Douillet voit une fenêtre pour assouvir cette ambition dévorante de pouvoir et de responsabilités: les sénatoriales. Car si Chantal Jouanno est élue au Palais du Luxembourg en septembre prochain, elle devrait lâcher son maroquin. Son remplaçant serait alors un ministre de campagne, plus qu’un ministre exécutif. Un kimono taillé sur pièce pour Douillet. Il servirait alors de porte-étendard UMP de «la France qui gagne», de «héros positif» pour la campagne de Nicolas Sarkozy. L’auteur, lui, se pose la question: «Douillet n'étant pas très patient, attendra-t-il indéfiniment une promotion ou basculera-t-il, de nouveau, vers une nouvelle vie ?»

Sébastien Tronche

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