La campagne fait des euros
Avec la prime de mille euros promise par Nicolas Sarkozy aux salariés des entreprises distribuant des dividendes, plus de doute: le président commence sa course pour 2012.
- Des faux euros saisis en Espagne. REUTERS/Susana Vera -
Les syndicats n’ont pas vu le coup venir, le Medef ne l’attendait pas de côté-là. En général, c’est plutôt le PCF ou la CGT qui réclament une prime de 1.000 euros. Mais cette fois, la demande est venue… du gouvernement. Et, en réalité, de l’Elysée. François Baroin, ministre du Budget et porte-parole du gouvernement, a annoncé la mise en place d’un dispositif liant le versement des dividendes aux actionnaires à une prime exceptionnelle pour les salariés, de 1.000 euros au moins.
Une disposition qui rappelle les déclarations de Nicolas Sarkozy, en 2009 et encore en janvier 2010, à propos d’une nouvelle répartition des bénéfices des entreprises. Mais à en croire la diversité des réactions et l’absence de positionnement clair de la droite comme de la gauche, tout le monde est pris au dépourvu.
Des mesures électoralistes
Ces propos, au moment où tous les partis d’opposition ne parlent que de primaires et où les candidats à l’élection présidentielle se poussent dans les médias, ont une lourde connotation électoraliste.
Le président sortant veut rappeler à l’opinion qu’il sera aussi de la partie, que l’ex-candidat du pouvoir d’achat entre dans l’arène en promettant à un an des élections ce qu’il n’a pas fait durant les quatre premières années de son mandat.
La dernière déclaration de François Baroin n’est d’ailleurs pas la seule à s’inscrire dans ce registre destiné à se rapprocher des classes moyennes.
Le bouclier fiscal, mesure phare du premier mandat de Nicolas Sarkozy, va disparaître alors que le président en a défendu le principe dans la crise contre ses adversaires et certains de ses amis.
Même l’ISF qui, dans une sorte de donnant-donnant, devait disparaître au cas où le bouclier fiscal serait remis en question, sera maintenu.
Après avoir défendu les détenteurs de capital afin qu’ils ne choisissent pas l’évasion fiscale mais investissent dans les entreprises de l’Hexagone, Nicolas Sarkozy opère une volte-face qui ne manquera pas d’animer les débats.
Quelle vision peut être à l’origine de ces revirements politiques? Nul doute que l’échec de la majorité aux dernières élections cantonales après celui des régionales, et la baisse de popularité du chef de l’Etat, ont pesé dans ce recadrage.
Mais les sondages ne définissent pas une vision. Et on n’élit pas un chef d’Etat pour sa capacité à s’adapter à la pression des urnes. Si l’objectif consiste à désorienter la gauche en la privant de repères pour mener ses attaques, la tactique peut porter ses fruits. Mais la majorité pourrait bien s’en trouver toute déboussolée également.
Après le débat sur la laïcité plutôt contre performant pour l’UMP, le sujet ressorti des tiroirs est plus proche de la vie quotidienne des Français, sur la base d’un nouveau partage des fruits de la croissance.
Le précédent de la règle des trois tiers
En fait, le sujet n’est pas nouveau. Mais le dossier semblait enterré. Nicolas Sarkozy gardait-il une poire pour la soif à un an de l’élection présidentielle?
En mai 2009, Jean-Philippe Cotis, directeur général de l’Insee, remettait au président de la République un rapport sur le «partage de la valeur ajoutée, partage des profits et écarts de rémunérations en France».
On y lit que «le salaire net de 2007 n’est supérieur que de 20% à celui de 1983, soit moins de 1% de croissance annuelle en termes réels». Moins que l’inflation, en tout état de cause. Et, dans la répartition du profit, on lit que 57% sont consacrés à l’investissement alors que 7% vont aux salariés (en plus de leurs salaires, sous forme de participation d’intéressement ou d’épargne salariale) et 36% aux détenteurs de capital.
Que de grain à moudre! Pour redresser la situation, Nicolas Sarkozy préconisait alors la règle des trois tiers: un pour l’Etat à travers les impôts, un pour les actionnaires et un pour les salariés.
Feu nourri de critiques sur la méthode
Très vite, de toute part, on tenta de colmater la brèche ouverte par le président de la République.
Le Conseil d’analyse économique, pourtant rattaché aux services de Matignon, publia un rapport sur le «partage des fruits de la croissance en France» [PDF] pour déconseiller toute modification des clés de partage de la valeur ajoutée.
On y apprend qu’une répartition des profits en trois tiers se traduirait par «un effondrement des marchés d’actions en France, une augmentation du chômage via un phénomène de substitution du capital au travail et par des délocalisations massives des usines et sièges sociaux».
Difficile d’être plus critique sur les hypothèses élyséennes. Et sans équivoque, ce rapport conclut que la répartition primaire actuelle de la valeur ajoutée en France ne justifie pas une intervention publique visant à modifier ce partage.
Autre réaction. Dans une note, Terra Nova, club de réflexion proche du Parti socialiste, ôtait également tout crédit à cette règle des trois tiers:
«Même en laissant de côté le caractère suranné d’une telle mesure dirigiste, elle n’en obéit pas moins à une logique erronée: la volonté de “tordre” la répartition de la valeur ajoutée, le financement du pouvoir d’achat des salariés par prélèvement sur les profits des entreprises.»
Mais il livrait aussi d’autres axes de travail pour un nouveau partage des fruits de la croissance:
«Il y a bien une baisse de la part de la rémunération de la très grande majorité des salariés, pour faire simple pour 80% des salariés de la classe moyenne. Mais cette part n’a pas été captée par les profits. Elle l’a été par d’autres salariés, pour les trois quarts par les plus hauts salaires, pour un quart par les bas salaires. Le “salarié moyen” se trouve à la fois distancé par les hauts salaires et rattrapé par les bas salaires, alimentant son sentiment de ne pas bénéficier équitablement des fruits de la croissance.»
Une cible: les classes moyennes
Ainsi Terra Nova exprimait-il le but poursuivi aujourd’hui par Nicolas Sarkozy: redevenir le président du pouvoir d’achat pour les classes moyennes dont les bulletins de vote ont tant fait défaut aux candidats du parti présidentiel aux dernières élections. Cette fois, pas avec une règle des trois tiers, mais en agitant une enveloppe de 1.000 euros. En communication, le coup peut faire mouche.
Dans la réalité, on imagine mal un dispositif traitant en même temps des PME et des grands groupes, amalgamant le secteur des services et l’industrie…
Le patronat, vent debout, met en garde contre les effets d’une telle mesure par rapport à la concurrence internationale, et souligne la possible désaffection des actionnaires qui craindraient de voir leurs dividendes ponctionnés.
Les syndicats soulignent qu’une telle mesure ne saurait remplacer des revalorisations salariales… mais celles-ci, dans le privé, ne se décrètent pas.
On pourrait plutôt imaginer une réactualisation des négociations salariales, sous la responsabilité des partenaires sociaux, mais l’effet médiatique serait anéanti.
Et dans le secteur public, faudrait-il imaginer une déclinaison de la mesure? Probablement pas. Grogne sociale garantie.
Le Centre d’analyse stratégique (CAS) préconise de promouvoir une plus grande «culture participative» dans les entreprises, en cherchant une meilleure complémentarité des dispositifs de participation. Il propose aussi d’améliorer l’efficacité de l’actionnariat salarié en assurant la représentation des actionnaires salariés.
Nicolas Sarkozy prend tout le monde à contre-pied. François Baroin assure que la mesure liant dividendes et primes aux salariés sera incluse dans un collectif budgétaire en juin. Le président est entré en campagne électorale.
Gilles Bridier
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Mis à jour le 16/04/2011 à 8h56















































Termes réels : évolution des prix défalquée de l'inflation. Ainsi, depuis 1983, le net a progressé de 1% par an, l'inflation ayant été prise en compte.
Au paragraphe suivant,vous vous mélangez encore les pinceaux. Vous présentez la répartition actuelle des profits : 57% à l'investissement, 36% en dividendes, 7% en primes diverses aux salariés, soit 100%. Vous présentez ensuite la proposition du Président : 1/3 impôt, 1/3 salaires, 1/3 actionnaires. Pourquoi l'impôt n'apparait pas le partage actuel des bénéfices ? Pourquoi l'investissement disparaît dans la proposition de Sarkozy que vous présentez ?
Bref, vous mélangez tout et n'importe quoi. Nicolas Sarkozy avait proposé en 2009 qu'un tiers des bénéfices aille à l'investissement, non pas à l'impôt, qui n'apparait naturellement pas dans le bénéfice NET des entreprises. Ce qui, comme on le voit, ferait drastiquement chuter la part de l'investissement des entreprises, alors même que la France comme bien trop d'autres pays européens se caractérise déjà par une insuffisance de l'investissement. Qui ne l'oublions pas, assure la croissance de demain et les emplois d'après-demain. Enfin, cela ne ferait qu'accroître la part variable, sous forme de primes classiques où à l'intéressement, du salaire. Est ce satisfaisant ? Ne doit on pas privilégier les revalorisations de salaire, bien plus pérennes ? En revanche, on le voit, cela ne changerai pas vraiment la part allouée aux actionnaires, aujourd'hui déjà à un gros tiers. Mais n'est-ce pas contraire à la dynamique de l'économie de marché que de figer par des régles dirigistes les choix des entreprises ?
Je suis assez d'accord avec vos remarques. Il est assez ridicule d'essayer de comparer la situation actuelle du partage des bénéfices des entreprises sans utiliser les mêmes facteurs... ça revient à comparer des choux et des carottes ça ne mène à rien.
Mais vous semblez oublier, que votre inflation ne tient pas correctement compte de ce fait marquant : la hausse du prix des logements.
Entre 1980 et aujourd'hui, les prix des logements à Paris ont été multiplié par 10 (hausse de 1000%). Allez-vous prétendre, que les salaires de la classe moyenne ont suivi la même évolution ? Ou que nous aurions gagné 1% par an ? C'est une plaisanterie. Entre 1980 et 2008, le salaire hebdomadaire moyen des français est passé de 302 à 354euros, soit une hausse de 17%.
La réalité est celle-là, et elle est assez cruelle : aujourd'hui quand on est cadre moyen (avec un revenu du ménage parmi les 10% les plus aisés de France) et qu'on cherche un logement, on peut tout juste racheter en banlieue parisienne les maisons des anciens ouvriers du bâtiments qui arrivent à la retraite. Tout juste. Voilà à quoi nous mènent nos études, tout juste au niveau de ceux qui étaient aux plus bas salaires dans la génération de nos parents.
Pour revaloriser les salaires et les primes des salariés, il y a des solutions, si seulement on se donnait la peine de les trouver.
Pour augmenter les primes des employés, on pourrait par exemple exiger que les primes des hauts dirigeants et des employés soient calculées de la même manière, proportionnellement à leurs salaires. Ce serait facile et simple à mettre en œuvre. L'intérêt c'est qu'on ne fixe pas un montant ou un taux, laissés à l'appréciation des entreprises, mais on impose une répartition de l'ensemble des primes.
Pour les salaires, il suffirait de prendre en compte l'inflation pour fixer les augmentations de salaire moyens des employés. Alors bien sur les augmentations individuelles tiendraient compte du travail de chacun, mais au moins on aurait des augmentations plus importantes les années où l'inflation augmente.