France

Mon appel aux abstentionnistes progressistes, par Robert Hue

Robert Hue, mis à jour le 12.04.2011 à 10 h 36

Une tribune du président du Mouvement unitaire progressiste, sénateur du Val-d’Oise.

Bureau de vote à Thizy, le 20 mars 2011. Robert Pratta / Reuters

Bureau de vote à Thizy, le 20 mars 2011. Robert Pratta / Reuters

Peu ou prou, tout le monde semble avoir déjà oublié que vous êtes des millions de Français –de tous bords– pour qui l’abstention lors du dernier scrutin a été l’expression d’un véritable cri civique.

N’en déplaise à ceux frappés d’une invraisemblable cécité, l’abstention de la majorité d’entre vous n’est nullement le résultat d’une négligence ou d’un désintérêt, mais un appel sans précédent, un signal historique lancé à la représentation politique, que vous considérez – non sans raison parfois – comme trop liée aux puissances d’argent, à ceux d’en haut, et faite de beaux parleurs loin de vos préoccupations de tous les jours.

Vous avez voulu leur dire:

«Écoutez-nous, prenez en compte nos vraies difficultés quotidiennes, adoptez enfin un comportement dont l’objet essentiel ne soit pas tourné vers votre intérêt personnel ou celui de votre milieu, vos enjeux de pouvoir, vos chamailleries claniques ou la survie de vos appareils partisans. Offrez-nous, offrez à nos familles, aux Français, une perspective, un espoir, sinon un rêve. Redonnez-nous l’envie de politique, mais de politique autrement. Tout simplement de politique utile à notre vie.»

L’abstention a traversé tous les courants et toutes les couches de la population. Peut-être plus encore les jeunes, les couches moyennes et populaires. Cette situation inédite appelle – sans délai – une mobilisation démocratique exceptionnelle de l’ensemble de nos concitoyens.

Mais chacun comprendra que cet appel se tourne, en premier lieu, vers les abstentionnistes issus du corps électoral progressiste et de la gauche.

Soyons clairs: si le message des abstentionnistes n’est pas entendu, le rejet «des politiques» peut, à la veille du scrutin présidentiel, catalyser une colère populaire aux conséquences électorales imprévisibles.

Pourtant, la célérité avec laquelle la plupart des partis politiques – après quelques comptes et analyses plus ou moins avantageux pour eux – ont tourné la page, relève d’un déni démocratique gravissime: car la page qu’ils ont tournée, c’est celle de vos inquiétudes, celle de vos souffrances, celle de votre révolte civique.

Puissions-nous être nombreux dans le camp progressiste à vous dire : nous avons entendu votre message démocratique, peut-être même l’avons-nous compris.

Compris, certes, votre rejet de la politique de régression sociale et d’abaissement national de Nicolas Sarkozy. Compris aussi, votre découragement devant le spectacle offert par les partis politiques de gauche qui, en quelques heures un soir d’élection, se retrouvent dans une configuration unitaire de façade, à mille lieues du rassemblement moderne et diversifié dont la gauche, les progressistes et les écologistes ont besoin.

Compris encore, combien vous vous méfiez de programmes d’autant plus exhaustifs qu’ils ont été élaborés sans votre participation citoyenne.

Comprise enfin, votre attente de réponses concrètes à vos problèmes quotidiens : la nécessité d’une augmentation du pouvoir d’achat, la fin de la distorsion entre les revenus insolents des plus riches et le fossé des inégalités, l’assurance d’un avenir pour les jeunes et d’un accès à un emploi durable dans un travail sécurisé.

En bref, votre abstention n’a-t-elle pas voulu signifier ce que d’autres ont cru exprimer dans l’urne : le rejet des politiques décidées sans vous, et même souvent au mépris de vous ? Certes la gauche et la droite, ce n’est pas la même chose! Mais si leurs objectifs sont différents, leur manière de faire de la politique relève souvent d’une conception dépassée, trop partisane et pas assez citoyenne.

Nombreux sont les progressistes, les républicains, les écologistes qui pensent qu’une autre gauche est possible, qu’une autre façon de faire de la politique est nécessaire. J’ai dirigé pendant près de dix ans un parti politique des plus pyramidaux, et c’est précisément cette expérience qui m’a conduit, avec d’autres, à décider de la construction d’un nouveau mouvement politique, le Mouvement unitaire progressiste (Mup). Ouvert, créateur de nouveaux espaces, il se construit principalement en réseaux sociaux. Ce n’est pas une nouvelle formation politique, c’est une AUTRE formation politique. 

Son objectif: dépasser les cadres étroits et sectaires hérités du passé, opposer l’hégémonie des forces sociales à celle des appareils.

Ses moyens: Vous! Toutes celles et tous ceux qui, attachés au progrès humain, veulent redonner sens à l’engagement politique et civique. Je suis certain que des millions d’abstentionnistes progressistes peuvent avec d’autres se retrouver dans cet appel.

A une encablure de la présidentielle de 2012 qui accapare tous les esprits, rien n’est certain: ni la victoire d’une gauche qui ne s’ouvrirait pas – dès maintenant – à la diversité des progressistes, des républicains et des écologistes, ni la défaite annoncée d’une droite dont les moyens, conjugués à la dangereuse ascension de l’extrême droite lepéniste, restent dramatiquement redoutables.

Il n’est pas trop tard pour dire à des millions de français en proie au doute et qui, comme vous peut-être, se sont abstenus: nous vous avons entendus, rassemblons-nous.

Robert Hue

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