Economie

Les garages solidaires: idée neuve pour vieilles bagnoles

Hugues Serraf, mis à jour le 23.04.2011 à 17 h 00

Des endroits où l’on répare soi-même sa voiture, poussent comme des champignons. La faute à la crise? Pas seulement.

Un garage à Le Cres près de Montpellier.  Jean-Paul Pelissier REUTERS

Un garage à Le Cres près de Montpellier. Jean-Paul Pelissier REUTERS

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Depuis l’euro, c’est connu, nous n’avons plus un franc. A l’époque du franc, nous n’avions déjà plus un sou, mais il semble que les choses se soient encore aggravées en neuf ans. Les électeurs de Marine Le Pen qui réclament un nouveau changement de monnaie feraient d’ailleurs bien se méfier: Charybde n’est jamais très loin de Scylla.

Mais ce n’est pas grave car nous avons de la ressource et la France a toujours su compenser son manque de pétrole par une déferlante d’idées. Témoin, l’émergence d’une nouvelle race de lieux où réparer son auto à moindre coût: les «garages solidaires». J’insiste bien sur «réparer sa voiture», qui est très différent de «la faire réparer».  

Voyons voir: votre 205 de 1990 est tellement usée, vieillie, fatiguée qu’elle refuse désormais de vous conduire jusqu’à Pôle emploi les jours de convocation. Vous aimeriez bien en changer, c’est humain, mais ce n’est pas à l’ordre du jour et il vous faudra encore attendre l’arrivée de la gauche et la disparition du chômage en 2012 pour réaliser ce rêve.

C’est qu’elle a toujours un pet de travers, Titine: un jour c’est le carburateur, un autre c’est les freins, parfois c’est la batterie mais le plus souvent ce sont les amortisseurs… Il faut bien faire quelque chose.

Avec les garages solidaires, le problème est (presque) réglé. Vous poussez la voiture jusqu’à l’un de ces établissements (il y en désormais des dizaines dans tout le pays et vous ne devriez donc pas avoir à pousser trop loin), vous vous acquittez d’un modeste droit d’entrée, vous vous délestez d’une quinzaine d’euros de l’heure pour louer l’espace et les équipement et en voiture Simone!

Antoine Arostéguy tient justement l’un des garages à Orthez (Pyrénées-Atlantiques) et reçoit un mix de chômeurs et de bricoleurs sur ses 400 mètres carrés d’atelier. «Car il y a de tout parmi mes clients, précise-t-il histoire d’évacuer l’idée que son garage est une sorte de resto du cœur de la mécanique. Des gens qui n’ont pas d’argent pour aller voir un réparateur, c’est vrai. Mais aussi d’autres qui aiment bricoler un moteur même s’ils n’ont ni l’équipement ni l’endroit où intervenir sur leur voiture.»

Des seconds, il ne s’occupe d’ailleurs quasiment pas. Ils savent exactement ce qui ne va pas avec leur auto, l’installent sur le pont élévateur et la traficotent en connaisseur. C’est avec les premiers que c’est plus compliqué:

«Ils ne savent pas faire grand-chose alors je leur montre comment s’y prendre. S’il faut changer les plaquettes de freins, je le fais d’un côté et ils le font de l’autre

Des interventions simples, type «Speedy»

D’une manière générale, les clients n’interviennent que sur des problèmes relativement simples, des opérations standards que l’on réalise à la chaîne dans les centres autos type Speedy: vidanges, remplacement de pot d’échappement, changement de pneus:

«Si c’est vraiment plus compliqué, je m’en occupe moi-même car je suis réparateur professionnel même si j’ai démarré dans la vie comme pompier d’entreprise

L’ambiance est bonne, les gens s’entraident, deviennent souvent des amis et c’est précisément le type d’environnement qu’Arostéguy cherchait en ouvrant ce garage un peu hors-normes:

«Moi-même, j’ai pas mal galéré et je me suis souvent retrouvé dans des situations où je n’avais pas les moyens de réparer ma voiture alors que j’en avais besoin pour aller bosser. Je sais ce que vivent certains de mes clients

Pout autant, les établissements comme le sien ―dont certains sont gérés par des associations à but non-lucratif―, ont beau être une idée neuve, ils pourraient ne pas avoir un avenir flamboyant. Pas parce que les chômeurs qui les fréquentent, lorsqu’ils pourront enfin rouler jusqu’à à Pôle emploi, s’y verront offrir un job (si c’était un moyen de trouver du travail, ça se saurait), mais parce que les voitures sont de plus en plus compliquées à réparer.

«Pour intervenir sur une Renault 5 ou une Saxo de dix ans ou plus, pas de souci, confirme le garagiste. Mais plus les voitures sont de conception récente, plus l’entretien est complexe. Les modèles les plus bas de gamme sont bourrés d’électronique et même les pros peuvent avoir des difficultés à réparer. Moi-même, j’utilise une “valise de diagnostic” pour identifier une panne, mais ce n’est pas ce que pourra faire le premier venu

Bah, la fin des haricots n’est pas pour la semaine prochaine et l’on sent plutôt que le concept n’a pas atteint son pic et reste même à diversifier:

«Les gens se font aussi livrer leurs pièces à l’atelier, ce qui est un service appréciable. Si vous commandez des pneus, vous n’allez pas les mettre sur votre balcon.»

Non, sans doute pas. Surtout si vous n’avez pas encore de balcon parce que vous n’avez pas encore fini de construire votre maison chez les maçons solidaires…

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