Économie

Les bienfaits de l'immigration

Temps de lecture : 3 min

Les études d’économistes démontrent qu’elle ne provoque ni chômage ni dégradation des comptes sociaux.

Des Tunisiens, à Lampedusa, le 23 mars 2011. REUTERS/Alessandro Bianchi
Des Tunisiens, à Lampedusa, le 23 mars 2011. REUTERS/Alessandro Bianchi

Peu à peu, par renoncement des partis politiques de gouvernement, l’immigration apparaît négative. Les immigrés seraient responsables du chômage et de la stagnation des salaires. Il faut non plus seulement contrôler l’immigration mais l’arrêter, comme l’a demandé Claude Guéant (immédiatement et vivement critiqué, il est vrai, par Christine Lagarde). A un an des élections, il n’est pas «électoral» d’essayer de faire la pédagogie des bienfaits de l’ouverture des frontières. Plus aucun homme ou femme politique n’ose, et le Front national impose son idéologie xénophobe.

L’immigration est pourtant très utile, en Amérique, en Europe comme en France. Depuis Adam Smith, les économistes sont traditionnellement des grands défenseurs de l’arrivée de migrants sur le marché du travail. Toutes les enquêtes statistiques en confirment les bienfaits.

Une trop vieille Europe

D’abord le contexte. Dans l’Europe des Vingt-Sept, déjà dix pays voient leur population vieillir et rétrécir. A commencer par l’Allemagne. A partir de 2015, l’évolution démographique de l’ensemble de l’Union européenne sera négative. L’immigration est le seul moteur démographique positif. Or pour les économistes, le premier facteur de décroissance est la baisse de la population. Pour croître, une économie a besoin d’un marché du travail actif.

Depuis toujours, l’Europe a été une grande terre d’accueil. Elle compte 44 millions d’immigrants, 9% de ses 500 millions d’habitants. Mais le climat s’est durci au fil des années. Aujourd’hui, les sondages sont clairs: les populations européennes veulent restreindre ces flux. 90% des Italiens le souhaitent, 75% des Français, 66% des Britanniques.

Quels emplois prennent les immigrés?

Ces immigrés sont-ils créateurs de chômage? Prennent-ils les emplois des Français comme dit le Front national?

Les études convergent pour répondre négativement. Les jeunes «Européens» sont de plus en plus diplômes, ils aspirent à des fonctions de plus haut niveau. En conséquence, beaucoup d’emplois non qualifiés, de manœuvre, de services, de construction sont laissés vacants. De plus en plus d’immigrés les occupent et cela pousse les Français vers le haut, ce qui du même coup élève leurs salaires. Temporairement, note Sébastien Jean et Miquel Jimenez, si le marché du travail est rigide, une légère pression s’exerce sur les salaires des non qualifiés mais à moyen terme cet effet s’estompe puis s’inverse.

En tous cas, les immigrés ne prennent pas les emplois des Européens ou des Français.

Ce qui coûte cher, c'est la santé et les retraites

En revanche, ils prennent les places des autres immigrés, précédents, et provoquent un fort taux de chômage dans cette population. Ça, c’est vrai. Du coup, ils pèsent sur les caisses chômage. Et on remarque que, plus un Etat dispose d’une sécurité sociale généreuse, comme la France, plus il attire des immigrés sans qualifications.

Mais, en général en âge de travailler, ils ne pèsent pas sur les caisses de retraites et peu sur les caisses de santé (dont les plus grosses dépenses viennent des personnes âgées). Au total, l’immigration serait positive pour le budget de l’Etat [PDF], selon Xavier Chojnicki du Cepii.

Il ne s'agit pas, à l'inverse, de s’illusionner sur «ces immigrés qui vont payer nos retraites». Cet espoir est vain: il faudrait qu’ils soient beaucoup plus nombreux, jusqu’à doubler la population européenne en 2050. Le financement des retraites ne viendra pas de là, mais d’un allongement des durée de cotisation.

Non pas fermer la porte mais l’entr'ouvrir: c'est la solution de l’immigration «choisie», qui se généralise. Le pays n’accueille plus que les métiers dont il a besoin: artisans, ouvriers de la construction, agents de services... Ou bien encore des métiers qualifiés, comme le pratiquent le Canada, l’Australie ou les Etats-Unis. L’immigration américaine est ainsi qualifiée à 42% (contre 38% de non-qualifiés) alors qu’elle est majoritairement non qualifiée en France (à 85%).

Conclusion: la France devrait, à l’inverse de ce qu’a proposé Claude Guéant, encourager l’immigration choisie. Mais, dans tous les cas, globalement, les apports de main d’œuvre ne menacent pas les emplois et, sur un continent en déclin démographique, restent l’un des plus bénéfiques moteurs de croissance.

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher Cofondateur de Slate.fr

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