Monde

2012, l'année où le monde peut changer

Grégoire Fleurot, mis à jour le 10.05.2011 à 13 h 55

Des élections présidentielles vont se tenir dans une vingtaine de pays, parmi lesquels les États-Unis, la Russie, l'Inde, la France, le Mexique ou encore l'Espagne, tandis que la Chine va aussi changer de leader.

Un bureau de vote à Nice pendant les élections cantonales en mars 2011, REUTERS/Eric Gaillard

Un bureau de vote à Nice pendant les élections cantonales en mars 2011, REUTERS/Eric Gaillard

L’année 2011 à peine entamée, la France a déjà les yeux rivés sur 2012, année d’élections présidentielle et législative. Si le monde ne va pas finir en 2012 comme certains le prédisent, il pourrait bel et bien changer de visage politique.

En incluant la Chine, qui ne tiendra pas d’élections mais dont les instances dirigeantes choisiront un nouveau leader, ce ne sont pas moins de 20 pays (voir la liste ici) qui vont élire un nouveau président en 2012, sans compter les changements de dirigeants imprévisibles comme le monde en a connu récemment. A première vue, cela représente une toute petite minorité parmi les plus de 200 pays de la planète, mais les pays concernés ne sont pas n’importe lesquels: des géants démographiques comme l’Inde, le Mexique et la Russie, des géants économiques comme la Chine et les Etats-Unis, des pays majeurs de l'Union européenne comme la France et l'Espagne, mais également plusieurs pays africains comme le Sénégal, le Gabon et le Kenya.

Quelques chiffres

Au total, 3,4 milliards de personnes peuvent potentiellement changer de président ou de dirigeant en 2012, soit la moitié de la population mondiale (6,8 milliards d’habitants selon les chiffres de l’ONU pour 2009).

En termes économiques, ces pays représentent un PIB cumulé de plus de 28.000 milliards de dollars, soit pas loin non plus de la moitié du PIB mondial, qui était de 62.000 milliards de dollars en 2010 selon le FMI.

C’est sans doute sur le plan politique et géostratégique que notre groupe de pays est le plus significatif: quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU auront la possibilité de changer de dirigeant en 2012 (Chine, Etats-Unis, Russie et France), seule manque à l’appel la Grande-Bretagne. On retrouve également cinq pays (les quatre ci-dessus plus l’Inde) détenteurs de l’arme atomique sur les neuf que compte la planète.

A première vue, le potentiel pour un changement profond du visage politique de la planète en 2012 est bien là. Mais qu'en est-il vraiment? Tour d'horizon des principaux pays concernés.

Obama et Sarkozy

Les Français et les Américains auront le même choix à faire en 2012: reconduire leur président pour un deuxième et dernier mandat, respectivement de cinq et quatre ans, ou élire un(e) président(e) issu(e) d’un parti actuellement dans l’opposition. Autre point commun: Barack Obama et Nicolas Sarkozy sont actuellement malmenés dans les sondages. Mais la comparaison s'arrête là: une alternance politique aux Etats-Unis, géant économique, politique, culturel, stratégique et dans une moindre mesure démographique, aurait autrement plus d'importance dans le monde que le même scénario en France. En Espagne, il n'y aura pas de troisième mandat pour le chef du gouvernement Zapatero, qui a annoncé récemment qu'il n'allait pas se présenter aux élections législatives de 2012.

Chine

En 2012, le 18e congrès national du Parti communiste chinois va marquer un renouvellement important de la classe dirigeante chinoise. Hu Jintao ne sera plus le président chinois à la fin de l’année 2012, tandis que le Premier ministre Wen Jiabao et le président du Congrès national du peuple Wu Bangguo devraient tous deux également se retirer. En effet, sept des neuf membres du comité permanent du bureau politique du comité central du parti, le plus haut organe exécutif du pays, devraient se retirer lors de ce congrès, et au total 14 des 25 membres du bureau devraient laisser leur place. Par conséquent, et comme le note Cheng Li, directeur de recherche au prestigieux think tank américain Brookings, dans un article universitaire:

«Les principales personnalités responsables des affaires politiques et idéologiques, de l’administration économique et financière, des Affaires étrangères et des opérations militaires du pays seront des nouveaux venus après 2012.»

Russie

L'élection présidentielle est verrouillée en amont, et c’est le candidat du parti qui a toutes les chances de l’emporter. La question est donc de savoir qui de l’actuel président Dmitri Medvedev ou du Premier ministre Vladimir Poutine sera le candidat officiel, comme l’explique Daniel Vernet sur Slate:

«Alors que Vladimir Poutine distille les petites phrases laissant entendre qu’il se verrait bien de nouveau en président en 2012, Dmitri Medvedev rappelle qu’il est là, qu’il n’a pas renoncé à se représenter et il essaie de s’assurer des soutiens pour créer les conditions de sa réélection.»

Laure Delcour, directrice de recherche à l’Iris, spécialiste de la Russie, confirme la rivalité naissante entre les deux hommes, mais estime qu’il n’y aura pas forcément d’affrontement politique, l’un comme l’autre pouvant très bien se retirer au profit de l’autre. Selon elle, «l’enjeu principal de l’élection sera la modernisation du pays». La question est de savoir si le programme de modernisation qui a été lancé au début de son mandat par le président Medvedev va être poursuivi dans une version étroite, se bornant à l’innovation économique comme semble le vouloir Poutine, ou plus large, en s’attaquant à la lutte contre la corruption et à la démocratisation, comme le prône Medvedev dans ses discours.

Inde

L'Inde a pour sa part un système parlementaire où le pouvoir véritable est entre les mains du Premier ministre (actuellement Manmohan Singh), explique Gilles Boquérat, chercheur associé à l'Ifri. L'élection présidentielle a donc peu d'importance par rapport aux élections parlementaires, qui auront lieu en 2014.

Relations personnelles

L'entente personnelle entre deux présidents peut avoir un impact sur les relations entre deux Etats et même sur un plan régional. Celle entre les présidents français et les chancelliers allemands successifs depuis les années 1960 jusqu'aux années 2000 ont par exemple joué un rôle central dans la collaboration entre les deux pays et même dans la construction europénne. Mais la tension continue entre Nicolas Sarkozy et Angela Merckel a mis fin à cette tradition, et de manière générale, les potentiels changements de leaders n’auront qu’un effet modéré, comme l'explique Béligh Nabli, directeur de recherches à l'Iris:

«Si l'avènement de personnalités charismatiques comme Clinton, Obama, Lula, ou Mandela, donne plus d'écho international aux positions de leurs Etats, les rapports de force mondiaux ne reposent pas sur la personnalité des leaders, mais sur des données stratégiques comme le poids démographiques, économique, militaire ou encore institutionnel.»

Selon le chercheur, certains facteurs assurent au contraire la continuité de la politique internationale des pays en dépit de l'alternance des dirigeants et des gouvernements:

«La diplomatie est fondée sur les rapports directs et sur l'activisme d'intermédiaires plus ou moins mandatés par les gouvernements. En témoignent les voyages réguliers, au nom de l'Elysée, de l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, en Chine, dans les pays du Golfe, ou encore à Alger. [...] En cas d'alternance politique, la donne internationale n'en sera pas fondamentalement affectée. Les visions politiques sont basées sur une conception des intérêts stratégiques nationaux, qui font plutôt l'objet de consensus nationaux.»

L'année 2012 est à première vue l'année de tous les possibles en termes de changement politique à travers le monde. Mais il n'est pas sûr que les photos officielles des grands rassembelements internationaux soient si différentes à la fin de l'année qu'au début. Et les pays qui vont changer de dirigeant ne vont pas forcément changer de politique. 2011 nous a pour le moment montré que ce ne sont pas forcément des évènements prévisibles commes des élections qui changent la donne politique de la planète.

Grégoire Fleurot

Infographie: Slate.fr

Grégoire Fleurot
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