Monde

Les sex toys de l'université de Kate Middleton et du Prince William

Tony Perrottet, mis à jour le 27.04.2011 à 6 h 52

Phallus géants, gravures pornographiques et quête d'une perruque pubienne perdue: visite de la collection très privée qu'on trouve dans le musée de l'université de St.Andrews.

Le Prince William et Kate Middleton à un match de rugby à Londres, le 10 février 2007. REUTERS/Stephen Hird

Le Prince William et Kate Middleton à un match de rugby à Londres, le 10 février 2007. REUTERS/Stephen Hird

Quand les cloches nuptiales de l'abbaye de Westminster se mettront à sonner et que des millions de téléspectateurs s'apprêteront à assister aux noces royales, les médias raconteront en boucle la merveilleuse histoire d'amour du prince William et de Kate Middleton, qui débuta en 2001 à l'université de St. Andrews, en Écosse, alors qu'ils étaient tous deux de fringants étudiants en histoire de l'art. (William a ensuite opté pour la géographie.)

Dans l'imaginaire populaire, le vénérable établissement de 600 ans est devenu un décor d'antan enchanteur pour les amours royales. La chaîne américaine Lifetime lui a même réservé un traitement typiquement hollywoodien dans un film flamboyant, qui montre les jeunes étudiants aux yeux humides gambader à travers ses cloîtres médiévaux et ses allées pavées et verdoyantes.

Rares sont les visiteurs du musée de l'université à connaître l'existence de la BBWCC, pour «Beggar's Benison and Wig Club Collection», bien que cette collection soit célèbre parmi les conservateurs et un nombre restreint d'érudits. Mais avec une demande en bonne et due forme (et un sujet de recherche aussi sérieux qu'académique), le personnel pourra peut-être vous mener dans une salle à l'aspect clinique, enfiler des gants en latex puis extraire lentement des coffres d'archives quelques pièces historiques très insolites.

Phallus géants et verges en érection

Par exemple, des verres en forme de phallus géant, ou des plateaux obscènes aux gravures pornographiques surréalistes, comme des verges en érection ressemblant à des phares ou des coqs avec une tête en forme de pénis humain. L'une des pièces maîtresses est une tabatière garnie de poils pubiens féminins recueillis par l'un des ancêtres royaux les plus lubriques et délurés de William, le roi George IV, arrière-arrière-grand-oncle du prince, qui régna de 1820 à 1830.

Il y a aussi une boîte patinée par le temps qui révèle une sinistre tête de mannequin en bois, dont l'usage érotique remonte à un autre aïeul royal licencieux, Charles II. (Le prince William est lié au «Joyeux Monarque», qui régna de 1660 à 1685, par sa mère, Lady Diana, et plusieurs fils illégitimes du roi.)

L'observateur moderne s'étonnera que ces objets grivois proviennent d'une époque le plus souvent associée à des mœurs très conservatrices, avec hommes à perruque poudrée et femmes corsetées échangeant des galanteries devant une tasse de thé et des scones beurrés.

Le club de la bénédiction de la mendiante

Ces étranges reliques appartenaient à un groupe appelé Beggar's Benison [littéralement, la «bénédiction de la mendiante» Ndt]. Des dizaines de clubs libertins «éclairés» qui virent le jour en Grande-Bretagne pendant l'époque géorgienne, souvent appelés Hellfire Clubs, celui-ci eut l'existence la plus longue. Il fut fondé en 1732 dans un village de pêcheurs embrumé de l'Écosse, Anstruther, à quelques kilomètres de St. Andrews, dans l'East Neuk of Fife [partie septentrionale de Firth of Forth Ndt]. Malgré la documentation détaillée dont nous disposons sur les rituels graveleux du club, ils n'ont encore jamais fait l'objet d'un film d'époque anglais. (Cela dit, on imagine mal Sir Anthony Hopkins et Emma Thompson accepter un rôle.)

Selon les comptes rendus du club et les témoignages directs qui ont survécu au temps, les membres masculins du Benison, qui étaient issus de toutes les franges de la bonne société écossaise, se réunissaient une fois par mois dans une taverne d'Anstruther. En début de soirée, des filles du village dévêtues, surnommées «les mannequins coquins», adoptaient des poses acrobatiques sur les tables afin de révéler «les Secrets de dame Nature».

On lisait ensuite de la prose paillarde, puis on portait un toast en levant les verres phalliques: «Érection ferme, bonne pénétration, excellente distillation, sans souillure». Après quoi, le président du club ouvrait la boîte de bois et en sortait une perruque bigarrée qui, selon la tradition, avait été confectionnée à partir des poils pubiens des nombreuses maîtresses de Charles II. Les membres du club la portait à tour de rôle, comme un talisman aux pouvoirs virilisants.

Enfin, les égrillards, totalement ivres, se regroupaient autour d'une table pour se masturber sur le fin plateau d'étain baptisé «plateau d'épreuve». (Comme un compte rendu d'une soirée de 1737 le signale laconiquement: «Ils étaient 24. (…) Tous se sont branlés.»)

George IV, un membre d'exception

Selon David Stevenson, professeur émérite d'histoire écossaise à l'université de St. Andrews et auteur du très novateur ouvrage The Beggar's Benison: Sex Clubs of Enlightenment Scotland and Their Rituals, le club rencontra un tel succès auprès des hommes d'affaires que des sections locales furent créées partout où voyageaient les Écossais, à Londres, New York, et même dans les lointaines colonies d'Inde et d'Australie.

Des membres non écossais appartenant aux plus hautes sphères de la société britannique s'y pressaient pour pratiquer des rituels irrévérencieux qui raillaient allègrement toute forme de censure et de répression sexuelle, y compris la nouvelle lubie médicale de l'époque selon laquelle la masturbation était très dangereuse pour la santé.

Devenu membre de la section londonienne pendant sa jeunesse dissolue, George IV garda toujours une certaine affection pour le club. En visite officielle à Édimbourg en 1822, il offrit même au maître du Benison une tabatière renfermant des poils pubiens de l'une de ses maîtresses. (L'objet contient toujours une touffe compacte de boucles, aujourd'hui argentées, mais qui ont conservé une nuance de roux.)

Peut-être le roi George voulut-il par ce geste entamer la création d'une toute nouvelle perruque: en 1777, un élément rebelle du Benison avait emporté le vénéré postiche pour ouvrir son propre cercle, le Wig Club [le club de la perruque]. Là, les nouveaux membres devaient apporter un poil du sanctuaire de leur dulcinée afin de regarnir la coiffe effilochée.

La fin des clubs libertins

Remarquablement résistant, le Benison vécut plus d'un siècle. Mais en 1836 –un an avant l'accession au trône de la reine Victoria, à la veille d'une époque bien moins épicurienne– le club tint sa dernière réunion à Anstruther, et ses différentes sections locales dépérirent lentement. Victimes d'une ère du temps restrictive, les objets de la plupart des clubs libertins britanniques furent détruits par des familles écœurées.

Cependant, une grande partie des pièces du Benison et du Wig Club ont miraculeusement survécu en Écosse, passant de main en main, de génération en génération. En 1921, un officier de l'armée écossais féru d'histoire, le colonel Robert Maxwell "Canch" Kavanagh, les regroupa et tenta même de ressusciter les rituels des clubs, mais sans succès. («Les rites de l'amitié masculine avaient considérablement changé», a résumé Stevenson de façon lapidaire.) Le trésor du colonel fut finalement légué au musée de l'université de St. Andrews, mais la pièce la plus scandaleusement célèbre, la perruque pubienne, ne fut jamais retrouvée.

Malgré la prolifération des musées du sexe en Europe, la Beggar's Benison and Wig Club Collection n'a jamais été exposée. («St. Andrews se visite en famille,» m'a expliqué un employé du musée quand je suis allé inspecter les légendaires objets. «On a pensé à exposer les pièces les plus inoffensives, mais ça a été refusé. Parce que, comment expliquer au jeune public à quoi elles servaient?»)

On ignore si le prince William a eu connaissance de la planque coquine qu'abrite son université, et de sa connivence avec la famille royale.

La surprise nuptiale de Kate...

Et la mystérieuse disparition de la célèbre mascotte du Wig Club, aperçue pour la dernière fois dans le bureau d'un avoué à Leith dans les années 1930, devrait donner du grain à moudre aux adeptes de la théorie du complot royal.

Des millions de personnes pensent déjà que Jack l'Éventreur était à la solde de Buckingham Palace et que ce sont les services secrets de Sa Majesté qui ont réglé leur compte à Lady Di et à Dodi. Les agents du palais n'aurait sûrement eu aucun mal à subtiliser une perruque royale dans un obscur bureau d'avoué...

Disons simplement que Kate Middleton pourrait avoir une drôle de surprise lors de sa nuit de noces.

Tony Perrottet

Traduit par Chloé Leleu

Tony Perrottet
Tony Perrottet (11 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte