Monde

Sarkozy-Netanyahou: les «frères» devenus ennemis

Jacques Benillouche, mis à jour le 26.04.2011 à 16 h 35

Des documents issues de Wikileaks montrent que depuis 2009 les relations diplomatiques entre la France et Israël n'ont cessé de se dégrader.

Nicolas Sarkozy et Benjamin Netanyahou sur le perron de l'Elysée en mai 2010. Philippe Wojazer / Reuters

Nicolas Sarkozy et Benjamin Netanyahou sur le perron de l'Elysée en mai 2010. Philippe Wojazer / Reuters

L'opinion israélienne n'avait pas accueilli avec enthousiasme l'arrivée au pouvoir de Barack Obama, soupçonné d'être trop sensible aux thèses palestiniennes.  Certains dirigeants israéliens, inquiets de la dépendance diplomatique et militaire vis-à-vis des Américains, souhaitaient s'affranchir de la mainmise des Etats-Unis en tentant de nouer de meilleures relations avec l'Europe et notamment la France et le Royaume-Uni.

Benjamin Netanyahou était donc venu rencontrer à Paris le 24 juin 2009, Nicolas Sarkozy, son modèle et ami, pour envisager sérieusement ce rapprochement avec l’Europe. Mais sans surprise, cette réunion n’avait pas donné de résultats tangibles. L'Europe ne peut pas et ne veut pas se rapprocher d'Israël. Depuis 2009, les relations entre Israël et la France se sont d'ailleurs assez nettement distendues. Les diplomaties française et encore moins européenne ne sont pas parvenues à trouver un rôle dans le processus de paix moribond au Proche-Orient. En fait, Israël a compris qu'il n'avait rien à y gagner et les Américains ne veulent pas en tendre parler.

Un article publié sur Slate le 1er novembre 2010 , sur la foi d’indiscrétions israéliennes, faisait déjà état des tensions croissantes entre la France et Israël et précisait que rien n’allait plus entre Nicolas Sarkozy et Benjamin Netanyahou. Le président français entendait bien profiter du refroidissement des relations entre Israël et les Etats-Unis et de l'impopularité de Barack Obama pour réinsérer la France dans le dialogue israélo-palestinien d’où l’Europe est tout simplement exclue. Le président français avait décidé, le 27 septembre 2010, de prendre l’initiative d’inviter les deux parties (Palestiniens et Israéliens) à Paris fin octobre pour prouver que Paris pouvait agir au Proche-Orient. Le Premier ministre israélien avait donné son accord puis s’était ravisé. Son bureau avait annoncé, sans autres précisions, que cette réunion était reportée sine die: «Après consultations, les parties concernées se sont mises d'accord pour décider d'une autre date.» L’initiative française avait été enterrée car, selon des diplomates cités par le journal Haaretz, «Netanyahou s'est rendu compte qu'il serait soumis à une pression énorme sur la question des colonies et a donc décidé d'annuler sa participation».

Perte de confiance

Rien n’avait été publié sur les raisons profondes de cette volte-face mais de nouvelles révélations apportent un éclairage sur les causes de ces tensions. Les indiscrétions de WikiLeaks rapportées par Haaretz précisent que les relations s’étaient refroidies dès la réunion de 2009 qui n’a pas été aussi chaleureuse que décrite. Malgré la demande expresse du premier ministre israélien, Nicolas Sarkozy avait refusé tout tête-à-tête craignant que le compte rendu de la réunion soit biaisé: «Après un tête-à-tête, chaque camp accuse ce qu'il veut». C’est dire le degré de confiance qui inspirait alors les deux dirigeants. Ils se connaissaient pourtant depuis 2003, alors qu’ils étaient ni l’un ni l’autre aux affaires au sommet. Mais arrivés au pouvoir, ils n’ont plus montré dans leurs relations la même chaleur dès lors où le pragmatisme politique prenait le pas sur la sympathie mutuelle.

Kathleen Allegrone, attachée politique à l'ambassade américaine à Paris, a confirmé dans l’un de ses câbles que la position personnelle de Nicolas Sarkozy se distinguait de la position officielle du gouvernement français. Tenant à manifester de profondes réserves sur la politique suivie par Israël, il a exigé de l’exprimer en présence de témoins, deux conseillers de chaque côté, et en particulier de son conseiller sur les affaires du Moyen-Orient, Boris Boillon, actuel ambassadeur en Tunisie. La confiance n’était plus de mise quand les intérêts priment sur l’amitié.

Nicolas Sarkozy a alors marqué sa grande fermeté sur des questions sensibles pour Israël, a savoir le démantèlement des colonies et la levée totale des barrages routiers en Cisjordanie: «Vous n'avez rien à gagner à eux et ils ne fournissent aucune sécurité.»  Daniel Levy, fonctionnaire à l'ambassade d'Israël à Paris présent à la réunion, a confirmé le mutisme d’un Benjamin Netanyahou dérouté par l’attaque directe de son «ami» et a précisé qu’il n’y avait eu «aucune véritable discussion» dans la mesure où le président français monopolisait la parole. Il avait insisté sur la nécessité de mesures plus concrètes car «plus vous attendez et plus vous vous perdrez.» Il avait aussi rejeté le principe de la reconnaissance d’Israël comme Etat juif car «les Palestiniens pourraient interpréter cet énoncé comme un signe que nous ne soutenons pas le droit de retour».

Vote juif

A l’heure où les dirigeants politiques français, Marine le Pen en particulier, recherchent les attentions de la communauté juive, ces révélations pourraient porter préjudice à la position du candidat UMP aux prochaines élections présidentielles qui en 2007 avait capté la majeure partie du vote juif. Reste à savoir qui a intérêt à voir la question israélienne et palestinienne faire irruption dans le débat politique français.

Jacques Benillouche

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Journaliste
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