Les dictateurs sont des écrivains comme les autres

Plongée dans «l'oeuvre» littéraire de Kadhafi, Saddam Hussein, Kim Jong Il, Staline, Khomeini... Les surprises ne manquent pas.

Books/shutterhacks, via Flickr CC License by

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Dictateur: Mouammar al-Kadhafi

Œuvre: monologue intérieur hallucinogène

Mouammar Kadhafi en 2007, REUTERS/Louafi Larbi 

Dans le domaine de la littérature, le dirigeant libyen sur la sellette Mouammar al-Kadhafi est surtout connu pour son traité politique publié en 1975, le Livre vert, qui pose les fondations de la Jamahiriya, le système de gouvernement libyen, et que tous les Libyens sont censés avoir lu. Si l’on veut explorer plus intimement l’esprit du dictateur, c’est sa publication suivante, Escapade en enfer, qu’il faut lire—mais il faut réussir à passer outre l’incohérence de son monologue intérieur, décrit par un critique comme «un grumeau de vomi littéraire inégal et partiellement digéré.»

Escapade en enfer est présenté comme un recueil de nouvelles et d’essais, mais la plupart de ses lecteurs jugent qu’il est dépourvu des ingrédients de base que sont l’intrigue ou le contenu. L’une des nouvelles les plus bizarres s’intitule «Le suicide de l’astronaute.» Elle raconte l’histoire d’un astronaute qui revient sur Terre après un long séjour dans l’espace, découvre qu’il n’arrive pas à se réadapter à la vie normale et se donne la mort. C’est censé être un livre pour enfants. Une autre, intitulée «Arrêtez de jeûner quand vous voyez la nouvelle lune» encense et dénigre tout à la fois la proclamation du général Norman Schwarzkopf sur le moment où les forces alliées musulmanes devaient célébrer le ramadan pendant la Première Guerre du Golfe (décision traditionnellement du ressort des érudits islamiques).

Certains thèmes émergent cependant de ce fouillis. Kadhafi se déchaîne contre la décadence urbaine et le fondamentalisme islamique. Les critiques soulignent à quel point «l’écologie, la tradition et l’interdépendance éclairée figurent en bonne place de sa liste des vertus,» surtout dans sa logorrhée sur la beauté de la vie bédouine dans le désert. Et il ne fait pas semblant de haïr la ville:

«C’est la ville: un moulin qui broie ses habitants, un cauchemar pour ses bâtisseurs. Elle vous force à changer votre apparence et à remplacer vos valeurs; vous endossez une personnalité citadine, qui n’a ni couleur, ni saveur.... La ville vous oblige à écouter les bruits des autres, auxquels vous ne vous adressez pas. Vous êtes forcé d’inhaler jusqu’à leur haleine.... Pour les enfants, c’est pire que pour les adultes. Ils vont d’obscurité en obscurité... Les maisons ne sont pas des foyers—ce sont des trous et des grottes...»

«Hier, un jeune garçon a été écrasé dans cette rue, où il jouait. L’année dernière, un véhicule qui roulait trop vite a renversé une fillette qui traversait la rue, déchirant son corps. Ils ont rassemblé ses membres dans la robe de sa mère. Une autre enfant a été enlevée par des criminels professionnels. Au bout de quelques jours, ils l’ont relâchée devant chez elle, après lui avoir volé un de ses reins! Un autre garçon a été mis pour jouer dans une boîte en carton par des enfants du quartier, et a été accidentellement écrasé par une voiture.»

Rien d’étonnant qu’il préfère rester dans des tentes dans le désert.


LES DICTATEURS ÉCRIVAINS

Saddam Hussein

Kim Jong Il

Joseph Staline

Saparmourat Niazov

l’ayatollah Ruhollah Khomeini

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Publié le 01/05/2011
Mis à jour le 01/05/2011 à 14h09
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