Life

L'avenir du home entertainment

Farhad Manjoo, mis à jour le 20.04.2011 à 9 h 11

Chaînes Hi-Fi, home cinéma, télévision... Quand aura-t-on enfin des appareils compatibles entre eux?

Too many remote controls, Dockslandboy via Flickr, CC-Licence-by

Too many remote controls, Dockslandboy via Flickr, CC-Licence-by

Il y a quelques mois, j’ai testé les télécommandes universelles les plus perfectionnées du marché. Aucune ne m’a convaincu. Même la meilleure, la Logitech Harmony One, ne valait pas le coup. Bien sûr, j’ai apprécié le fait que la Harmony One soit entièrement configurable et  me promette de faire marcher mon home cinéma en appuyant sur un seul bouton. Par exemple, si j’appuie sur «Lire DVD», la télécommande allume mon téléviseur et mon lecteur DVD, sélectionne la bonne entrée vidéo sur mon téléviseur et appuie sur la touche lecture. Le rêve, non? Sauf que ça n’a pas marché.

Les home cinémas, plus idiots que les ordinateurs

Le problème, c’est qu’en réalité, la télécommande Harmony One ne «savait» rien de mon système home cinéma. Elle s’est contentée de deviner. Si le lecteur DVD avait été allumé, le bouton «Lire DVD» l’aurait éteint. A quoi est-ce dû ? Pourquoi la télécommande, le lecteur DVD et le téléviseur ne peuvent-ils communiquer pour se mettre sur le mode adéquat? Et surtout, pourquoi mon téléviseur a-t-il plusieurs modes? Pourquoi ne reconnaît-il pas le lecteur DVD quand j’appuie sur lecture et n’affiche-t-il pas automatiquement l’image du DVD?

Après tout, je ne mets pas mon ordinateur en mode «YouTube» quand je veux lire une vidéo sur le web. Et quand je branche mon appareil photo numérique à mon ordinateur, il détecte automatiquement l’appareil et me propose d’importer mes photos. Alors pourquoi les home cinémas sont-ils plus idiots que les ordinateurs?

Un monde chaotique et sans pitié

C’est parce qu’ils viennent d’un monde complètement différent. Depuis quelques semaines, je m’interroge sur l’avenir de la high-tech. Pour l’instant, je me suis surtout intéressé à des appareils appartenant au monde de l’informatique. Les appareils de salon, eux, viennent d’un monde totalement différent: l’électronique grand public, un monde chaotique, sans pitié, où la coopération entre les principaux acteurs est inexistante et où les standards évoluent constamment. Techniquement, le problème que j’ai rencontré avec ma télécommande n’est pas sorcier.

D’ailleurs, régulièrement, on nous présente un nouveau standard censé synchroniser tous les appareils de notre salon. Mais ces systèmes n’ont jamais percé, et je parie que d’ici cinq ans, installer et utiliser un home cinéma sera à peine plus simple qu’aujourd’hui. En effet, les obstacles majeurs ne sont pas technologiques mais commerciaux.

Des choix qui remontent au passé de l'informatique

Pour comprendre le problème de l’électronique grand public, il n’est pas inutile de se replonger dans le passé de l’industrie informatique. Plus précisément, il faut se pencher sur le poids lourd qui a obligé tous les acteurs de l’industrie à accorder leurs violons: Microsoft. Bien sûr, on peut critiquer l’implacable emprise monopolistique de Bill Gates sur l’industrie informatique dans les années 1980 et 1990. Mais il faut reconnaître qu’il a réussi à obliger des secteurs très éloignés du monde de l’informatique à coopérer techniquement.

Les composants de votre PC sont fabriqués par une nuée d’entreprises du monde entier. La montée en puissance de Windows (et des processeurs et matériels Intel) a poussé ces entreprises disparates à travailler sur une plate-forme unique. Résultat, les différents composants de votre ordinateur n’explosent pas lorsqu’ils sont assemblés. Au contraire, ils fonctionnent ensemble, plus ou moins harmonieusement. Même les entreprises qui ont refusé cette standardisation en ont bénéficié: Apple utilise désormais des composants PC pour ses Mac. Fabriquer un ordinateur autrement serait en effet beaucoup trop cher.

Un problème de standards

Les standards imposés par Microsoft et Intel ont facilité l’achat et l’utilisation d’un ordinateur, mais l’industrie informatique l’a très mal vécu. En effet, les entreprises qui contrôlent une plate-forme technique voient leur chiffre d’affaires exploser, les autres devant se contenter des miettes. Coopération ne signifie pas égalité, ce qui explique l’aversion de l’industrie de l’électronique grand public pour un standard unique.

Bien sûr, cela me faciliterait la vie si mon téléviseur Vizio et mon lecteur DVD Sony parlaient le même langage. Mais qui va créer ce langage? Vizio ou Sony? Et pourquoi feraient-ils l’effort de rendre leur technologie compatible avec des appareils de marque concurrente? C’est à cause de ce genre de dilemmes que les acteurs de ce secteur continuent de fabriquer des produits à l’interopérabilité quasi nulle.

Internet à la rescousse

«Une seconde», vous vous dites. «Internet n’était-il pas censé arranger tout ça?» Les marques d’électronique grand public ont en effet commencé à intégrer à leurs produits des connections réseau. Via notre téléviseur ou notre décodeur, nous avons désormais accès à des services de streaming comme Netflix et Hulu Plus pour la vidéo, ou Pandora et Rhapsody pour la musique.

De plus, les géants de l’industrie informatique comme Apple, Microsoft et Google cherchent à devenir incontournables sur ce nouveau marché. Grâce à la convergence du monde de l’informatique et de celui de l’entertainment, la compatibilité s’invitera peut-être au salon, ce que semble annoncer la mise sur le marché de Thunderbolt, un connecteur visant à remplacer les branchements de tous nos appareils par un standard «universel».

En réalité, même si les entreprises informatiques parviennent à s’imposer, je doute qu’elles rendent nos home cinémas plus simples à utiliser. Je suis même sûr que dans les cinq ans à venir, c’est l’inverse qui va se produire. Apple, Google, Microsoft et toutes les start-up high-tech vont créer une flopée de nouveaux logiciels et d’équipements révolutionnaires pour notre salon. Pour autant, je ne m’attends pas à ce qu’ils soient compatibles. Bien au contraire, nous allons nous retrouver avec une multitude d’appareils aux fonctionnalités redondantes. Nouvelle décennie, nouvelle technologie, mais les problèmes, eux, ne changent pas.

Le besoin d'un système d'exploitation pour appareils de salon

En fin de compte, il faudrait un système d’exploitation pour les appareils de salon. Une plate-forme universelle installée sur le téléviseur qui permettrait de télécharger de nouvelles fonctionnalités (applis, jeux, films) d’un endroit centralisé. Ce système serait assez intelligent pour communiquer avec tous les appareils qu’on y connecterait, ce qui résoudrait le problème de la télécommande universelle.

Dans le secteur de l’électronique grand public, l’envie de réaliser cette plate-forme est forte, mais plus forte encore est la crainte qu’un concurrent s’empare de ce marché potentiellement très lucratif. À quoi peut-on s’attendre? Je dirais à l’impasse et, tout du moins dans un futur proche, à l’arrivée d’une ribambelle d’appareils électroniques qu’il sera difficile de faire fonctionner ensemble.

Mais peut-être que je me trompe? Pensez-vous que la paix entre les appareils électroniques soit proche? Laissez-moi vos commentaires.

Farhad Manjoo

Traduit par Florence Curet

Farhad Manjoo
Farhad Manjoo (191 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte