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Londres au rythme du mariage royal de Kate et William

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 11.04.2011 à 14 h 10

Près de 800.000 touristes s'apprêtent à envahir la capitale britannique le week-end du 29 avril. Les prix des hôtels s'envolent.

Des sachets de thé Kate&William. REUTERS/Suzanne Plunkett

Des sachets de thé Kate&William. REUTERS/Suzanne Plunkett

La Grande-Bretagne a déclaré férié le vendredi 29 avril 2011, jour du mariage du prince William et de Kate Middleton. Si nombre de Londoniens s’apprêtent à déserter la capitale pour le week-end et les jours qui suivent, le 1er mai et Bank Holiday, quelque 800.000 badauds et touristes se préparent à envahir la métropole afin d’assister de près ou de loin à la procession royale qui mènera, en carrosse vitré, le prince et la future princesse de Parliament Square à Buckingham Palace et Westminster Abbey. Le clou de la cérémonie pour les Windsor et le peuple britannique: le prince William sera un jour roi d’Angleterre et son épouse la reine, ce qui renforce l’importance, la magie de l’événement.

N’en doutons pas, le royal wedding s’est transformé en une énorme machine à livres sterlings, grâce aux produits dérivés et au merchandising kitsch des souvenirs à l’effigie du couple fabriqués en Chine, services de table, dés à coudre, jeux de cartes, sonnettes de table, tee-shirts etc., plus le timbre officiel du Royal Mail.

«Tout ce qui porte le visage des deux fiancés part très bien, indique un vendeur de bimbeloterie de Piccadilly Circus, et ce vent de folie commerciale se poursuivra tout au long de l’année.»

La famille royale rapporte à l’Etat 500 millions de livres par an, mais le mariage de William et de Kate ira bien au-delà. Comme le souligne un cadre de l’Hôtel Savoy, haut lieu de la Cour et de Winston Churchill, la royauté se préoccupe de plus en plus des royalties liées aux faits et gestes de la Couronne et les noces en grande pompe des deux tourtereaux ne sont qu’une répétition générale en règle de ce que seront les Jeux olympiques de 2012.

Au premier rang des gisements de profits, le tourisme. La date du 29 avril n’a pas été choisie par hasard –ce sera le printemps, loin des frimas et du fog londonien. La fin avril a été jugée idéale pour stimuler les voyages et séjours à Londres jusqu’à la fin 2011.

Pour le week-end du 29 avril, la quasi-totalité des grands hôtels affiche des prix de chambres et suites en hausse de 30 à 100%. Voire plus: au Sofitel Saint-James, tout près de Piccadilly Circus, pour la nuit du 29 avril, le prix normal de la chambre à 350 livres a été multiplié par trois.

Au Savoy, inventé en 1889 par un producteur de spectacles, rénové après trois ans de travaux, la chambre de style très british pour les mêmes dates se négocie à 565 livres, soit 30% de plus, le forfait de trois nuits revient à 1.395 livres et la suite à 2.500 livres, soit 50% de majoration. Et les taxes à Londres grèvent la note de 20%.

Au Dorchester, c’est complet pour toute la semaine de la cérémonie, le palace de sultan de Brunei étant considéré comme une icône de la Couronne –c’est au Dorchester qu’Elizabeth II a annoncé, en juillet 1947, qu’elle serait la nouvelle reine du Royaume-Uni.

Au Mandarin Oriental, ouvert en 1909, qui offre une entrée privée et royale sur le park –Winston Churchill y vécut pendant la guerre–, voici le Royal Wedding Tour, du 29 avril au 2 mai, soit sept nuits au grand hôtel en face d’Harrod’s: les résidents seront conviés à des séjours dans la campagne anglaise, dans la maison familiale des Churchill à Chartwell pour un déjeuner champêtre. Le prix de la chambre pour le 29 avril est passé de 330 à 675 livres, petit déjeuner à 23 livres et taxes en sus.

Le lendemain, ce sera Spencer House, pour un dîner –ce fut la demeure familiale de Lady Diana. Le jour du mariage, des places ont été réservées sur le parcours du carrosse à l’Institut of Contemporary Art, sur le Mall, où un déjeuner au champagne sera servi et un toast porté au couple royal.

Le lendemain, la visite rituelle de Westminster Abbey où le mariage aura été célébré la veille.

Ce périple à la fois culturel et commémoratif a un prix cinglant: 11.300 livres par personne, et 18.000 pour un couple, tout compris.

Menu royal secret, pas de champagne

Il y aura 600 invités à Buckingham Palace pour le déjeuner de mariage offert par Elizabeth II, ce sera un buffet chaud et froid. Mark Flanagan, chef de Sa Majesté, n’a pas révélé les détails des plats, il est très attaché à son devoir de réserve, à la limite du secret. Service de la bouche royale, bouche cousue.

La rumeur indique qu’il aurait prévu quelques-unes de ses spécialités, la grosse sole de Douvres et les légumes de saisons, le gros turbot de la mer du Nord, des langoustines et des huîtres nature puis l’agneau vert pré sauce à la menthe, le bœuf écossais et le gâteau de pommes de terre, les fromages anglais cheddar et stilton accompagnés de porto vintage. Les deux desserts échappent à la tutelle de la brigade de Flanagan. Kate Middleton a en tête deux compositions sucrées, confiées à la pâtissière londonienne Alice, l’une à base de fruits rouges, l’autre de macarons. Wait and see.

Pour ces agapes, tout doit refléter le terroir britannique et mettre en œuvre des produits «organic» –sans chimie. Le prince Charles qui offre le bal du soir, 300 invités, est très à cheval sur ces exigences agricoles et l’origine des ingrédients.

Il reste que pour le chef Flanagan, un gaillard longiligne et plutôt affable, le défi est de taille. La pêche de la semaine sera décisive pour le choix des poissons et crustacés, pas de grande cuisine sans matières premières impeccables. Ces dernières semaines, on a vu le maestro plusieurs fois en répétitions gustatives au Gavroche, le très chic restaurant du quadra Michel Roux, deux étoiles, où Flanagan a été un chef adjoint dans la brigade très attachée aux produits anglais traités de manière française, sauces courtes, cuissons millimétrées, saveurs vives, prononcées. Pas de goûts passe-partout.

Côté vins, les Champenois sont en plein désarroi et il y a de quoi. La Reine, conseillée par son master cellar (chef de cave) et les cadres de la boutique de Saint-James Berry Bros, les fournisseurs officiels en vins et eaux-de-vie de la Cour, aurait renoncé aux grands champagnes –huit marques de Reims et d’Épernay ont le statut de fournisseur traditionnel– au profit d’un blanc pétillant anglais, le Nyetimber, élevé sur un terrain de craie du Sussex, même sous-sol qu’en Champagne, mêmes raisins de base et bulles très fines. Copie servile, imitation drastique? Ce vin à la pétillance vive est élevé sur un site parfait.

Ce blanc doré clair dit «sparkling» aux arômes de pamplemousse –250 .000 bouteilles par an– est très apprécié par les palais anglais les plus fins: dégusté à l’aveugle en face des champagnes des coteaux champenois, il fait bonne figure, l’expert et journaliste londonien Steven Spurrier, fondateur de l’Académie du Vin à Paris, le sert chez lui, sans déplaisir.

Pour les vins rouges, les pronostics vont vers le Château Latour premier cru de Pauillac qui fut longtemps dirigé par des cadres et financiers britanniques et le Château Palmer, cru classé de Margaux, qui a été la propriété du général anglais John Palmer.

On le voit, la Reine est très soucieuse de promouvoir le génie agricole et original du pays des Windsor. Elle n’ignore pas que les cérémonies fastueuses du 29 avril –coût 50 millions de livres– seront suivies sur le petit écran par trois milliards d’individus. Ce royal investissement doit rapporter du cash au Trésor britannique.

Nicolas de Rabaudy


Quelques adresses d’hôtels et restaurants

L’hôtellerie n’est pas donnée à Londres. Les prix sont souvent plus élevés qu’à Paris, même dans les hôtels de catégorie moyenne. Le mieux est de consulter des sites Internet spécialisés, surtout si l’on a prévu des dates précises de séjours. Plus elles sont éloignées dans le temps ou rapprochées –deux à trois jours avant– meilleurs sont les tarifs. Voir expedia.fr, lastminute.com et govoyages.com. Préfixe téléphonique pour l’Angleterre: 44.

Langham. En face de la BBC, un décor colonial, élégante salle à manger. Les frères Roux ont organisé le nouveau restaurant. Chambres à partir de 220 livres. 1C, Portland Place à Oxford Circus. Tél.: 020 7636 1000.

London Mariott à Marble Arch. Nouveau et bien placé au cœur de Londres. Cuisine du Midi. Chambres à partir de 210 livres. 134 George St. à Marble Arch. Tél. : 020 7602 0666.

Tophams Belgravia. Cinq maisons réunies en un hôtel de charme cosy et décoré avec goût. Chambres à partir de 85 livres. Pas de restaurant. Tél. : 020 7823 5966.

St George à Marble Arch. Doté d’une terrasse sur la rue, une adresse pratique pour le travail et le loisir. Chambres à partir des 75 livres. 49 Gloucester Place. Tél. : 020 7486 8586.

Bonnes tables de cuisines diverses

Plus de soixante nationalités sont représentées à travers les cuisines étrangères, du Japon au Bangladesh en passant par l’excellent répertoire des Indes.

Le Wolseley à Green Park. La table à la mode, des mangeurs à foison dans cette coffee house à mezzanine. De la cuisine de luxe au caviar. Petit déjeuner. À la carte, de 27 à 60 livres. Tél. : 020 7499 6996.

Criterion Grill Marco Pierre White à Piccadilly Circus. Une brasserie contemporaine dans un décor kitsch de colonnes et de miroirs. Carte supervisée par un ex-chef trois étoiles dans la tradition franco-britannique, fish and chips et haddock pommes vapeur. Avant et après le spectacle. De 17 livres (déjeuner) à 55 livres. Tél. : 020 7930 0488.

Brasserie Roux à Piccadilly Circus. Les plats du terroir français du répertoire Roux dans une salle à manger aux larges baies vitrées. Plats du jour, vins à prix décents. De 24 à 30 livres. Tél. : 020 7747 2242.

Le Grill du Savoy à Charing Cross. Le meilleur restaurant du palace, évitez le River. Plein tous les jours, ambiance so british. Grande carte de coquillages et poissons, plats de viande rouge à la voiture (trolley), célèbre omelette composée Bennet, langouste Thermidor, mixed grill et tarte tatin. Carte de 40 à 70 livres. Longue liste de vins français à des tarifs humains. Sur le Strand, à deux pas des théâtres. Tél. : 020 7836 4343.

La poule au Pot à Sloane Square. Menu français et plats du jour de la mémoire culinaire. Du charme et un bon accueil. Déjeuner à 14,50 livres, à la carte 25 à 41 livres. 231 Ebury St. Tél. : 020 7730 7763.

Amaya à Knightsbridge. La cuisine indienne version kebab et cuisson tandoori. Exotique et qualitatif, étoilé Michelin. Déjeuner à 18,50 livres, à la carte de 24 à 80 livres. Motcomb Street. Tél. : 020 7823 1166.

Tamarind à Green Park. Le meilleur indien de Londres dans un cadre opulent, cuisine en vue et ballet des chefs. Étoilé Michelin. Un « must ». Déjeuner à 18 livres, à la carte de 37 à 54 livres. 20 Queen St. Tél. : 020 7629 3561.

Bar Boulud au Mandarin à Knightsbridge. En fait, un restaurant au sous-sol de ce palace rénové, une carte de plats canailles, des charcuteries lyonnaises, des moules à la crème et soles limandes aux amandes. Bons prix, déjeuner à 15 livres, un vrai dépaysement. Tél. : 020 7201 3899.

Nicolas de Rabaudy
Nicolas de Rabaudy (464 articles)
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