Économie

Le retour du protectionnisme

Temps de lecture : 2 min

A droite comme à gauche, la théorie refait surface. C'est oublier qu'un quart des salariés français travaillent dans des entreprises étrangères.

Douane / antewerpenR via FlickrCC License by
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Le protectionnisme réapparaît dans le débat économique. Conséquence de la crise financière de 2008 et de la crise économique qui a suivi, il est maintenant devenu, comme au meilleur temps de la grande crise des années 1930, un élément de programme politique. Parallèlement à la montée des débats sur l’immigration, le multiculturalisme, la laïcité, tous ces faux nez de l’intolérance.

Le thème se trouve à droite avec Marine Le Pen, qui propose de sortir de l'euro, mais aussi à gauche. C’est notamment le cas d’Emmanuel Todd, brillant chercheur en démographie, sociologue et politologue, et de Jacques Sapir, un économiste reconnu. Un site a même été créé pour diffuser les thèses en faveur du protectionnisme.

Il faut bien sûr distinguer les remèdes proposés par les uns et les autres pour protéger les économies des méfaits de la globalisation.

Libre échange intra-européen

Ainsi, Emmanuel Todd en appelle à une panoplie de mesures prises au niveau européen. Les vingt-sept pays européens, malgré des différences, constituent une zone homogène. Après tout, le commerce intra-européen représente 80% du commerce extérieur des pays membres. Ils devraient donc conserver le libre échange entre eux, et se protéger vis-à-vis des autres zones économiques. Ce serait, selon lui, une option qui permettrait de ne pas céder au désespoir et à la xénophobie.

Ce n’est pas, hélas ce qui se passe: les esprits s’échauffent vite lorsqu’un train allemand de Siemens est retenu par Eurostar au détriment du français Alstom, ou lorsque une entreprise laitière italienne, Parmalat, risque de tomber dans les mains d’un actionnaire français, Lactalis.

Et rien n’est plus difficile que de faire accepter que des trains allemands ou italiens roulent sur des rails français. La guerre commerciale bat encore son plein entre partenaires. Ce qui n’empêche pas les bagarres avec les Etats-Unis, comme en témoignent les disputes entre Airbus et Boeing.

Mais au-delà, la guerre passe par la monnaie, le dollar demeurant décidément faible face à l’euro, surévalué malgré la crise de la monnaie unique. Sans oublier le yuan, que la Chine s’efforce de ne pas laisser grimper au niveau qui devrait être le sien dans un monde mieux équilibré.

Mesures de rétorsion

Des mesures protectionnistes entraîneraient fatalement des rétorsions. L’Agence française pour l’investissement international (AFII) se vante d’avoir attiré sur le sol français 782 projets représentant un potentiel de 32.000 emplois en 2010. Un beau score, en hausse de 22% par rapport à l’année précédente.

Certains diront que les entreprises étrangères n’embauchent pas toujours autant qu’elles le promettent et qu’elles suppriment des postes sans état d’âme, comme chez Molex. Il n’en reste pas moins qu’un quart des salariés français travaillent dans l’une des 20.000 entreprises étrangères présentes en France. Autant dire que l’économie française est une économie ouverte.

On ne peut oublier non plus que l’économie française est fortement endettée, notamment auprès des investisseurs étrangers. Sortir de l’euro, comme le propose le Front national, signifierait voir la dette grossir automatiquement du montant de la dévaluation qui serait alors opérée, et peser d’autant plus sur les Français.

Ne rien à faire, alors? On pourrait peut-être, au niveau européen, mieux défendre le «Made in EU» qu’on ne le fait. On en revient aux bisbilles internes et aux dissensions entre Etats membres. Il s’agit, une nouvelle fois, d’une question politique interne à l’Union. Mais au moment où les divisions s’accentuent dans les domaines diplomatiques aussi bien qu’économiques, il est permis de douter d’une réaction rapide des Vingt-Sept.

Marie-Laure Cittanova

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Chronique également parue sur Emploiparlonsnet.fr

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