Monde

Automobile et politique: les Tea Parties accélèrent dans la ligne droite

Hugues Serraf, mis à jour le 23.04.2011 à 17 h 00

Le mouvement populiste américain investit l’univers de la course automobile. Il n’y a pas que la chasse à l’ours, dans la vie.

La course de Nascar de Daytona (Floride) Pierre Ducharme / REUTERS

La course de Nascar de Daytona (Floride) Pierre Ducharme / REUTERS

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Si l’automobile a toujours été très politique aux Etats-Unis, elle est désormais clairement de droite. Enfin, pas sa fabrication, qui est de gauche grâce à des chaînes de montage plus massivement syndiquées qu’un bureau de poste français, mais pour le reste…

C’est un fait peu connu, mais les rédacteurs du Bill of Rights (1789), en mettant la dernière main à l’amendement qui insiste sur le droit des Américains à se rendre au bureau avec un fusil-mitrailleur, s’étaient longuement écharpés sur celui de conduire un 4X4 consommant 40 litres aux 100 «quelles que soient les circonstances géostratégiques ou environnementales ».

Thomas Jefferson, qui préférait le vélo, n’était pas super chaud. Alexander Hamilton, de son côté, était assez partagé. Et James Madison avait bien failli l’emporter avec un argument massue : il préparait le rachat de la Louisiane à la France et cette région possède les meilleurs parcours tout-terrain du continent…

Las, Benjamin Franklin, selon des rumeurs sur lesquelles les historiens continuent à débattre, disposait d’agents au centre de recherche sur les véhicules électriques Renault et ne croyait déjà plus en l’avenir du moteur à explosion. Il fit donc discrètement capoter le projet.

Des années plus tard, la bagnole ― et singulièrement le gros modèle qui fait du bruit et boit comme quatre ― demeure pourtant au centre des passions idéologiques yankees, l’électeur républicain de base étant même surnommé «NASCAR dad», du nom de ces compétitions automobiles aussi populaires auprès de la droite américaine que les débats sur la laïcité auprès de la nôtre.

Une Chevrolet patriotique pour sauver le rêve américain

La droitisation de l’automobile vient d’ailleurs de franchir un nouveau pas avec le rapprochement du mouvement des Tea Parties et, justement, de l’organisation qui gère les courses NASCAR via le lancement de «TeaPartyRacing» ― une structure visant à faire courir des «véhicules patriotiques » au nom de « la liberté et de la préservation du rêve américain» .

Principal promoteur (pro-moteur ?) de cette initiative, le pilote Chris Lafferty prendra donc la ligne de départ dès le 7 juin prochain dans le Kentucky au volant de «We The People», petit nom de sa Chevrolet sur-vitaminée. 

De fait, personne ne sous-estime l’impact des courses NASCAR dans la vie politique américaine, tous les présidents (ou les prétendants au poste) depuis Nixon se débrouillant pour être associés à ces événements d’une manière ou d’une autre à l’exception notable de l’actuel locataire de la Maison Blanche, ce que Fox News n’a pas manqué de remarquer.

Menaces de mort sur une députée anti-NASCAR

La députée démocrate du Minnesota Betty McCommum reçoit d’ailleurs des menaces de mort depuis sa tentative, le mois dernier, d’interdire le sponsoring d’une écurie NASCAR par l’US Army à hauteur de 40 millions de dollars par an, les militaires y voyant un outil de recrutement indispensable. Et God knows si les menaces de mort sur des élus démocrates sont prises au sérieux outre-Atlantique…

Obama, qui vient lui même d’inaugurer la course à la présidence 2012, devra peut-être accepter de faire le tour des circuits NASCAR ce coup-ci s’il veut mettre toutes les chances de son côté. Mitt Romney, l’un des principaux «hopefuls» républicains, a d’ailleurs donné le ton en allant se faire acclamer à Daytona dimanche dernier.

Sarah Palin, de son côté, est un peu larguée et en est toujours à la chasse à l’ours, ce qui ne semble pas aussi porteur: aucun amendement constitutionnel, même apocryphe, n’évoque ce hobby particulier.

Hugues Serraf

Photo: La course de Nascar de Daytona (Floride) Pierre Ducharme / REUTERS

 

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