Monde

ONU: 19 ans de maintien de la paix difficile en Afrique

Cécile Dehesdin, mis à jour le 29.04.2011 à 16 h 03

Côte d'Ivoire, certes, mais aussi Angola, Liberia, Burundi, Sierra Leone... Retour sur les 19 missions de maintien de la paix onusiennes en Afrique mises en place depuis 1992 et l'Onusom, en Somalie, un échec profond pour les Nations Unies.

Un Casque bleu indien de la Monuc patrouille à Kiwanja, en République Démocratique du Congo, le 5 novembre 2008.

Un Casque bleu indien de la Monuc patrouille à Kiwanja, en République Démocratique du Congo, le 5 novembre 2008.

Avec l’arrestation de Laurent Gbagbo, la Côte d’Ivoire sort de plusieurs mois de crise. En plus d’être une crise humaine pour les Ivoiriens, la situation était aussi critique pour l’ONU et sa mission de maintien de la paix sur place, l’Onuci, «testée jusqu’à ses plus extrêmes limites» selon le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies.

Retour sur les 19 missions de maintien de la paix de l’ONU en Afrique –elles sont classées par pays, certains pays regroupant plusieurs missions successives– depuis 1992.

1992, parce que c'est l'année où l'ONU s'engage en Somalie, pour une mission qui causera un sérieux coup à la crédibilité de l’organisation des Nations unies, et qui a profondément marqué et façonné l’image que la communauté internationale se fait du maintien de la paix. Pas une seule année ne s'est passée depuis 1992 sans l'ONU ne soit déployé en Afrique.

19 ans de missions de maintien de la paix qui se sont succédées ou chevauchées pour des résultats peu glorieux. Les Nations Unies se sont généralement mobilisées pour aider un Etat à faire appliquer des accords de paix qui mettaient fin à une guerre civile, à la demande ou avec le soutien des parties (gouvernement/rebelles) concernées.

Mais les affrontements ont continué (Somalie, Angola, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Côte d'Ivoire...), repris après le départ de l'ONU (Liberia) et ses quelques succès (Sierra Leone) restent extrêmement fragiles. Certaines missions se sont arrêtées par des camouflets, avec les Etats africains demandant constamment le remplacement de l'envoyé spécial de l'ONU (Burundi), ou tout simplement empêchant les Casques Bleus de continuer leurs opérations (Erythrée). L'ONU n'a pas empêché le massacre rwandais, qui s'est déroulé sous ses yeux, et la situation au Darfour est toujours aussi meurtrière.

Cécile Dehesdin


19 missions en 19 ans

1992-1993 La Somalie

1992-1994 Le Mozambique

1993-1996 Le Rwanda

1993-1997 Le Liberia

1995-1997 L'Angola

1998-2000 La République centrafricaine

1999- ? La République démocratique du Congo

1999-2005 La Sierra Leone

2000-2008 L'Erythrée et l'Ethiopie

2003- ? La Côte d'Ivoire

2004-2006 Le Burundi

2005- ? Le Soudan

2007- ? Le Darfour

2007-2010 La République Centrafricaine et le Tchad

La Somalie

Nom de l’opération: Onusom I (Opération des Nations Unies en Somalie I)

Dates de l’opération: avril 1992-mars 1993

Effectifs: Une cinquantaine d’observateurs militaires, 3.500 militaires chargés de la sécurité, plus de 700 militaires chargés de soutien logistique, et du personnel civil local et international.

Pertes humaines de l’ONU: 8 militaires

Coûts: 42,9 millions de dollars (net)

Pourquoi l’ONU y est allé: Le but de l’opération de maintien de la paix était de surveiller la mise en place du cessez-le-feu censé mettre fin au conflit généralisé entre les groupes armés (différents groupes d'insurgés et les forces encore loyales à Syaad Barre). L'opération devait assurer la protection des moyens (humains et matériels) de l’ONU sur place ainsi que le bon acheminement de l’aide humanitaire (ces deux dernières missions déjà présentes depuis la résolution 733, quelques mois plus tôt). D’abord limité à la capitale Mogadiscio, le mandat de l’Onusom I est élargi en août 1992 pour concerner l’ensemble de la Somalie.

Ce qui s’est passé: Fondée sur «une présupposition illusoire –que les parties au conflit somalien s’entendraient pour un accord de cessez-le-feu», et avec des moyens mal proportionnés (seulement 50 observateurs militaires), Onusom I n’est absolument pas une force dissuasive à même «d’inciter les factions ennemies à négocier et, au besoin, à imposer une solution politique au conflit», écrivait le professeur et chercheur Jean-Paul Brodeur dans son étude sur le maintien et l’imposition de la paix en Somalie.

C’est un tel échec que l’Unitaf –mieux connue sous le nom d’opération Restore Hope–, sous commandement américain, est formé pour empêcher le pillage des produits humanitaires et pour aider à son acheminement. Près de 40.000 soldats américains et étrangers escortent les convois. L’opération ne dure que cinq mois et, si elle soulage momentanément la famine dans plusieurs zones du pays, elle n’instaure pas de solution à la crise politique du pays. Des soldats de plusieurs pays sont traduits devant la Cour martiale pour leurs agissements sur le terrain.

Lui succède l’Onusom II, à nouveau sous commandement de l’ONU. Les 20.000 soldats et 8.000 civils sont déployés dans toute la Somalie. Ils devaient n’y rester que sept mois (entre mars et octobre 1993), mais l’opération se prolonge finalement jusqu’en mars 1995, et enchaîne les problèmes: en particulier, l’embuscade qui tue 24 et blesse 57 soldats pakistanais, et la bataille de Mogadiscio avec ses images du corps d’un soldat américain traîné dans les rues de la capitale, qui renverseront l’opinion publique américaine et signeront la fin de la présence des forces des Etats-Unis dans l’opération.

La situation aujourd’hui: Onusom I et les deux opérations qui l’ont suivie n’ont rien réglé. Les Somaliens n’ont jamais accepté la reconstruction politique imposée par Onusom II, et la guerre civile se poursuit entre les factions. Vingt ans après le début de la crise, des milliers de Somaliens continuent de fuir leur pays, et constituent la troisième population au monde comptant le plus de réfugiés (après les Afghans et les Palestiniens)

Le Mozambique

Nom de l’opération: Onumoz (Opération des Nations Unies au Mozambique)

Dates de l’opération: Décembre 1992-Décembre 1994

Effectifs: Plus de 7.000 militaires et policiers et de 800 civils.

Pertes humaines: 26

Coûts: 486,7 millions de dollars (net)

Pourquoi l’ONU y est allé: Pour mettre en œuvre l’accord de paix générale de Rome signé entre le président de la république du Mozambique et le président de Résistance Nationale du Mozambique, surveiller le respect du cessez-le-feu, et le processus électoral. Pour mener un programme d’assistance humanitaire visant à réintégrer les 6 millions de Mozambiquais déplacés pendant la guerre civile.

Ce qui s’est passé: Après des difficultés de mise en place, notamment parce que le rythme prévu par l’accord de paix «s’est révélé peu réaliste», la mission se déploie. Les élections, prévues à la base pour octobre 1993, ont finalement lieu un an plus tard, tout comme la démobilisation et le désarmement des différentes forces.

Le président de Résistance Nationale du Mozambique commence par boycotter l’élection quand le vote commence, mais l’ONU et des ambassadeurs réussissent à le convaincre de rester dans la course. Le responsable de l’Onumoz note que les élections se déroulent calmement et sans grandes irrégularités. Le président Joaquim Chissano est réélu. Le mandat de l’Onumoz se termine peu de temps après.

Chissano est réélu en 1999, sous les protestations du Renamo qui affirme que l’élection était entachée par des fraudes importantes. Des dizaines de personnes meurent dans les manifestations violentes qui suivent.
Armando Guebuza succède à Chissano en 2004 et est réélu en 2010, mais le Renamo affirme que des fraudes massives ont eu lieu et demande l’annulation de l’élection.

La situation aujourd’hui: En septembre 2010, de violentes manifestations ont lieu dans plusieurs villes pour protester contre le prix des aliments, faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Le sol du pays est toujours infesté de mines, mais le pays espère avoir terminé son déminage d’ici 2014.

Le Rwanda

Nom de l’opération: Monuor (Mission d’Observation des Nations Unies en Ouganda-Rwanda) puis Minuar (Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda)

Dates de l’opération: juin 1993-septembre 1994 et octobre 1993-mars 1996.

Effectifs: 81 observateurs militaires pour la Monuor, plus de 5.000 soldats pour la Minuar.

Pertes humaines de l’ONU: 0 pour la Monuor, 27 personnes pour la Minuar.

Coûts: 2,3 millions de dollars net jusqu’à fin décembre 1993 pour la Monuor. Les coûts rentrent ensuite dans ceux de la Minuar, ceux-ci s’élèvent au total à 453,9 millions de dollars.

Pourquoi l’ONU y est allé: L’ONU met en place la Monuor pour surveiller la frontière entre l’Ouganda et le Rwanda afin de vérifier qu’aucune assistance militaire (armes, munitions, etc) ne la traverse pour venir en aide aux rebelles tutsi du Front patriotique rwandais, alors que des affrontements entre le FPR et gouvernement hutu ont lieu depuis 1990.

La Minuar est déployée pour aider à mettre en place les accords d’Arusha signés en août 1993 en assurant la sûreté dans la capitale et en vérifiant que le cesser-le feu est respecté, et pour aider à coordonner l’aide humanitaire.

Ce qui s’est passé: Les hommes de la Monuor prennent place sur une partie de la frontière, côté Ouganda. La force constitue un certain facteur de dissuasion, mais n’empêche pas que des armes continuent de passer par d’autres chemins moins contrôlés. Après la signature des accords d’Arusha en août 1993, l’ONU met en place une autre mission, la Minuar, à laquelle la Monuor est intégrée.

C’est un échec total puisque le génocide de 800.000 Rwandais a lieu alors même que l’opération est déployée dans le pays. Parmi les pires décisions prises par l’ONU, 15 jours après le début des massacres à la mi-avril 1994, les effectifs de la Minuar passent de 2.500 à 270 personnes (le Conseil de sécurité se ravise un mois plus tard en adoptant une autre résolution instaurant une force de 5.000 militaires dans le pays avec la Minuar II). Le lieutenant-général Roméo Dallaire –en charge de la Monuor et de la Minuar– explique avoir été confronté à plusieurs reprises à des refus d’intervention du Conseil de sécurité: il voulait par exemple pouvoir fouiller des caches d’armes, «pas dans le mandat de la Minuar», répond l’ONU. La mission est trop faiblement équipée et ne comprend pas l’ampleur de la crise politique.

La situation aujourd’hui: Le Rwanda est stable et en paix, avec une forte croissance économique (PDF) et une importante amélioration de la scolarisation et d’autres facteurs sociéto-économiques ainsi qu’une baisse de la mortalité infantile.

Politiquement en revanche, le président Paul Kagame figure dans notre top 10 des dictateurs les mieux élus au monde. Le groupe d’observation du Commonweatlh a estimé que l’élection de 2010 s’est déroulée dans une atmosphère «pacifique» étant donné le passé récent extrêmement violent du pays, même s’il souligne que des limites existent sur la liberté d’association et de participation et que «le fait que les quatre candidats étaient issus de la coalition au pouvoir signifie qu’il y avait un manque de voix d’opposition critique». Aucun des trois partis d’opposition n’a pu présenter de candidat aux élections.

Le Liberia

Nom de l’opération: Monul (Mission d’Observation des Nations Unies au Liberia)

Dates de l’opération: septembre 1993-septembre 1997

Effectifs: Environ 300 militaires et 200 civils

Pertes humaines de l’ONU: 0

Coûts: 99,3 millions de dollars net

Pourquoi l’ONU y est allé: Pour aider à faire respecter l’Accord de paix de Cotonou (PDF) signé entre les trois parties prises dans une guerre civile au Liberia, en coopération avec la mission de maintien de la paix déjà mise en place par les «casques blancs» de la Cedeao. Les opérations de maintien de la paix sont menées par ces derniers, mais la Monul les conseille et les aide logistiquement, en plus de vérifier le processus électoral et participe à la coordination de l’aide humanitaire.

Ce qui s’est passé: Les élections ne peuvent se tenir en 1994 comme prévu à cause du retard pris dans la mise en place du traité de paix et de nouveaux affrontements entre les parties. Elles ont finalement lieu en 1997, date à laquelle la Monul est close, estimant avoir rempli son principal objectif et laissant sur place un bureau chargé d’aider le gouvernement à reconstruire le pays dans la paix. Mais en 1999 la guerre civile reprend (PDF) entre le gouvernement de Charles Taylor et ses opposants.

Le 1er août 2003, le Conseil de sécurité autorise la mise en place d’une opération militaire internationale (PDF), puis, après la signature par les différentes factions libériennes d’accords de paix et la démission de Charles Taylor, crée la Minul. Cette nouvelle mission de maintien de la paix et ses 10.000 soldats et policiers sont chargés de faire appliquer ces accords.

La situation aujourd’hui: La Minul est toujours en cours.

L'Angola

Nom de l’opération: Unavem III (Mission de Vérification des Nations Unies en Angola III)

Dates de l’opération: février 1995-juin 1997

Effectifs: 4.220 militaires dont 283 observateurs.

Pertes humaines de l’ONU: 32 personnes

Coûts: 134,980 millions de dollars net

Pourquoi l’ONU y est allé: L’opération fait suite à l’Unavem I et II dans les efforts de l’ONU pour participer à la transition politique en Angola hors de la guerre civile. Unavem III doit aider le gouvernement angolais et l’Unita à rétablir la paix et la réconciliation nationale en contrôlant le cessez-le-feu, servant de médiateurs, vérifiant la démobilisation des forces de l’Unita et le désarmement des civils, ainsi qu’en regardant de près le processus électoral.

Ce qui s’est passé: L’opération prend du retard sur toutes ses missions parce que les deux parties (gouvernement angolais et Unita) ne se font pas confiance. Elles continuent par ailleurs toutes deux à importer des armes. La mission est remplacée par une Mission d’observation des Nations unies en Angola (Monua), qui ne rencontre pas d’avantage de succès. Les troupes d’Unita ne sont pas démilitarisées et continuent d’attaquer notamment le personnel de l’ONU et des civils dans les zones où l’Etat ne s’est pas encore imposé. Quand la situation empire jusqu’à une reprise de la guerre civile en janvier 1999, le secrétaire général de l’ONU note que l’organisation ne peut plus y remplir sa mission, et que le gouvernement angolais a prévenu qu’il ne soutiendrait pas un prolongement du mandat de la Monua. La guerre civile dure jusqu’en 2002.

La situation aujourd’hui: Le pays est toujours infesté de mines anti-personnel. Après une guerre civile de 27 ans, l’Angola a tenu en 2008 ses premières élections depuis 1992, dans une logistique chaotique. La nouvelle constitution, adoptée début 2010, prévoie que la tête de liste du parti vainqueur aux élections législatives devienne président de la République, ce qui permettrait à José Eduardo dos Santos, président du pays depuis plus de 30 ans, de rester au pouvoir.

La République centrafricaine

Nom de l’opération: Minurca (Mission des Nations Unies en République Centrafricaine)

Dates de l’opération: Avril 1998-Février 2000

Effectifs: Plus de 1.550 militaires et policiers et de 200 civils

Pertes humaines de l’ONU: 2

Coûts: 100 millions de dollars (brut)

Pourquoi l’ONU y est allé: Pour aider à stabiliser et sécuriser la capitale Bangui et ses environs après la signature des accords de Bangui qui mettaient fin à une crise politique avec plusieurs mutineries militaires. Pour participer à l’effort de désarmement et à la formation de la police nationale, et servir de conseillers lors de la préparation des élections législatives, puis pour celle de la présidentielle. La Minurca arrive sur place pour succéder à une mission mise en place par plusieurs pays africains et la France, qui veut en retirer ses troupes.

Ce qui s’est passé: La Minurca patrouille en permanence dans Bangui et ses environs, parfois avec des forces locales, mais la situation dans le centre du pays reste plus dangereuse. La mission aide à mettre en place une commission électorale (PDF) et d’autres garde-fous pour les élections, et s’estime satisfaite du déroulement des législatives et de la présidentielle, lors de laquelle Ange-Félix Patassé est réélu. L’ONU met un terme à la mission en 2000, alors remplacée par un «bureau de construction de la paix».

Mais plusieurs tentatives de putsch ont lieu en 2001, et en 2003 le général François Bozizé réussit un coup d’Etat. Après une transition politique, il est élu président en 2005 avec 64% des voix.

Le programme de démobilisation, désarmement et réinsertion des ex-rebelles prend du retard, de nouveaux groupes rebelles apparaissent et les conflits continuent, particulièrement dans le Nord et l’Est du pays.

La situation aujourd’hui: Le pays est l’un des plus pauvres et les plus touchés par le Sida au monde. Les élections législatives et présidentielles ont finalement eu lieu avec un an de retard, mais ont été extrêmement contestées par l’opposition et des experts électoraux internationaux. Les attaques de groupes rebelles continuent.

La République démocratique du Congo

Nom de l’opération: Monuc (Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo) puis Monusco (Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo)

Dates de l’opération: septembre 1999- ?

Effectifs: Plus de 19.000 militaires et de 4.000 civils

Pertes humaines de l’ONU: 161

Coûts: 8,73 milliards de dollars

Pourquoi l’ONU y est allé: Pour superviser la mise en place du cessez-le-feu de l’accord de Lusaka et la démilitarisation des groupes armés, et pour faciliter l’aide humanitaire.

Ce qui s’est passé: Résolution après résolution, le mandat de la Monuc s’est étendu pour inclure la protection des populations civiles en danger imminent, mais l’opération n’a pas réellement rempli ce rôle, particulièrement depuis 2006, année où les premières élections depuis 22 ans se sont tenues. Pour RFI, c’est à cette date que la communauté internationale s’est désinvestie, estimant avoir pacifié le Congo. Deux ans plus tard, les rebelles considèrent la Monuc comme un ennemi et les populations civiles ne lui font plus confiance, manifestant par exemple devant son siège en 2008 après l’avancée des rebelles.

C’est à cette époque qu’un général tout juste nommé à la tête de la mission démissionne, officiellement pour «raisons personnelles», officieusement parce qu’il estime ne pas avoir les moyens de son mandat. Un autre responsable a également officiellement affirmé que la Monusco ne serait jamais mesure de protéger les civils sans davantage de moyens. En 2010, le sous-secrétaire général de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix a reconnu que la Monusco avait failli à son rôle en se montrant incapable d’empêcher des viols de masse perpétrés dans plusieurs villages.

Des personnels de la Monuc ont été impliqués dans 140 cas d’allégations d’abus sexuels entre décembre 2004 et août 2006.

La situation aujourd’hui: Plus d’un million de personnes sont des «déplacés» qui survivent dans des forêts, des familles d’accueil ou des camps de réfugiés. La RDC n’est toujours pas stable, avec plusieurs groupes armés toujours en activité, un territoire où l’autorité de l’Etat n’est pas établie partout, une mauvaise gouvernance et une corruption endémique.

La Monuc est devenue la Monusco depuis l’été 2010, et reste la plus grosse opération de maintien de la paix onusienne de la planète. Cette dernière a comme premier objectif la protection des civils, et s’est particulièrement déployée dans l’est du pays, où les affrontements continuent.

La Monusco a participé au financement du premier procès contre un commandant de l’armée congolaise pour viol.

La Sierra Leone

Nom de l’opération: Minusil (Mission des Nations Unies en Sierra Leone)

Dates de l’opération: octobre 1999-décembre 2005

Effectifs: Plus de 17.000 militaires et de 500 civils

Pertes humaines de l’ONU: 192

Coûts: 2,8 milliards de dollars

Pourquoi l’ONU y est allé: Pour garantir l’application des accords de Lomé, qui mettaient fin à la guerre civile de Sierra Leone entre le Revolutionary United Front (RUF) et le gouvernement, en procédant notamment au désarmement des différents groupes. La Minusil fait suite à la Minosil, une mission d’observation dont les forces avaient quitté le pays après la reprise des combats.

Ce qui s’est passé: Après des débuts difficiles, la Minusil s’est finalement révélée l’une des réussites de l’ONU. L’opération manque de s’effondrer en 2000, quand le RUF enlève des centaines de casques bleus et de personnels onusiens. Le secrétaire général de la mission note alors que celle-ci manque de cohésion (PDF) entre les équipes des différents pays qui la composent, sur le plan du mandat de l’opération comme, d’un point de vue plus pratique, au niveau de son commandement.

La Minusil réussit à récupérer ses soldats et personnels civils enlevés lors d’une opération d’envergure, puis parvient à réinstaurer un cessez-le-feu et la négociation. Le gouvernement déclare la guerre terminée en 2002, date à laquelle la mission a désarmé et démobilisé plus de 75.000 combattants. L’ONU met également en place cette année-là, à la demande du gouvernement, le tribunal spécial pour la Sierra Leone, en charge de juger les criminels de guerre.

En 2005, le représentant de l’ONU en Sierra Leone annonce que la mission est une réussite et que les casques bleus se retireront du pays en conséquence. Un bureau de l’ONU s’installe à la place, pour aider à la préparation des élections présidentielle et législatives de 2007. Lui succède un autre bureau, chargé de consolider la gouvernance du pays et de résoudre les potentielles sources de tensions.

La situation aujourd’hui: La situation s’est considérablement améliorée, même si le pays –le dixième plus pauvre au monde– reste fragile.

L'Erythrée et l'Ethiopie

Nom de l’opération: Minuee (Mission des Nations Unies en Erythrée-Ethiopie)

Dates de l’opération: juillet 2000- juillet 2008

Effectifs: Plus de 4.000 militaires, 500 civils locaux et internationaux

Pertes humaines de l’ONU: 20 personnes

Coûts: 1,32 milliard de dollars

Pourquoi l’ONU y est allé: Pour vérifier la fin effective des affrontements entre l’Erythrée et l’Ethiopie après la signature d’un accord de cessation des hostilités (PDF) concernant la frontière qu’ils partagent. La mission devait s’arrêter à l’achèvement de la délimitation et démarcation de la frontière, sa création demandée par le traité de paix.

Ce qui s’est passé: Le mandat de la Minuee est rapidement modifié pour aider davantage la Commission du tracé de la frontière en participant notamment au déminage de la zone. Dès 2004, l’Erythrée impose des restrictions aux mouvements des casques bleus contraires aux accords signés avec l’Ethiopie. A partir de 2007, l’Erythrée ne livre plus d’essence à la mission, officiellement pour des «raisons techniques».

Mais un responsable de la mission explique dans un rapport que l’Etat ne fait rien pour régler la situation et n’autorise pas non plus la mission à importer directement de l’essence depuis la mission des Nations unies au Soudan.

La Minuee est forcée de réduire ses patrouilles à la frontière, et ses troupes se retrouvent bloquées à plusieurs reprises par celles de l’Erythrée. Le 30 juillet 2008, le Conseil de sécurité décide de mettre fin à la Minuee.

La situation aujourd’hui: La frontière entre les deux pays est fermée, et toute la zone l’entourant hautement militarisée.

La Côte d’Ivoire

Nom de l’opération: Minuci (Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire) puis Onuci (Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire)

Dates de l’opération: mai 2003- ?

Effectifs: 75 observateurs militaires et 100 civils pour la Minuci, 9.000 soldats et policiers et plus de 1.000 civils pour l’Onuci.

Pertes humaines de l’ONU: 0 pour la Minuci, 72 pour l’Onuci

Coûts: 29,9 millions de dollars au total pour la Minuci. 485 millions de dollars pour l’Onuci entre le 1er juillet 2010 et le 31 juin 2011.

Pourquoi l’ONU y est allé: La Minuci est créée pour aider les signataires des Accords de Linas-Marcoussis à les mettre en place. L’Onuci lui succède en février 2004 avec des forces beaucoup plus conséquentes, et doit surveiller l’application du cessez-le-feu, participer au désarmement et à la démobilisation des différents groupes armés, aider le gouvernement à établir l’état de droit dans toute la Côte d’Ivoire.

Ce qui s’est passé: Les affrontements reprennent dès l’automne 2004. En novembre, des bombardiers ivoiriens tuent –«par erreur»– des soldats français (présents dans le cadre de l’opération Licorne, qui soutient l’action de l’Onuci). Les Français ripostent et détruisent l’aviation ivoirienne. Les violences continuent en 2005. Laurent Gbagbo et les rebelles de Forces nouvelles signent l’accord politique de Ouagadougou. En 2010, l’Onuci surveille de près l’élection présidentielle qui a finalement lieu après avoir été reportée six fois en 5 ans, mais assiste à la montée des affrontements entre les pro-Gbagbo et les pro-Ouattara sans empêcher les violences post-électorales.

La situation aujourd’hui: Laurent Gbagbo, vaincu à la dernière présidentielle mais qui avait refusé de quitter le pouvoir, a été arrêté (par les forces pro-Ouattara et/ou les Français). La reprise du pouvoir par Alassane Ouattara ne signifie pas pour autant la fin des violences, même si celui-ci a contacté la Cour pénale internationale pour que toutes les exactions commises dans le pays –y compris celles par ses propres forces- soient jugées. Amnesty International affirme que des civils n’osent pas rentrer dans certaines villes parce que l’Onuci n’y est pas assez présente.

Le Burundi

Nom de l’opération: Onub (Opération des Nations Unies au Burundi)

Dates de l’opération: Juin 2004-Décembre 2006

Effectifs: Plus de 5.600 militaires et policiers et de 700 civils

Pertes humaines: 24

Coûts: 678,3 millions de dollars (brut)

Pourquoi l’ONU y est allé: Pour aider (PDF) à mettre en place l’accord de paix et de réconciliation d’Arusha pour le Burundi, signé en 2000, et à surveiller les cessez-le-feu signés par le gouvernement provisoire et différents groupes rebelles, en protégeant les populations civiles en danger imminent. L’Onub doit aussi participer à la surveillance des frontières, à l’organisation des élections, répandre l’autorité de l’Etat dans l’ensemble du pays et aider à mener à bien le programme de désarmement.

Ce qui s’est passé: En 2005, un accord de fin des hostilités est signé par toutes les parties du conflit civil, mais les rebelles du FNL continuent leurs attaques (PDF). La même année, les anciens rebelles du Conseil national pour la défense de la démocratie remportent les élections communales et législatives qui se déroulent sous surveillance de l’ONU.

En 2006 un accord de paix complet est à nouveau signé par tous les protagonistes du conflit, respecté au début (PDF) mais pas pour longtemps.
Notant que le peuple burundais a élu démocratiquement ses dirigeants et qu’un accord de paix compréhensif a été signé, et demandant à toutes les parties de les respecter, l’ONU décide de mettre fin au mandat de l’Onub (PDF). À son départ est mis en place le Binub (Bureau intégré des nations unies au Burundi), chargé de construction de la paix.

En 2009, le gouvernement burundais demande pour la troisième fois en quatre ans le remplacement du représentant exécutif de l’ONU dans le pays, comme un camouflet pour les Nations Unies.

Comme l’expliquait Grégoire Fleurot dans son top 10 des dictateurs les mieux élus, Pierre Kkurunziza a été réélu président en 2010 avec plus de 91% des voix en étant le seul candidat. Les candidats de l’opposition s’étaient retirés pour protester contre les irrégularités du scrutin. L’observateur de l’Union européenne a déploré «l’absence d’une compétition multipartite» mais souligné que «malgré un contexte tendu et parfois violent, le peuple burundais a pu exercer son droit de vote». De nombreux opposants ont été arrêtés dans les semaines qui ont précédé le scrutin, où les explosions de grenades étaient fréquentes dans le pays.

La situation aujourd’hui: Le pays est en crise depuis la présidentielle, avec une montée de règlements de compte entre forces gouvernementales et rebelles. Les rebelles burundais ont retrouvé leurs anciens alliés rwandais et le président refuse de communiquer avec l’opposition politique, marginalisant les opposants.

Le Soudan

Nom de l’opération: Minus (Mission des Nations Unies au Soudan)

Dates de l’opération: septembre 2005- ?

Effectifs: Plus de 10.000 militaires et de 4.000 civils

Pertes humaines de l’ONU: 59

Coûts: 1 milliard d’euros (1er juillet 2010-31 juin 2011)

Pourquoi l’ONU y est allé: Pour veiller à la mise en place des accords de paix signés entre le gouvernement soudanais et l’Armée populaire de libération du Soudan, notamment en formant la police locale, protégeant la population, et en coordonnant le retour volontaire des centaines de milliers de réfugiés.

Ce qui s’est passé: Alors que la situation au Darfour, dans l’est du Soudan, s’aggrave, le responsable de la mission recommande en juin 2006 l’expansion du mandat de la Minus (PDF) pour y inclure le Darfour et la mise en place des accords de paix dans cette région du pays, ainsi que la protection des populations civiles. Mais le gouvernement du Soudan refuse ce développement, où l’ONU serait seul à la tête de la mission de maintien de la paix au Darfour. Des négociations donnent naissance à la Minuad, une opération menée par les Nations unies et par l’Union Africaine.

La situation aujourd’hui: Le Sud-Soudan a voté sa sécession dans un referendum (prévu dans les accords de paix de 2005) où plus de 98% de sa population a souhaité se séparer du Nord-Soudan. Un referendum organisé sous les auspices de l’ONU. Mais 20% de la frontière reste contestée, des combats ont encore lieu dans la région pétrolière d’Abyei, et la situation risque de ne pas être réglée avant l’indépendance effective du Sud-Soudan, en juillet 2011.

Le Darfour

Nom de l’opération: Minuad (Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour)

Dates de l’opération: juillet 2007- ?

Effectifs: 23.000 militaires et policiers, 4.000 civils locaux et internationaux

Pertes humaines de l’ONU: 81

Coûts: 1,808 milliards de dollars (1er juillet 2010-31 juin 2011)

Pourquoi l’ONU y est allé: Pour aider à la mise en place des accords de paix de la région (PDF), pas signés par toutes les parties et pas pleinement appliqués par tous les signataires, dans une mission approuvée par le gouvernement soudanais parce qu’elle est conjointement menée par l’ONU et l’Union africaine.

Ce qui s’est passé: À ses débuts, la Minuad est mal équipée et manque de moyens humains et matériels, notamment parce que le gouvernement soudanais n’accepte que les forces africaines, bloquant celles du reste du monde pendant un certain temps (PDF). En mars 2009, la Cour pénale internationale lance un mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour.

Le Soudan expulse alors plusieurs ONG humanitaires. Le mandat d’arrêt, comme le deuxième lancé pour les mêmes raisons un an plus tard, n’est pas appliqué par le Soudan. En 2010, Omar el-Béchir remporte la première élection présidentielle multipartite en 20 ans avec 68% des voix, tenue dans un climat d’intimidation et de fraudes.

La situation aujourd’hui: Omar el-Béchir a annoncé fin mars 2011 qu’il comptait organiser unilatéralement un referendum sur le statut administratif du Darfour. Les combats continuent dans la région.

La République Centrafricaine et le Tchad

Nom de l’opération: Minurcat (Mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad)

Dates de l’opération: septembre 2007-décembre 2010

Effectifs: Plus de 1.400 soldats et policiers et de 1.000 civils locaux et internationaux.

Pertes humaines pour l’ONU: 7

Coûts: 215.000 dollars (1er juillet 2010-30 juin 2011)

Pourquoi l’ONU y est allé: Pour contribuer à la protection des civils, à la promotion des droits de l’homme et de la paix régionale dans une zone où la présence de milliers de réfugiés soudanais, de réfugiés de la République centrafricaine et de déplacés tchadiens a généré des tensions importantes.

Ce qui s’est passé: La Minurcat se déploie avec comme composante militaire l’opération européenne Eufor Tchad/RCA (remplacée par des troupes de la Minurcat en 2009), mais sans jamais atteindre les effectifs annoncés. Le fait que la Minurcat soit la première mission de maintien de la paix onusienne sans mandat politique «explique un certain nombre de dysfonctionnements», estime un chercheur du Centre d’études et de recherche internationale sur les ondes de RFI: «Elle visait à faire quelque chose au Darfour sans pour autant s’en donner les moyens politiques au Soudan même, pour peser sur les négociations à Doha.»

Début 2010, le gouvernement tchadien demande que la Minurcat se retire du Tchad à partir du mois de mars. Après une série de négociations, l’opération se termine finalement fin décembre 2010 et le gouvernement tchadien assume la responsabilité de la protection des civils.

La situation aujourd’hui: Les combats continuent dans la région, l’est du Tchad est toujours aussi peu sûr.

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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