Economie

Electricité: le consommateur paiera

Gilles Bridier, mis à jour le 23.04.2011 à 8 h 47

L’ouverture du marché de l’énergie –et notamment de l’électricité– en France a créé un univers opaque. L’intérêt du consommateur est exclu du débat. Mais des hausses de tarifs de 30% sur quatre ans sont à prévoir.

Siège de l'EDF à Paris. REUTERS / Gonzalo Fuentes

Siège de l'EDF à Paris. REUTERS / Gonzalo Fuentes

N’y aurait-il rien à comprendre, juste à payer ? Depuis que la concurrence a été introduite sur le marché de l’énergie en France, en juillet 2007, tout marche à l’envers. Devait-elle faire baisser les tarifs? C’est raté: la déréglementation a eu l’effet inverse. De sorte que, dans l’électricité, on est revenu à des tarifs réglementés.  Fallait-il obliger EDF à céder une part de son électricité à ses concurrents pour leur permettre d’exister? Drôle de libéralisme qui contraint un opérateur à aider ses compétiteurs, au lieu de se focaliser sur l’intérêt du consommateur. C’est néanmoins ce qui fut décidé. Et puisqu’on n’est pas à une contradiction près, c’est à l’Etat qu’est revenu le soin de fixer le prix auquel EDF devra céder son électricité à ses concurrents.

Une déréglementation qui se mord la queue

Déjà, à ce stade, on se demande quelle est cette drôle de déréglementation dans laquelle il faut tout re-réglementer autrement, et en continuant de passer par l’Etat. Une question : les experts qui ont préparé la libéralisation du marché et les députés qui l’ont votée, avaient-ils compris les tenants et les aboutissants du dossier? Avaient-ils anticipé où ils entraînaient les consommateurs? On peut vraiment en douter. Mais ce n’est pas fini.

Il fut donc décidé qu’EDF devrait céder le quart de sa production d’origine nucléaire à ses concurrents; tel est le sens de la loi Nome (nouvelle organisation du marché de l’électricité) de novembre 2010. Restait à fixer le prix de cession, décidé le 19 avril dernier. Un pur scénario d’anthologie: EDF devra céder, à partir du 1er juillet 2012, le quart de sa production d’origine nucléaire à ses concurrents à un prix (42 euros le MWh) 20% plus cher que ce que représente le nucléaire dans ses tarifs aujourd’hui (soit 35 euros le MWh). L’évolution sera progressive puisque le prix de cession ne sera que de 40 euros le MWh pendant… six mois, à compter du 1er juillet prochain. Ainsi, la concurrence sera tronquée puisque les compétiteurs d’EDF devront construire leurs tarifs sur des bases au départ non compétitives… sauf à perdre de l’argent. Et c’est l’Etat qui en a décidé ainsi.

Mais quel était donc le sens de l’ouverture du marché de 2007? EDF ne se plaindra pas des arbitrages rendus à l’Elysée ; il les a d’ailleurs fortement influencés. Quant au consommateur qui aurait pu craindre que l’opérateur historique récupère sur son dos le manque à gagner sur ses concurrents, il aurait pu y trouver son compte. Mais, pour lui, c’est raté…

En bout de chaîne, le consommateur paiera

En France, on n’a pas besoin des prix du pétrole pour faire grimper ceux de l’électricité. Ainsi, le consommateur va aussi laisser des plumes dans ce maelstrom tarifaire. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a déjà averti que, dans l’hypothèse où le prix de l’accès à l’électricité nucléaire correspondrait à la demande d’EDF, les tarifs aux particuliers augmenteraient de 25 à 30%.

C’est exactement le scénario qui se profile. Et Eric Besson, ministre de l’Industrie, a beau affirmer que ces hausses n’auront pas lieu, il a bien du mal à convaincre. Déjà, en juillet 2009, la ministre de l’Economie Christine Lagarde avait moqué Pierre Gadonneix, l’ex-président d’EDF, lorsqu’il avait prédit une hausse de 20% des tarifs de l’électricité en quatre ans. Pour la peine, il n’avait pas été reconduit dans ses fonctions. Pourtant, un an plus tard, le mouvement était enclenché; en janvier 2011, la hausse des tarifs d’électricité atteignait 6,4% sur 12 mois selon l’Insee, et une prochaine augmentation de 2,9% concernant les ménages est d’ores et déjà programmée pour juillet prochain

S’agissant des tarifs de l’énergie, les assurances  du gouvernement sont bien démonétisées. D’autant qu’Henri Proglio, nouveau patron d’EDF,  n’a pas été démissionné lorsqu’il a réclamé à l’Etat en mars dernier des hausses de tarifs de l’ordre 30% en cinq ans. Elles semblent bien plus proches des options retenues, et rejoignent d’ailleurs celles de la Commission de régulation.

Sortir de l’opacité

Jusqu’à présent, on parlait pour la France de rente nucléaire. De fait, les tarifs réglementés dans l’Hexagone arrivaient en très bonne position en Europe. Certes, les tarifs de l’électricité dans l’Hexagone devraient demeurer en bonne place. Mais pour le consommateur français, on est loin de l’inflation dans les hausses des tarifs de l’énergie!

On comprendra aussi que la sécurité a un prix. Toutefois, les coûts de maintenance des centrales nucléaires sont intégrés aux tarifs actuels. Et sauf à admettre un certain laxisme dans cette maintenance qui oblige maintenant à des remises à niveau coûteuses, on voit mal pourquoi il faudrait intégrer aujourd’hui des coûts complémentaires.

Qu’il s’agisse de concurrence tronquée ou d’opacité tarifaire, le dossier des hausses de l’électricité s’ajoute aux dérapages tarifaires du gaz, à l’urgence de se pencher sur les prix des carburants, à la place du nucléaire et au bouquet d’énergies pour demain… Autant de sujets qui justifient l’ouverture d’un débat sur l’énergie, comme le réclament l’opposition mais aussi des membre de l’UMP à l’instar de Bertrand Pancher, député de la Meuse. 

Gilles Bridier

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Journaliste
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