Vive la «coproduction» européenne!

Jean-François Copé, mis à jour le 10.04.2009 à 17 h 23

Pour se réconcilier avec les citoyens, l'Union ne doit pas contourner les parlements nationaux, mais les impliquer davantage.

Parlementaires européens en séance   Vincent Kessler / Reuters

Parlementaires européens en séance Vincent Kessler / Reuters

A quelques semaines des élections européennes, qui peut dire comment voteront les Européens, et surtout les Français ? Traditionnellement, ces élections sont très dures pour les grands partis, de la majorité comme de l'opposition. Aux élections européennes, certains électeurs «se lâchent». Ils votent pour des listes sur lesquelles ils n'auraient jamais porté leur suffrage lors d'une élection nationale. Souvent dans une démarche de contestation.

L'Europe a pourtant marqué des points dans le cœur des Français, notamment grâce à la Présidence Française. A cette occasion, l'Union Européenne a prouvé qu'elle pouvait être réactive, performante, protectrice. Après la faillite de Lehman Brothers, alors que le système financier chancelait, pour une fois, ce ne sont pas les Etats-Unis qui sont venus au secours de l'Europe mais l'Europe qui est venue au secours du monde, avec un plan de sauvetage coordonné des banques. Pourquoi ce changement ?

A mon sens, il tient à trois facteurs que nous devons garder comme des enseignements pour l'avenir.

-    D'abord, nous avons eu une Europe incarnée, avec un Président reconnu et engagé sur la scène internationale, qui a su entraîner nos partenaires. Pendant 6 mois, l'Europe avait un visage et un numéro de téléphone.

-    Ensuite, nous avons vu que ce qui fonctionnait, c'était «l'Europe des Cercles», avec des pays pionniers qui prennent l'initiative et fédèrent ensuite ceux qui veulent se joindre au mouvement. Le plan de sauvetage financier a commencé à 4, puis à 15 avant de rassembler les 27. Si on avait commencé d'emblée par se poser des questions à 27, on aurait sans doute jamais trouvé une réponse commune...

-    Enfin, nous avons instauré un dialogue fécond entre les Chefs d'Etat et les autorités monétaires. Lorsque j'étais à Bercy, ministre du Budget, si j'avais l'occasion de commenter les choix de la Banque Centrale Européenne (BCE), je me faisais aussitôt taper sur les doigts. Aujourd'hui, nous avons prouvé qu'un dialogue était possible. Il faut maintenant que ces nouvelles relations entre autorités politiques et institutions monétaires deviennent une hygiène de vie.

Mais ses progrès de l'Europe restent fragiles. C'est une banalité de dire que l'Union Européenne reste pour beaucoup de citoyens un objet politique froid et mal identifié. Bien loin de leurs préoccupations. Chaque référendum perdu, en France, aux Pays-Bas ou en Irlande, en est la démonstration.

J'ai la conviction que la réconciliation des citoyens et de l'Union Européenne passe par les parlements nationaux. Jusqu'à présent, ils ont été les grands perdants de la construction européenne, la fonction législative étant en partie transférée à Bruxelles. Je crois qu'il faut remettre les parlementaires nationaux dans le jeu européen. C'est eux qui sont en contact direct avec les citoyens. C'est eux qui peuvent les reconnecter à l'Europe.

Il ne s'agit pas d'opposer les travaux des députés nationaux à ceux des eurodéputés. Il s'agit de les rendre complémentaires. Il n'est plus possible que nous, députés nationaux, transposions des directives les yeux fermés, sans avoir été consultés en amont. Certes, il existe de multiples instances de concertation dans le processus de décision européen mais force est de constater que ce dernier correspond plus au mode de travail de lobbys et des administrations qu'à celui des assemblées parlementaires.

Les autorités européennes ne peuvent plus considérer qu'il suffit d'un débat au Parlement européen pour donner une résonance aux décisions discutées dans les 27 pays de l'Union européenne. Sinon, elles ne pourront plus s'étonner des levées de bouclier lorsque surgissent la directive Bolkestein et son «plombier polonais», à quelques semaines du référendum sur le traité de Lisbonne. Ou des réactions de rejet lorsqu'on raconte aux Français que pour l'Europe, le rosé est un mélange de vin rouge et de vin blanc.

Force est de constater que l'échelon du débat démocratique reste aujourd'hui la nation. Il ne faut pas donc contourner les parlements nationaux ou faire abstraction d'eux. Il faut les impliquer davantage. A minima pour qu'ils soient les relais de ce qui se passe à Bruxelles. Mieux, pour qu'ils puissent donner leur avis et participer à la préparation des projets les plus importants. Bref, pour qu'ils fassent de la «coproduction européenne ».

C'est dans cet esprit que j'ai lancé le Club des 27, qui rassemble les représentants des groupes de droite et de centre-droit des 27 parlements nationaux de l'Union Européenne. Depuis décembre 2007, nous nous sommes réunis trois fois pour travailler ensemble sur les enjeux européens, vus par les députés nationaux. Avec une obsession : prendre en compte les préoccupations de nos citoyens. Et valoriser une Europe des solutions. Une Europe des projets. Plutôt que de rentrer dans les grandes discussions institutionnelles ou les règles de normalisation.

Mercredi 8 avril, nous avons abordé des sujets qui mobilisent les citoyens de nos 27 pays, sans détour, sans langue de bois diplomatique. Sans craindre les tensions. La crise, le G20, le rapport entre la Turquie et l'Europe, la question des «paradis fiscaux» au sein de l'Union, la question de la sécurité et de l'OTAN... Tout y est passé et nous avons tous manifesté notre volonté de nous impliquer à fond dans cette campagne européenne. Parce qu'en retour, nous voulons être impliqués à fond dans les décisions qui se prendront demain au Parlement européen.

Jean-François Copé

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