Mon appel aux abstentionnistes progressistes, par Robert Hue
Une tribune du président du Mouvement unitaire progressiste, sénateur du Val-d’Oise.
- Bureau de vote à Thizy, le 20 mars 2011. Robert Pratta / Reuters -
Peu ou prou, tout le monde semble avoir déjà oublié que vous êtes des millions de Français –de tous bords– pour qui l’abstention lors du dernier scrutin a été l’expression d’un véritable cri civique.
N’en déplaise à ceux frappés d’une invraisemblable cécité, l’abstention de la majorité d’entre vous n’est nullement le résultat d’une négligence ou d’un désintérêt, mais un appel sans précédent, un signal historique lancé à la représentation politique, que vous considérez – non sans raison parfois – comme trop liée aux puissances d’argent, à ceux d’en haut, et faite de beaux parleurs loin de vos préoccupations de tous les jours.
Vous avez voulu leur dire:
«Écoutez-nous, prenez en compte nos vraies difficultés quotidiennes, adoptez enfin un comportement dont l’objet essentiel ne soit pas tourné vers votre intérêt personnel ou celui de votre milieu, vos enjeux de pouvoir, vos chamailleries claniques ou la survie de vos appareils partisans. Offrez-nous, offrez à nos familles, aux Français, une perspective, un espoir, sinon un rêve. Redonnez-nous l’envie de politique, mais de politique autrement. Tout simplement de politique utile à notre vie.»
L’abstention a traversé tous les courants et toutes les couches de la population. Peut-être plus encore les jeunes, les couches moyennes et populaires. Cette situation inédite appelle – sans délai – une mobilisation démocratique exceptionnelle de l’ensemble de nos concitoyens.
Mais chacun comprendra que cet appel se tourne, en premier lieu, vers les abstentionnistes issus du corps électoral progressiste et de la gauche.
Soyons clairs: si le message des abstentionnistes n’est pas entendu, le rejet «des politiques» peut, à la veille du scrutin présidentiel, catalyser une colère populaire aux conséquences électorales imprévisibles.
Pourtant, la célérité avec laquelle la plupart des partis politiques – après quelques comptes et analyses plus ou moins avantageux pour eux – ont tourné la page, relève d’un déni démocratique gravissime: car la page qu’ils ont tournée, c’est celle de vos inquiétudes, celle de vos souffrances, celle de votre révolte civique.
Puissions-nous être nombreux dans le camp progressiste à vous dire : nous avons entendu votre message démocratique, peut-être même l’avons-nous compris.
Compris, certes, votre rejet de la politique de régression sociale et d’abaissement national de Nicolas Sarkozy. Compris aussi, votre découragement devant le spectacle offert par les partis politiques de gauche qui, en quelques heures un soir d’élection, se retrouvent dans une configuration unitaire de façade, à mille lieues du rassemblement moderne et diversifié dont la gauche, les progressistes et les écologistes ont besoin.
Compris encore, combien vous vous méfiez de programmes d’autant plus exhaustifs qu’ils ont été élaborés sans votre participation citoyenne.
Comprise enfin, votre attente de réponses concrètes à vos problèmes quotidiens : la nécessité d’une augmentation du pouvoir d’achat, la fin de la distorsion entre les revenus insolents des plus riches et le fossé des inégalités, l’assurance d’un avenir pour les jeunes et d’un accès à un emploi durable dans un travail sécurisé.
En bref, votre abstention n’a-t-elle pas voulu signifier ce que d’autres ont cru exprimer dans l’urne : le rejet des politiques décidées sans vous, et même souvent au mépris de vous ? Certes la gauche et la droite, ce n’est pas la même chose! Mais si leurs objectifs sont différents, leur manière de faire de la politique relève souvent d’une conception dépassée, trop partisane et pas assez citoyenne.
Nombreux sont les progressistes, les républicains, les écologistes qui pensent qu’une autre gauche est possible, qu’une autre façon de faire de la politique est nécessaire. J’ai dirigé pendant près de dix ans un parti politique des plus pyramidaux, et c’est précisément cette expérience qui m’a conduit, avec d’autres, à décider de la construction d’un nouveau mouvement politique, le Mouvement unitaire progressiste (Mup). Ouvert, créateur de nouveaux espaces, il se construit principalement en réseaux sociaux. Ce n’est pas une nouvelle formation politique, c’est une AUTRE formation politique.
Son objectif: dépasser les cadres étroits et sectaires hérités du passé, opposer l’hégémonie des forces sociales à celle des appareils.
Ses moyens: Vous! Toutes celles et tous ceux qui, attachés au progrès humain, veulent redonner sens à l’engagement politique et civique. Je suis certain que des millions d’abstentionnistes progressistes peuvent avec d’autres se retrouver dans cet appel.
A une encablure de la présidentielle de 2012 qui accapare tous les esprits, rien n’est certain: ni la victoire d’une gauche qui ne s’ouvrirait pas – dès maintenant – à la diversité des progressistes, des républicains et des écologistes, ni la défaite annoncée d’une droite dont les moyens, conjugués à la dangereuse ascension de l’extrême droite lepéniste, restent dramatiquement redoutables.
Il n’est pas trop tard pour dire à des millions de français en proie au doute et qui, comme vous peut-être, se sont abstenus: nous vous avons entendus, rassemblons-nous.
Robert Hue
Mis à jour le 12/04/2011 à 10h36














































Ceci dit, je ne pense pas que le fort taux d'abstention soit uniquement imputable aux responsables politiques et au petit cirque que vous décrivez fort bien.
Le responsable politique est devenu en France la personne que l'on aime détester et qu'on ne se prive pas de flinguer à tout bout de champs. Pour lui ou pour elle, l'enjeu n'est justement plus de faire de la politique, démarche éminemment casse-gueule dans une société gangrénée par la primauté des intérêts individuels, mais de conserver sa place en évitant les balles et en ne fâchant personne. Impossible dans ces conditions de faire avancer ses convictions, de mener des actions novatrices, d'expérimenter.
D'ailleurs, est-ce bien ce que le peuple attend ? La montée du vote FN nous enseigne plutôt le contraire. Dans une société complexe ou pourtant l'ignorance est glorifiée et où beaucoup de citoyens ne veulent surtout pas "se prendre la tête" sur des questions publiques, les solutions simplistes du FN deviennent très séduisantes. Il ne s'agit plus vraiment de donner mandat à un parti pour réaliser un projet, mais de se simplifier la vie en abdiquant le pouvoir au profit d'un parti de grandes gueules au discours musclé.
Il me semble comme vous que l'avenir de la démocratie européenne passe par une refonte complète du processus démocratique, dans lequel l'élection ne serait que l'aboutissement logique d'une démarche participative. Mais cela signifie que les citoyens doivent reprendre pleinement conscience de leur rôle et choisir de s'impliquer beaucoup plus dans la vie publique afin d'oeuvrer au quotidien pour l'intérêt général, et non au coup par coup pour défendre des intérêts particuliers.
Je veux croire que cela viendra, mais je crois aussi qu'il nous faudra d'abord pousser notre logique individualiste jusqu'au bout, avant de se rendre compte vraiment que cette logique est stérile en terme de construction sociétale.
On sait tous très bien que la droite et la gauche sont tellement proches dans notre pays qu'à l'échelle locale ça ne fait aucune différence dans la vie quotidienne de l'immense majorité des gens. Et le droit de vote est tellement une ´évidence chez nous qu'on ne se donne pas la peine de l'utiliser quand ça ne sert à rien.
Pourquoi ne pas reconnaître enfin que la politique telle qu'elle se pratique partout dans le monde n'intéresse personne? Mais comme pour être élu il faut bien faire croire aux électeurs que c'est intéressant, eh bien on nous monte le bourrichon dès que possible sur tout et n'importe quoi. Et comme il ne faut pas qu'on en sache trop non plus, on ne nous parle jamais des choses importantes. Et paf, on ne sait rien, on vote à la gueule, et personne n'est content.
Pourquoi ne pas arrêter de nous mentir pour nous manipuler? Pourquoi pas une politique responsable, honnête et transparente (autant que c'est possible) pour changer un peu? Le jour où ça sera le cas, vous verrez que les gens retourneront aux urnes.
En attendant, je laisse à tous ceux que ça chante le soin de balayer ces arguments "du coeur" à coup de phrases bien tournées et de "redescends sur Terre mon vieux", mais au moins, messieurs les politiques, dorénavant, n'oubliez pas de tourner 7 fois votre langue de bois dans votre bouche avant de parler!
Le système capitaliste ne profite qu'à une minorité de la population. Pour se maintenir en place, il doit entretenir la discorde dans la majorité (pauvre) de la population et les convaincre que voter pour des partis extrémistes est immoral.
En y réfléchissant, je me dis que j'ai commis une erreur et que j'aurais du écrire :
Pour se maintenir en place, il doit entretenir la discorde dans la majorité (pauvre) de la population MAIS les convaincre que voter pour des partis extrémistes est immoral.
C'est le dilemme entretenu par ce "mais" qui explique l'abstention.
L'élection présidentielle consiste dans une adhésion populaire à un homme ou une femme qui lui inspire confiance et lui donne de l'espoir. MAIS, il s'agit d'une personne en chair et en os, et non pas de construire une statue avec les briques individuelles apportées par des contributions à un blog !